La conférence humanitaire sur le Yémen qui se tient ce mercredi devait permettre de trouver des alternatives politiques à un conflit larvé. Mais après l'offensive lancée sur Hodeida, les ambitions gouvernementales ont été revues à la baisse et les doutes resurgissent. Alors, que faut-il attendre de cette rencontre ?

Des supporters Iraniens apportent leur soutien aux Yéménites et exhortent les grandes puissances à stopper la guerre lors du mondial en Russie.
Des supporters Iraniens apportent leur soutien aux Yéménites et exhortent les grandes puissances à stopper la guerre lors du mondial en Russie. © AFP / Jacques Guez

Le Yémen, où une coalition arabe dirigée par les Saoudiens intervient depuis 2015 au côté des forces gouvernementales face aux rebelles houthis pro-iraniens, connait "la pire crise humanitaire du monde", avec près de 8,4 millions de personnes au bord de la famine, selon l'ONU. Fruit d'une initiative franco-saoudienne, le principe de la conférence humanitaire sur le Yémen - décidé lors de la visite du prince héritier Mohammed Ben Salmane à Paris en avril - devait alors comporter un important volet politique, avec une prise de parole d'Emmanuel Macron.

Maos l'offensive lancée le 13 juin par les forces gouvernementales à Hodeida, ville portuaire de 600.000 habitants contrôlée par les Houthis et principal point d'entrée de l'aide humanitaire au Yémen, est venue bousculer l'agenda de Paris. "Compte tenu des incertitudes qui demeurent sur l'offensive en cours, il ne nous a pas paru pertinent, sage de convoquer cette conférence à un niveau ministériel", concède une source diplomatique française.

Des ambitions à la baisse

Malgré l'évocation de "risques humanitaires encourus" , Paris a toutefois souhaité maintenir la conférence, à huis-clos, autour d'un collège d'experts réunissant des représentants des Etats et des agences internationales les plus impliqués au Yémen de manière à trouver des solutions à la crise humanitaire. Ministres et protagonistes du conflit seront eux absents de la rencontre. Une ambition largement revue à la baisse donc qui en dit long sur le désarroi des instances dans un conflit dont on peine à envisager une sortie à court terme.

L’objectif prioritaire reste d’identifier les moyens de lever les obstacles liés à l’accès et à la distribution de l’aide, dans les ports, les aéroports, mais aussi à l’intérieur des terres. L’accès au port de Hodeïda, par lequel transite plus de 80% de l’aide humanitaire internationale au Yémen et l’essentiel du fret commercial, fera l’objet d’une attention particulière. La France voudrait obtenir par ailleurs des Saoudiens et Emiratis un allègement des inspections draconiennes à l'entrée du port de Hodeida, ainsi qu'un accroissement du trafic aérien au départ de Sanaa, afin de desserrer l'étau qui paralyse l'aide humanitaire.

Des ONG reprochent l'"implication" de la France dans le conflit

Outre l'implication de l'Arabie Saoudite dans l'organisation de cette conférence, soupçonnée de "violations massives du droit humanitaire sur le sol yéménite", les ONG fustigent l'exclusion des Houthis, autres belligérants du conflit, des pourparlers.  Elles reprochent également à la France de livrer des armes à Ryad et Abou Dhabi. Il est "plus que vraisemblable" que ce matériel soit utilisé au Yémen, a relevé Helène Legeay, responsable de l'ONG chrétienne ACAT.  

Dans un tweet publié mardi, Amnesty International a même lancé un appel pour l'ouverture d'une commission d’enquête parlementaire sur les ventes d’armes françaises aux pays engagés dans le conflit au Yémen :

Pour Jean-François Corty, de Médecins du Monde, il faut "absolument travailler à une résolution du conflit", au-delà de l'aspect humanitaire, et "la France a toute sa place dans le leadership à prendre sur cette dynamique de résolution de conflit parce qu'elle est impliquée dans ce qui se passe au Yémen".

Pour ce faire, d'autres commissions et conférences devraient se poursuivre dans les semaines à venir, dans l'espoir d'aboutir à de vrai pourparlers de paix. Pour l'heure, l'urgence reste de préserver au mieux la population civile et d'assurer un ravitaillement suffisant en denrées alimentaires et aide médicale.

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