Avec les restrictions liées au coronavirus, tous les musées et galeries d'art ont dû fermer leurs portes jusqu'à nouvel ordre. Pour permettre à chacun de continuer à accéder à des œuvres d'art, des musées ont mis à disposition leurs collections en ligne... mais des initiatives particulières se développent aussi.

Le parvis désert du musée d'Orsay, fermé au public
Le parvis désert du musée d'Orsay, fermé au public © AFP / Philippe LOPEZ

Comment avoir sa dose d'art tous les jours ? L'une des conséquences de la crise du coronavirus, c'est la fermeture, parmi les lieux accueillant du public, des galeries d'art et des musées. Cela signifie-t-il que pendant tout le temps du confinement, plus d'art à se mettre sous la main ? Loin de là. Depuis le début de la semaine, de nombreuses initiatives permettent aux férus d'art (mais aussi à ceux qui ont envie de le découvrir) de contempler des tableaux, d'en savoir plus sur l'histoire des grands et grandes artistes. 

Les collections des musées en ligne

Vissé dans son canapé, comment profiter des chefs-d'œuvres artistiques du monde entier ? Les propositions ne manquent pas, tant les musées ont développé, ces dernières années, la mise à disposition en ligne de leurs collections. L'un des portails les plus riches pour explorer les œuvres d'art du monde entier, c'est celui de Google : "Google Arts & Culture", lancé comme un laboratoire il y a une dizaine d'années, est une mine d'or pour les amateurs et amatrices d'art. 

Parmi les fonctions les plus impressionnantes - et les plus interactives - la possibilité de visiter, virtuellement, des musées avec Google Street View, avec, comme dans un vrai musée, une fiche informative pour chaque œuvre d'art présentée ; mais aussi des visites à 360° (notamment celle du Château de Versailles, impressionnante de réalisme) ou des tableaux à explorer jusque dans les moindres détails grâce à un appareil photo à ultra haute définition. Pour les plus curieux, Google a aussi conçu des expositions virtuelles. En ce moment par exemple, vous pouvez découvrir une sélection d'objets de la période Bauhaus ou vous attarder sur les portraits de Vigée Le Brun. Une partie des expositions virtuelles sont en anglais mais peuvent être traduites grâce à... Google Traduction, qui est intégré. Le service a tissé des partenariats avec de très nombreux musées, comme ici, le MuCEM, à Marseille, qui a donné accès à ses réserves : 

D'autres musées ont conçu leurs propres expositions en ligne : c'est le cas du Louvre, qui propose chaque jour, sur sa page d'accueil, un focus sur une œuvre différente du musée ; ou du Jeu de Paume, à Paris, qui propose chaque jour sur son compte Instagram des contenus en lien avec ses expositions. 

C'est aussi le cas du CAPC, le musée d'art contemporain de Bordeaux, qui développe une "retraite culturelle" quotidienne sur son compte Instagram à partir du contenu de ses collections. 

Sur Twitter, le mot-clé #ConfinementMuséeURL, lancé il y a quelques jours, permet de retrouver bon nombre de ces initiatives. En plus des grands musées nationaux et internationaux, on peut ainsi retrouver de nombreuses initiatives, comme celle des musées normands qui partagent leurs collections dans de nombreux domaines (l'art, mais aussi l'archéologie), ou encore le FRAC Grand Large, qui rend ses collections d'art contemporain et de design accessibles. 

L'initiative "L'art à la fenêtre"

C'est avec le mot-clé #lartalafenetre qu'une utilisatrice d'Instagram a lancé l'idée, mardi, en montrant une photo de ses fenêtres couvertes de dessins, de cartes postales, de tableaux imprimés... "Sans pouvoir continuer mon travail au musée, j'ai essayé à ma façon de continuer à faire vivre l'art", a-t-elle expliqué. 

