[scald=46427:sdl_editor_representation]par Philip Pullella et Tom Heneghan

BERLIN (Reuters) - Le pape Benoît XVI, au premier jour de sa visite en Allemagne, a invité jeudi les catholiques allemands à ne pas s'éloigner de l'Eglise malgré les scandales de pédophilie impliquant des ecclésiastiques.

Dans l'avion qui le conduisait dans son pays natal pour son troisième voyage depuis son élection en avril 2005, le pape a dit comprendre que certains fidèles, notamment les victimes de crimes sexuels et leurs proches, soient "scandalisés" et se disent au bout du compte: "Cette Eglise n'est plus la mienne."

Il a toutefois souligné que la hiérarchie catholique faisait tout pour prévenir à l'avenir de tels méfaits et réparer le mal infligé à des milliers de personnes.

"L'Eglise est comme le filet du Seigneur qui peut ramener de bons et de mauvais poissons (...) Nous avons appris à vivre avec les scandales et à les combattre", a-t-il dit.

Selon les chiffres officiels, 181.000 catholiques allemands ont quitté l'Eglise l'an dernier. C'est plus, pour la première fois, que le nombre de protestants abandonnant leurs différentes confessions et que le nombre de baptêmes catholiques célébrés dans le pays.

L'Eglise catholique d'Allemagne a reçu près de 600 demandes d'indemnités pour les victimes de crimes sexuels imputés à des ecclésiastiques, concernant des affaires remontant parfois à plusieurs décennies. Une association de victimes estime à plus de 2.000 le nombre total de victimes.

Jeudi, pour saluer l'arrivée du souverain pontife, quatre victimes d'abus sexuels ont installé près de la porte de Brandebourg, au coeur de Berlin, la statue d'une religieuse brandissant un bâton pour battre les enfants, avec l'inscription "plus jamais ça !".

Lors de son voyage entre Rome et Berlin, Benoît XVI a dit ne pas être préoccupé par les manifestations qui devraient émailler son voyage de quatre jours - la première "visite officielle" dans sa patrie depuis qu'il est pape.

"Cela fait partie de la liberté et nous devons reconnaître que le laïcisme et l'opposition au catholicisme sont des tendances fortes dans nos sociétés", a-t-il dit. "Mais si l'opposition s'exprime de manière courtoise, il n'y a rien à dire."

MESSE AU STADE OLYMPIQUE

Le pape a été accueilli à l'aéroport de Berlin-Tegel par le président Christian Wulff - un catholique divorcé qui s'est remarié civilement, en contradiction avec le dogme catholique sur le caractère sacré du mariage - et par la chancelière Angela Merkel.

Dans son allocution de bienvenue à la résidence présidentielle du château de Bellevue, Christian Wulff a évoqué sa propre situation de divorcé remarié - donc exclu de l'Eucharistie - et l'attitude de l'Eglise vis-à-vis des fidèles "qui ont connu des échecs dans leur vie privée".

Souhaitant en filigrane une évolution à ce sujet, il a parlé des "erreurs de l'Eglise dans son Histoire" et de "la mauvaise conduite de certains de ses représentants".

Le souverain pontife doit rencontrer à l'occasion de son voyage des victimes de violences sexuelles, comme il l'a déjà fait lors de précédents déplacements, mais on ignore quand et où.

Christian Wulff et le pape ont tous deux évoqué la baisse de la pratique religieuse en Allemagne, dont un tiers de la population est catholique, principalement dans le Sud et l'Ouest.

"Vous venez dans un pays où la foi chrétienne ne peut plus être considérée comme acquise", a dit le président allemand.

Benoît XVI a ensuite eu un entretien avec Angela Merkel et devait prendre la parole devant le Bundestag, la chambre basse du Parlement, un discours qu'une centaine de députés de gauche ont décidé de boycotter cat ils jugent que cette intervention viole le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

En début de soirée, le pape célébrera une messe en plein air au stade olympique de Berlin.

Lors de ses deux précédentes visites dans son pays natal, il s'était rendu dans les régions majoritairement catholiques de Rhénanie et de Bavière, l'Etat dont il est originaire.

Cette fois-ci, il visitera des régions principalement protestantes, où il doit s'attendre à une réception plus critique des positions du Vatican souvent jugées trop conservatrices.

Vendredi, Benoît XVI rencontrera à Erfurt des responsables protestants, dans le monastère où a vécu au XVIe siècle Martin Luther, initiateur de la Réforme.

Les protestants allemands attendent notamment du pape qu'il autorise les épouses protestantes de fidèles catholiques à recevoir la communion lors de messes catholiques, ce que le Saint-Siège a toujours refusé.

Après Erfurt, le pape se rendra à Etzelsbach, une ville de l'ancienne RDA où une petite communauté catholique avait été en butte aux persécutions du régime communiste de l'époque. Il achèvera son voyage à Fribourg, dans le sud-ouest du pays.

Eric Faye et Guy Kerivel pour le service français

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