Trop d’articles présentent le Mexique comme un Etat mort, tué par la violence . Il est un fait que les massacres perpétrés depuis cinq ans entrainent le pays dans une spirale sans fin. Le paradoxe est que la vie continue.

Les assassinats interviennent dans un mix urbain qui fonctionne comme si de rien n’était.

Comme l’écrivait David Rieff dans le New Republic, les réussites du Mexique dans le social et la santé pourraient surprendre plus d’un pays développé . Et limiter l’hécatombe à la simple culture de la cruauté est un peu court. Si les violences domestiques et urbaines ont drastiquement augmenté ces dernières années, elles n’ont fait qu’accompagner la progression exponentielle des meurtres commis par les narcotrafiquants. Un changement radical intervenu en 2007.

Le 10 avril 2006, un DC9 atterrit à Ciudad del Carmen, ville portuaire donnant sur le golfe du Mexique. Les forces de l’ordre, en place, saisissent 6 tonnes de cocaïne pour 100 millions de dollars . Le cartel du Sinaloa est touché mais pas seulement.

Le siège de Wachovia à Miami
Le siège de Wachovia à Miami © Radio France / WCM

22 mois d’enquête révèlent que l’argent pour acheter l’avion a été blanchi par l’une des plus grandes banques américaines : Wachovia, propriété du géant Wells Fargo.

Des milliards de dollars sur les comptes provenant de transactions avec le Mexique dès 2004 lorsque la première escalade de la violence le long de la frontière américano mexicaine a déclenché la guerre de la drogue.

Les poursuites pénales sont engagées contre Wachovia.

En mars 2010, devant l’US District Court for the Southern District of Florida, tribunal de Miami, la banque écope d’une amende de 110 millions de dollars aux autorités pour les flux financiers dont il a été prouvé qu’ils étaient liés au trafic de drogue et une autre de 50 millions de dollars pour ne pas avoir su contrôler les transactions qui ont permis l’acheminement de 22 tonnes de cocaïne.

Wachovia est aussi sanctionné pour ne pas avoir appliqué les mesures anti blanchiment pour 400 milliards de dollars, le tiers du PIB du Mexique. Pas de condamnation pénale, Wachovia étant protégé devant la justice par la loi américaine sur le secret bancaire.

Robert Mazur , qui a conduit l’infiltrationdu cartel de Medelin s’est intéressé à l’affaireWachovia «Que croyaient-ils à la banque ? En traitant 400 milliards de dollars, ils pensaient vraiment que c’était des revenus familiaux comme ils l’ont dit à la barre ? Pour arriver à cette somme en coupures de vingt dollars, on arrive à 725 tonnes de billets . Nous savons pourquoi Wachovia a échappé à une condamnation et ne s’en sort qu’avec une amende. Le système bancaire des Etats-Unis était au bord de l’effondrement.

Confirmation d’Antonio Maria Costa, directeur de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. Avec la mondialisation, les relations entre les banques et le crime se sont institutionnalisées dans les années 80. Mais les établissements restaient prudents. L’argent sale circulait en espèces et en petite quantité. De temps à autre, les autorités faisaient une saisie. Mais la crise de 2007/2008 a tout changé. Le secteur bancaire manque de liquidités, les narcos ont des espèces à placer. C’est du donnant-donnant, les sommes sont gigantesques et les banques se sauvent de la faillite en pratiquant le blanchiment . Et même les grands groupes ne sont pas exempts de reproches. En Aout 2010, la justice américaine cherche à condamner HSBC pour des problèmes de vigilance anti blanchiment.

Au Mexique, les journalistes n’écrivent pas de peur d’être tués. Aux Etats-Unis, ces informations pourtant sur la place publique ne sont pas rapportées. A l’exception de quelques dépêches de Reuters et des enquêtes du service financier de Blomberg.

Oui, avec le rôle grandissant des banques, les flux financiers se sont développés, entrainant des opportunités d’enrichissement massif que n’importe quelle violence et corruption peut alors justifier à la frontière et dans les villes mexicaines.

Et cet argent ne vient pas des paradis off shore des îles Caiman ou Bahamas, mais bien du cœur de la City et du propret Wall Street.

@ericvalmir sur Twitter

à partir du livre reportage « Amexica » d’Ed Vulliamy, invité de Partout Ailleurs demain vendredi.

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