À Lille, 240 000 habitants, la maire socialiste, Martine Aubry, vient d’annoncer qu’elle briguait un quatrième mandat. Face à elle, deux adversaires principaux : son ancienne directrice de cabinet, passée chez LREM, et le camp écologiste, fort d'un score de plus de 21% aux dernières européennes.

Le centre historique de Lille
Le centre historique de Lille © Getty / .

Le rendez-vous a été donné sur un petit marché populaire de Lille-Sud. Violette Spillebout, ex-directrice de cabinet de Martine Aubry, passée tête de liste de LREM, est entourée de figures connues du quartier, comme le très implanté Jean-Marie Lambrechts. Compagnon de route socialiste de toujours, il a fini par être  exclu lorsque ses accointances avec le parti présidentiel sont devenues trop visibles. Il assume, goguenard : 

"Ce n’est pas parce qu’on a fait les 35 heures qu’on doit rester 35 ans à la mairie"

Aux chalands qui déplorent une baisse de l’activité cet hiver, la candidate enfonce : "Lillelium (Le centre commercial qui va ouvrir à quelques encablures ), c’est une menace non? Je serai là pour défendre le marché, le commerce de proximité. Il faut refaire de la proximité".

Une jeune femme accompagnée d’une très jeune adolescente la salue.
"-Bonne année madame. Que peut-on vous souhaiter ?   

- Plus de sécurité. Je n’autorise pas ma fille de 12 ans à aller seule à vélo à la piscine. 

- Vous avez raison, il faut mieux sécuriser le quartier."

La sécurité est à l’évidence un axe de campagne fort de la campagne locale du parti présidentiel : armement de la police municipale, lutte contre les trafics, incivilités.

Ce jour là justement, Laurent Nunez, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, profite d’une visite officielle à la Préfecture pour offrir un soutien amical à la candidate. On ira rue Massena, " la rue de la soif  locale, qui assèche les  riverains", avec force beuveries et discothèques improvisées en plein air.
Le secrétaire d’Etat, prudemment, s’en remet aux médiations municipales.

"Un coup de la maire de Lille"

On regagne le centre ville où l’on retrouve le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse en train de pester contre les cars de retraités qui obstruent son QG : un "coup de la Maire de Lille" qu’il dépeint en "tsarine, autoritaire, mais toutefois opiniâtre et convaincue". Il a dans ses tiroirs moult photos, où il figure aux côtés de Pierre Mauroy, le commandeur local dont on sent que, si on le poussait, il se dirait l’héritier illégitime.

L’héritière - qui refuse le terme et la médiocrité qui lui est associée - la maire de Lille, Martine Aubry, observe, mi-amusée mi-navrée, les manœuvres de ses opposants : "Vous savez que j’avais dit que, sauf circonstances exceptionnelles, après trois mandats, c’était sain d’arrêter et puis je me suis dit "la ville s’est métamorphosée, il y a encore beaucoup à faire bien sûr', mais, surtout, je sens, ici comme ailleurs, une vulnérabilité. 

"Les gens ont peur de l’avenir parce que, d’abord, il y a beaucoup d’inégalités, et on ne peut pas dire que le monde ou l’Europe nous rassurent. Et puis il y a l’urgence climatique. À partir de là, je me suis dit : il faut tenir les deux bouts. À la fois la transition écologique et la justice sociale, sinon il n’y aura pas de transition  écologique". 

"Personne ne tient ces deux bouts là", poursuit la maire de Lille, "c’est à dire à la fois  une politique du logement, - il y a une forte demande de logements dans  notre ville, dans une mixité que nous faisons mais avec une place plus grande à la nature -, une mobilité qui laisse plus de place aux déplacements doux mais également penser à ceux qui ne peuvent pas faire autrement que de prendre leur voiture, parce qu’ils n’ont pas de transports collectifs et qu’il faut aider à les sortir de leurs vieilles voitures". 

