Le Brexit a officiellement lieu ce 31 janvier 2020 à minuit, trois ans et demi après son vote par 52% des Britanniques par référendum. Mais ce clap de fin marque le début d'une deuxième saison.

Xavier Bertrand président de la région des Hauts de France
Xavier Bertrand président de la région des Hauts de France © AFP / FRANCOIS LO PRESTI

Le Brexit a officiellement lieu ce 31 janvier 2020 à minuit, trois ans et demi après son vote par 52% des Britanniques par référendum.  D'ici le 31 décembre, l'Union européenne et les Britanniques doivent négocier et déterminer les contours de leurs futures relations. 

Avec le port de Calais sur son territoire, la région Hauts-de-France est en première ligne de ces futures discussions. Xavier Bertrand, ancien ministre du travail, de l'Emploi et de la Santé dans le gouvernement Fillon, ancien secrétaire général de l'UMP, est aujourd'hui  Président du Conseil régional Hauts-de-France.

France Inter : Le Brexit est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle ? 

Xavier Bertrand : C'est avant tout un formidable gâchis. Un gâchis pour l'Union européenne. Je respecte totalement le choix des Britanniques, mais je pense qu'en termes de croissance, en termes d'économie, ils se sont quand même tiré une balle dans le pied. Maintenant, regardons devant. Nous les Européens, on a plutôt intérêt à ne pas se tirer une balle dans le pied, c'est à dire ne pas chercher à punir les Britanniques. On doit imaginer aujourd'hui une nouvelle relation sur-mesure avec les Britanniques. On a su faire du sur-mesure avec la Norvège, avec le Canada. Les Britanniques, ça reste une nation européenne, une grande puissance économique. La géographie ne changera jamais. Il n'y aura toujours qu'une trentaine de kilomètres entre Douvres et Calais.  Alors soyons intelligents et cherchons à bâtir une nouvelle relation sur-mesure. C'est leur intérêt, mais c'est surtout notre intérêt !

Le Brexit est aussi la marque d'une Europe où, dans les différents pays, les nationalistes au pouvoir ou dans l'opposition sont de plus en plus forts. L'Europe est-elle en train de se racornir ? 

Elle se racornit si dès maintenant, la nouvelle commission et les dirigeants de chaque pays européen continuent à mettre en avant les égoïsmes nationaux. Au bout d'un moment, il faut savoir s'il y a encore un idéal européen, s'il y a une souveraineté européenne et si l'Europe est aussi capable de se protéger. On sait quels sont les principaux défis devant nous. Le choc migratoire qui n'est pas derrière nous, et qui viendra. Il y a la question démographique de l'Afrique, il y a la question climatique. Il faut qu'on arrête d'en parler, et que l'on prenne des décisions. Est-ce qu'on veut une industrie européenne ? Ou est-ce qu'on est condamné à voir passer les balles comme au tennis entre la Chine et les Etats-Unis et entre les Etats-Unis et la Chine? On n'a pas autre chose à faire qu'être un partenaire spectateur ? On a un rôle à jouer ! Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) vont-ils continuer à piller nos données et à nous imposer leurs vues ? On a quelque chose à faire en termes de souveraineté européenne.

Quant au green deal dans l'agenda d'Ursula von der Leyen (présidente de la commission européenne), je pense que c'est aussi une ambition qui permettra de marier l'écologie et l'économie. Là aussi, je pense qu'on a une carte à jouer, mais il faut qu'on arrête d'en parler, il faut le faire. Et je pense que l'Europe est plus menacée par le fait de ne pas relever ces défis que par la question du Brexit. Je pense que c'est à nous de trouver le ressort européen. En attendant, on a un sujet devant nous : comment fait-on pour qu'à la fin de l'année 2020 on ait un accord, et un bon accord ?

La période de transition s'ouvre justement a minima jusqu'à la fin de l'année. Britanniques et Européens vont discuter des conditions de commerce. Avec encore pas mal de points d'interrogation. Chez vous, en particulier, comment éviter une guerre de la pêche entre Français et Britanniques? 

C'est pour moi la préoccupation numéro un et surtout la plus urgente. 75% du poisson pêché par les pêcheurs français sont pêchés dans les eaux britanniques. Les Britanniques pêchent un peu dans nos eaux, mais surtout transforment leurs poissons chez nous, en France, et notamment à Boulogne-sur-mer. Transformer le poisson, c'est simple, c'est préparer le poisson, le découper en filets, le mettre en conserve parce que chez eux, ils n'ont pas les usines, ils n'ont pas l'industrie pour cela. Donc, dans cette discussion de la pêche, les Britanniques sont très tentés de dire "maintenant, dans les eaux britanniques, seuls les pêcheurs britanniques pourront pêcher". On doit être très fermes pour leur dire : "Si on ne peut plus pêcher chez vous, vous dans ces cas-là, vous ne pêchez pas chez nous, et surtout vous ne transformerez plus votre poisson chez nous !"

Cela va leur poser des problèmes parce qu'ils vont être obligés de remonter à l'extrême nord de l'Europe pour transformer le poisson, ce qui va leur coûter beaucoup plus cher, ou de créer une filière qui n'existe pas. Je suis plutôt très sympa avec les Britanniques, mais s'ils s'amusent à vouloir nous faire une guerre de la pêche, on ne va pas rester sympa parce que derrière, ce qui se joue, c'est un enjeu économique. Les pêcheurs, ce n'est pas anecdotique. C'est 1 000 marins et 5 000 emplois rien que dans la région des Hauts-de-France. Sans parler de la Normandie et de la Bretagne, où on va préparer une initiative commune avec les autres présidents de région pour dire au gouvernement et à l'Europe : "ce sujet là, il doit être au cœur des négociations. Ce n'est pas un sujet qu'on abordera après ou qu'on abordera de façon secondaire. Il est prioritaire !"

Les droits de douane risquent tout de même d'augmenter...

Pourquoi les droits de douane augmenteraient-ils ? Les Britanniques ne deviennent pas des Martiens quand même ! On les connaît, on a des relations économiques. S'ils ne changent pas leurs normes, pourquoi changerions nous nos contrôles? Pourquoi chercherait-on à mettre en place des droits de douane qui vont nous pénaliser? Et si on continuait à regarder les choses plutôt comme avant ? En revanche, si demain ils décident d'importer du bœuf venant du Brésil avec des hormones, du jour au lendemain, on change nos contrôles et on les empêche d'envahir le marché français avec ces produits-là.

Mais tant qu'ils ne changent pas leurs normes, pourquoi changer et tout casser ? Si les choses se passent intelligemment aux niveaux bruxellois et britannique, on a une formidable carte à jouer parce que pour les Britanniques, l'Europe la plus proche, ce sont les Hauts-de-France. J'imagine une zone franche sur Calais, à la sortie du port et du tunnel. Une zone franche uniquement pour les nouveaux investissements, pas pour les déménagements en France, français ou britanniques.

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