Dans un tiers des départements français, le parti présidentiel ne présentera aucun candidat aux municipales. Les marcheurs n'ont trouvé personne en zone rurale, ils se rattrapent en soutenant des candidats déjà investis par d'autres partis. France Inter a dressé la carte de France des zones blanches de LREM.

Aucun candidat LREM n'est investi dans un tiers des départements français.
Aucun candidat LREM n'est investi dans un tiers des départements français. © AFP / X. D.

La ruralité, un désert pour La République En Marche. Nous avons rassemblé leurs investitures et les données du ministère de l’Intérieur, qui aboutissent aux deux cartes ci-dessous. 61 départements en blanc, avec aucune liste dans 32 d'entre eux, soit un tiers des départements français, et une seule liste dans 29 autres. Cela illustre l'absence d'implantation du parti présidentiel. Il revendique toujours plus de 4.000 comités locaux, mais la plupart sont des coquilles vides, qui se sont évaporées dès le lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron, en 2017. 

Ces zones blanches correspondent surtout à des départements ruraux (et ultramarins). Mais, pas seulement. LREM n'a investi qu'un seul candidat dans l'Hérault (à Montpellier), dans le Pas-de-Calais (à Arques), dans le Haut-Rhin (à Colmar). "Nous manquions de candidatures sérieuses" reconnaît un cadre du mouvement. "Et nous avons souvent préféré soutenir des élus déjà installés". "Nous ne faisons aucune différence entre investitures et soutiens, ajoute le siège du parti. Il n'y a que 5 départements où n'avons personne : Corse-du-Sud, Haute-Corse, Ardennes, Creuse et Lozère." Dans l'Ariège, par exemple, à Foix, LREM soutient le référent départemental du parti, qui "pour rassembler davantage" n'a pas demandé l'investiture mais un simple soutien. 

Pourquoi deux cartes ?

La première carte recense les 250 investitures du parti, et toutes ses absences. La seconde recense les investitures et y ajoute tous les candidats "soutenus" par LREM. Cela permet d'atténuer certaines zones blanches. En Haute-Garonne, par exemple, il n'y a qu'une seule liste LREM (à Ramonville St-Agne) mais neuf soutiens, dont le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. Les stratèges de Matignon, et les partenaires de la majorité, ont souvent calmé les ardeurs de certains marcheurs qui voulaient monter leurs listes, coûte que coûte. Ils ont encouragé ces soutiens, en s'assurant de décrocher à la clé quelques sièges de conseillers municipaux. 

C'est maintenant le seul véritable objectif du délégué général du parti, Stanislas Guérini : passer de 2.000 à 10.000 conseillers municipaux, autrement dit, obtenir 2% des sièges. 

En Marche, absent du monde rural, et présent seulement dans la moitié des communes de plus de 9.000 habitants, et seulement la moitié des grandes villes de plus de 120.000 habitants (là où Emmanuel Macron a, en moyenne, rassemblé 27% des voix au premier tour de 2017). Là, où ils ont des candidats, ils passent rarement la barre des 10% dans les sondages, à cause notamment de leur manque de notoriété, de réseaux et de la faible popularité d’Emmanuel Macron. 

À la veille du premier tour, les marcheurs n’ont quasiment plus aucun espoir de conquête. Et dans 15 des 40 plus grandes villes, il y a, en plus, une dissidence LREM. "Vivement qu’on passe à autre chose" s'agace un candidat, qui ne fait même plus campagne. Cette "déroute" annoncée fait déjà grincer des dents en interne, et risque de fragiliser Stanislas Guérini. Ces élections municipales n'ont fait que raviver les tensions entre Matignon, le MoDem, les marcheurs de la première heure, qui ont eu du mal à accepter le "ni-ni" : ni investiture, ni soutien dans 16 grandes villes, dont Versailles, Nice, Saint Quentin, Meaux, Caen, où la droite est aux commandes, et donc favorisée. 

De nombreux marcheurs craignent "le retour au bercail", que leurs électeurs renouent avec leurs habitudes, et se tournent à nouveau vers un candidat LR, par exemple. Et continuent, ainsi, sur leur lancée lors des élections départementales et régionales de mars 2021. "Ces municipales auraient dû nous apporter un vivier de candidats et d'ambassadeurs pour l'an prochain, ce ne sera pas le cas" se désole un stratège, qui redoute aussi les élections sénatoriales de septembre prochain : "à tous les coups, la droite gardera la main au Sénat". Les grands électeurs sont, en effet, majoritairement des conseillers municipaux, et ils sont aujourd'hui pour la plupart divers droite ou LR.

Voici les 32 départements sans investiture LREM 

  • Aisne
  • Alpes-de-Haute-Provence      
  • Ardennes       
  • Ardèche       
  • Ariège       
  • Aveyron       
  • Calvados       
  • Cantal       
  • Cher      
  • Corrèze       
  • Corse-du-Sud       
  • Creuse      
  • Deux-Sèvres       
  • Doubs       
  • Gers       
  • Haute-Corse       
  • Haute-Loire       
  • Haute-Savoie       
  • Haute-Vienne       
  • Hautes-Pyrénées       
  • Landes       
  • Loir-et-Cher       
  • Loiret       
  • Lot-et-Garonne       
  • Lozère       
  • Manche       
  • Mayenne       
  • Pyrénées-Atlantiques       
  • Somme       
  • Tarn-et-Garonne       
  • Territoire de Belfort
  • Vosges

(Mise à jour, 11 mars, 10h30 : La direction du parti LREM conteste ces chiffres, car, il n'y a, pour eux, "quasiment aucune différence" entre une investiture et un soutien. "Ce n'est qu'une question de stratégie sur le terrain". Ils n'admettent que 5 zones blanches : 5 départements sans investiture, ni soutien)

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