"On ne peut pas penser que l’on va imposer uniquement à ceux qui savent ou à ceux qui peuvent, il faut faire  avancer tout le monde en même temps. Et je crois que beaucoup de ces réponses viennent des villes. Et je pense avoir avec mon équipe la vision, la volonté aussi la créativité. Voilà ce qui m’a poussé à me représenter alors que j’envisageais plutôt de me consacrer à ma famille, à mes petits enfants, à des voyages. Mais comme  j’adore cette ville et que ma passion est intacte, alors j’y vais. Parce qu’il y a urgence, parce que la transition écologique n’est pas un objectif, c’est une obligation absolue. Et la même obligation absolue se pose sur la justice sociale. On le voit actuellement avec les  retraites".

Et elle enfonce : "Vous savez dans l’ancien monde, dont je fais partie, on n’est pas pour le ruissellement, il n’y a pas des gens qui réussissent parce  qu’ils ont du courage et d’autres qui échouent parce qu’ils n’en ont pas. Il n’y a pas des gens qui ne sont rien et des gens qui réussissent. On doit vivre ensemble, se battre pour le  vivre ensemble."  

Les écologistes se sentent pousser des ailes

Elle déplore un niveau de campagne assez médiocre, des attaques sur son bilan écologiste qui passent mal : pour elle, EELV, allié à "Generation.s" de  Benoît Hamon, fait une campagne très "rouge-verte". 

Les écolos, avec plus de 21% aux dernières élections européennes et des sondages flatteurs, se sentent pousser des ailes. Un petit côté, puisque nous sommes incontournables, "tous derrière notre panache vert". À écouter Stéphane Baly, le candidat Europe Écologie Les Verts, ces derniers jours, et depuis l’entrée officielle en campagne de Martine Aubry, pas d’arrogance : "On a rassemblé les écologistes, maintenant au reste de la gauche de prendre ses responsabilités. On ne va pas refaire le Congrès d’Épinay à Lille. Il ne s’agit pas de renverser la table, mais de  proposer une alternance bienveillante".

"Lille est l'une des villes les plus polluées de France,mais on ne défend pas une écologie punitive, on veut permettre aux habitants de disposer de 20m2 d'espaces verts par personne. Là où, aujourd'hui, on est à 14."

Martine Aubry hausse les épaules. "Bien sûr que l'on peut faire mieux, mais ce type d'attaques...". Il y a aussi ce récent sondage qui la donne réélue très confortablement. Et ses plus féroces détracteurs en conviennent : elle a du métier, un redoutable sens politique et une vraie aura.

Les Insoumis à fond sur les quartiers populaires

"Nous n'avons pas besoin de rédempteur, d'homme ou de femme providentiels qui prendraient tous les péchés de Lille sur leur dos" rétorque Julien Poix, la tête de liste (avec Elodie Cloez) Insoumise du collectif "Décidez pour Lille". "On veut faire des citoyens acteurs"

Les Insoumis qui ont vu fondre aux dernières européennes leurs 30% de l'élection présidentielle de 2017 (11% aux dernières européennes) ont choisi de s'allier l'électorat populaire. Ils organisent des marches pour dénoncer les logements vacants, les bailleurs sociaux négligents.

"Martine Aubry a avalé la clé du Beffroi mais la fracture sociale s'élargit à Lille

estime encore le candidat. Rappelant que 33% des ouvriers lillois sont au chômage.

Ils espèrent tirer leur épingle du jeu, reconnaissant une notoriété encore très fraîche sur le terrain. Il est vrai que les deux députés stars locales, Ugo Bernalicis et Adrien Quatennens n'ont pas choisi d'aller affronter Martine Aubry. "Place aux nouvelles têtes, explique Hugo Bernalicis, nous aussi on était inconnus avant 2017!"

Parmi les autres listes en lice aux élections municipales de Lille : 

Thierry Pauchet, élu de centre droit liste  "Les Lillois sont formidables"
Eric Cattelin-Denu, RN, élu d'opposition au conseil municipal et à la métropole européenne de Lille  

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