Alors que le pays entre dans sa troisième année de conflit, les tensions dans la région et les enjeux stratégiques font de cette guerre un conflit oublié mais meurtrier.

La guerre au Yémen a fait 8750 morts et 2000 personnes sont mortes du choléra depuis le mois d'avril.
La guerre au Yémen a fait 8750 morts et 2000 personnes sont mortes du choléra depuis le mois d'avril. © AFP / Mohammed Hamoud

Comme chaque jour depuis le printemps 2015, le Yémen est en guerre, reste à savoir contre qui. Ce mardi, les choses se sont précisées puisque l'Arabie Saoudite dit avoir intercepté au dessus de sa capitale Ryad un missile envoyé par les rebelles Houthis sur le palais du roi Salman. 

Le 6 décembre dernier, les raids aériens de la coalition sous commandement saoudien ont fait 136 morts civils. Des tirs inquiétants d'après l'ONU, qui estime qu'ils s'intensifient depuis la mort de l'ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh le 4 décembre. 

Celui qui régnait sur le pays avant le printemps arabe de 2011 a péri, tué par ses alliés Houthis qui s'estimaient trahis. Saleh avait en effet envisagé 48 heures auparavant de "tourner la page avec l'Arabie Saoudite" et d'enterrer ainsi la hache de guerre avec le vosin et ennemi sunnite de longue date.  Officiellement, cette guerre oppose les rebelles Houthis aux hommes d’Abd Rabbo Mansour Hadi, l’homme fort de l’Arabie saoudite voisine. Les Houthis sont Zaydistes, une branche du chiisme, qui est parvenue à établir une sorte d’autonomie au nord du pays autour de la ville de Saana.

De son côté, l'Arabie saoudite, après le tir de missile, a immédiatement mise en cause l'Iran. Car au Yémen le vrai conflit qui se joue est bel et bien mené entre saoudiens sunnites et Iraniens chiites, le peuple yéménite étant pris entre ces deux feux. 

Le Yémen, logé au sud-ouest de la péninsule arabique, est sous le coup d'un blocus. Actuellement, 17 millions de personnes sont en insécurité alimentaire, dans ce pays où déjà avant le conflit, le Yémen dépendait à 90% des importations. 

Le blocus sur les armes décidé par l’ONU en 2015 est devenu progressivement un embargo humanitaire. Ports et aéroport sont fermés, les quelques ONG qui sont encore sur place sont empêchées de distribuer le peu de nourriture jusqu'aux populations affamées. 

Le Yémen est en guerre depuis trois ans mais avant cela il était déjà fortement déstabilisé politiquement depuis le printemps arabe. Certes, Ali Abdallah Saleh a été écarté à l'époque de la présidence par les manifestants, avec l’aide des pétromonarchies. Mais le changement politique tant attendu par les Yéménites n’a pas abouti. Faute d’un compromis équitable et transpartisan, sous l’égide de l’ONU, les discussions se sont enlisées, au point de conduire à un conflit armé qui dure encore aujourd’hui. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.