Aphrodite's Child - 666
Aphrodite's Child - 666 © Polygram

On connaît le parcours parsemé de succès du crooner méditerranéen Demis Roussos à partir des années 1970 (« We shall dance » , « My reason » , « Good bye my love, good bye » , « Forever and ever » , « When I’m a kid » , « From souvenirs to souvenirs » ) jusqu’aux années 1980, une décennie durant laquelle ses chansons « frissonnaient » régulièrement au Top 50, le classement qui faisait alors autorité auprès des « p’tits clous » , avec des chansons comme « Quand je t’aime » ,« Le grec » , « On écrit sur les murs »

Pourtant, les débuts du chanteur grec (aussi bassiste) sont marqués par un tout autre répertoire. Sa rencontre en 1966 avec ses compatriotes Evangelis Papathanassiou (claviériste et compositeur) etLucas Sideras (batteur) décidera de son aventure au sein du groupe Aphrodite’s Child. En 1968, le trio, de passage à Paris, doit rallier Londres pour y enregistrer son premier disque mais il se trouve bloqué par les mouvements de grève du mois de mai. La firme Philips France qui les a aidés à traiter avec l’Angleterre, les fait obligeamment engager dans un club, "Le Psychedelic ", en attendant l’accalmie. C’est donc à Paris, avec l’aide du parolier Boris Bergman (à l’époque, prof d’anglais), qu’Aphrodite’s Child enregistre austudio Bianchi l’album « The End of the World » dont est extrait un super slow d’été, le fulgurant « Rain and tears » , adapté du « Canon en ré majeur » de Johann Pachelbel . La bluette se retrouve sans concurrence aucune sur les platines des radios et dans les bacs des disquaires. La voix très singulière de Demis Roussos (due à une opération ratée des amygdales) fait rage.

« Rains and tears » (1968)

En 1972, paraît le double album intitulé « 666 » , d’après « L’Apocalypse de Saint-Jean » . Un disque disparate où le psychédélisme se mêle au hard-rock, où les thèmes et les sonorités s’entrechoquent et où le mysticisme grégorien rencontre les râles érotiques de l’actrice Irène Papas sur le titre« °° » (la plage 5 de la face 3). Le disque n’est pas le bienvenu dans certains pays, non seulement à cause de ses références au satanisme mais aussi en raison du caractère lascif, voire pornographique à certaines oreilles, de la prestation de la comédienne grecque : elle simule un orgasme de cinq minutes sur fond de cymbales épileptiques.

Irene Papas
Irene Papas © Bettmann/CORBIS

Ce double disque concept est avant tout l’œuvre d’Evangelis Papathanassiou . On y retrouve toutes ses influences qui ont marqué les expériences psychédéliques de l’époque : des premiers Frank Zappa àKing Crimson en passant parJimi Hendrix, David Gilmour (Pink Floyd), The Who, Traffic… .

La sortie de « 666 » est retardée en raison de désaccords avec la maison de disque (principalement à cause du titre « °° » !). Le disque connaîtra cependant un succès honorable. Entre temps, Demis Roussos a quitté le groupe préférant embrasser la carrière grand public qu’on lui connaît.Vangelis (débarrassé du ‘E’ de son prénom et de son nom) poursuivra de son côté une carrière internationale de compositeur et musicien de cinéma. Reste ce disque qui constitue une des plus belles pièces du rock progressif.

Aphrodite’s Child :_ l’album « 666 »_ (1972)

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