View this post on Instagram

Contrainte comme tous à rester chez moi, pour le bien de nous tous, et étant confinée (ou bientôt confinée) dans la solitude d’une ville plutôt solitaire, sans pouvoir continuer mon travail au musée, j’ai essayé à ma façon de continuer à faire vivre l’art. Je vous propose de colorer vos fenêtres : dessins, peintures, esquisses, coupures de journaux, cartes postales, décorations… tout est permis. Face à cette grande difficulté, en soutien de ceux qui travaillent pour nous tous, essayons de garder l’espoir et de continuer à colorer nos journées, à l’intérieur et à l’extérieur. Exprimez-vous comme vous pouvez et vous voulez, le seul but étant de partager les couleurs. #lartàlafenêtre ~ Nella difficoltà di un confinamento in casa (confinamento non ancora imposto qua ma sicuramente molto vicino), per il bene di tutti, e trovandomi sola, in una città per di più piuttosto solitaria, senza poter andar al museo come sempre, ho cercato a mio modo di continuare a far vivere l’arte. La proposta è colorare le nostre finestre: disegni, pitture, schizzi, ritagli di giornale, cartoline, decorazioni… tutto quello che volete. Per affrontare questa grande difficoltà, e per continuare a sostenere chi lavora per noi, cerchiamo di non perdere le speranze e di continuare a colorare le nostre giornate, dentro e fuori. Esprimetevi a vostro modo, come potete e come volete: la sola missione sarà condividere i colori. #larteallafinestra 🧡

A post shared by Asia T. (@_asiatorre_) on

Relayée par le blog "Culturez-vous", elle a été reprise par quelques autres utilisateurs, à la manière des initiatives appelant à chanter au balcon, avec toujours la même idée : donner à voir à sa fenêtre des œuvres d'art, pour prendre le relais des musées fermés. 

La création toujours vivante

Être coincé chez soi, confiné, est-ce que cela veut forcément dire ne plus créer ? Pas du tout, bien au contraire. L'art contemporain continue à se développer, sur Internet, sur les réseaux. Ainsi, une œuvre vidéo créée par Lauren Huret et Fragmentin en parallèle à l'exposition "Le supermarché des images" au Jeu de Paume (que nous évoquions plus haut) prend une résonance toute particulière : elle capte, en permanence, les cinq vidéos les plus visionnées à un temps T sur "une célèbre plateforme en ligne de partage de contenu" (on soupçonne fort qu'il s'agisse de YouTube) pour en faire un mélange, un "mash-up" aussi complexe que fascinant à regarder.

L'artiste Alain Séchas, connu pour ses chats antropomorphes à qui il a fait vivre de nombreuses aventures quotidiennes, continue un projet lancé il y a plus d'un an sur Instagram : un dessin par jour, souvent rempli d'humour. Cette fois, ses chats sont eux aussi confinés, et vivent à peu près comme ils peuvent - comme nous tous, en somme. Quant à la peintre Johanna Tordjman, faute de nouveaux modèles pour ses tableaux, elle propose aux personnes confinées de leur envoyer une photo, dont elle s'inspire pour peindre malgré l'enfermement

Et aussi...

De nombreux autres outils permettent d'accéder à l'art à la télévision : on retrouve ainsi des chaînes de télévision (Museum TV, etc.), des chaînes YouTube (L'Art comptant pour rien, N'Art, etc.), des podcasts consacrés à l'art (comme "Bulle d'Art" - réalisé par l'auteur de cet article - ou "Vénus s'épilait-elle la chatte" consacré à la place des femmes dans le monde de l'art) et certains contenus audio réalisés par les musées eux-mêmes : le Musée d'Orsay a remis en avant à cette occasion une série de podcasts proposant des "promenades imaginaires" dans des tableaux célèbres - si, par exemple, vous avez toujours rêvé de participer à ce fameux bal du Moulin de la Galette.

Enfin, pour passer le temps tout en observant des pièces d'art, l'une des initiatives les plus originales vient du musée Saint-Raymond à Toulouse, qui propose au téléchargement... des coloriages de ses objets archéologiques

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.