Chez Amadou & Mariam, point d’universalisme bon teint à l’horizon. Non, c’est même tout l’inverse qu’ils indiquent dans chacune de leurs chansons, dans la moindre inflexion. Eux ont pris le pari de la « diversalité » comme diapason de leurs intentions. Pas de malentendu possible : pour eux, la musique de l’autre, c’était bien entendu un peu la nôtre. Et leur terre, ce Mali qu’Albakaye Kounta, poète de Tombouctou , qualifie de « pays du centre », c’est aussi la vôtre. Un empire de sons qui fut un terrain d’entente depuis des siècles, de rencontres et de brassage entre races, ethnies et religions, qui est depuis quinze ans l’un des centres attractifs de la musique globalisée. Et c’est encore et toujours là que le couple puise son inspiration, une source vive qu’ils alimentent au-delà de leur terroir. Telle est la force de Folila , qui frappe d’emblée : encré dans leurs racines, ce nouvel album témoigne toujours plus d’une ouverture sur le monde des musiques, sans exclusive. Cette dualité renvoie à la méthode qui a présidé aux sessions, réalisées en deux temps. De quoi assouvir pleinement leur don d’ubiquité. « L’idée était de produire deux albums : un crossover à New York, axé autour des rencontres, ; l’autre plus roots à Bamako, avec des invités essentiellement africains. » , résume Marc-Antoine Moreau, leur fidèle manager et dirtecteur artistique qui s’est mis aux manettes de cette nouvelle production, avec pour complice l’ingénieur du son Antoine Halet.

Amadou et Mariam
Amadou et Mariam © Benoît Peverelli

Direction le toit du monde, où ils se sont installés pendant trois semaines. Un campement de base au Cooper Square Hotel, dont le dernier étage offre une vue panoramique sur Manhattan, le lieu idoine pour des fêtes noctambules, histoire de mettre le bon « mood » aux séances d’enregistrement au Downtown Studio. C’est là qu’ils vont accueillir de multiples convives à leur festin, la plupart croisés un jour ou l’autre dans leurs raouts planétaires, tous choisis avec soin pour enrichir la formule de base : le duo guitare-voix qui unit à la ville comme en scène le raw funky father et la mother so soul. A commencer par Santigold qui, pour son mariage voici trois ans, avait choisi le couple malien. L’histoire ne put se faire, mais rendez-vous fut pris. La féline diva pose sa voix sauvage sur « Dougou Badia », le thème qui sert d’introduction. Entrez dans la transe ! Un pied plus à la coule, Tunde et Kyp, les deux black poets du combo TV On The Radio, glissent naturellement leurs acapellas sur « Wally Katasso », une ballade mixée par Keni Takamoto, l’ingé son de Danger Mouse. Quant à Theophilus London, le jeune poète qui s’est distingué en réalisant une mixtape du tubesque « Sabali » en 2008, il imprime son subtil flow soul jazz sur « Nebe Mer »i, parfaitement raccord avec les accents blues d’Amadou. Autre esthète de la great black music, AmpFiddler donne lui aussi la réplique à Amadou, un grain de soul typique de Detroit sur « Wari », avant de poser les lignes de son clavier sur « Africa Mon Afrique », boosté par la section des Antibalas, le combo afro-funk de Brooklyn, dont les cuivres (mais aussi les claviers de Jared) rutilent ici et là. Quant à Jake Shears, l’âme de Scissors Sisters et fan du couple depuis une tournée en commun en Angleterre, il officie en contre-chant, mais jamais hors-champs, de sa voix haut perchée sur l’envoûtant disco blues « Metemya ». Enfin, last but not least, Ebony Bones, l’égérie du son métissé de Londres qui a participé à l’aventure Africa Express aux côtés d’Amadou & Mariam, elle met le feu sur « C’est pas facile », un titre qui flirte avec la rumba congolaise filtrée aux sons electro. Comme un bon résumé des enjeux de ces sessions. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle va aller bien au-delà en se poursuivant au Mali.

Donc, retour à Bamako, pour une nouvelle session de trois semaines, cette fois dans les studios de Manjul, éminent rastaman installé au Mali. Avec un cahier des charges bien précis : reprendre les mêmes titres de base, les mêmes tempos, les mêmes tonalités… mais tout remettre en perspective avec des complices de toujours, à l’instar du tellurique percussionniste Boubacar Dembelé et Yaho le totémique bassiste , et des invités de marque. Jugez plutôt : Bassekou Kouyaté et son n’goni, Idrissa Soumaoro au kamele n’goni, Toumani Diabaté à la kora, Zu Tereta et sa vièle monocorde, le guitariste touarègue Abdallah Oumbadougou , un frère d’arme (la six-cordes) d’Amadou depuis qu’ils se sont découverts lors du festival Paris-Bamako […] « Tout le Mali est là, Emmène-moi, emmène-moi, Le long des berges éternelles du fleuve Niger… »,comme le chante si justement Bertrand Cantat , convié à venir s’abriter au pied de ce bel arbre, à se ressourcer tout autant pour le chanteur de Noir Désir. Après l’avoir rencontré en 2009 après un concert à Bordeaux, Amadou & Mariam ont entamé une intense conversation artistique qui sonnait pour le chanteur meurtri comme une reconversion métaphysique. C’est ainsi qu’il a débarqué en janvier 2011 à l’aéroport de Bamako, des mots dit blues en tête et des notes de toutes les couleurs dans les doigts. Celles de sa guitare et de son harmonica qui au final hantent tout l’album, comme ses textes exorcisent le passé, narrent le présent et se projettent dans l’avenir. Emblématique de cette démarche, l’incantatoire et incandescente sentence qu’il lance à « Oh Amadou », qui sonne et raisonne en un curieux écho à son propos. « Tu n’as pas le choix, c’est plus fort que toi… »

Amadou et Mariam
Amadou et Mariam © Benoît Peverelli

Au final, c’est tous ceux-là, pile et face, qui seront réunis en un glocal mix concocté à Paris, leur deuxième capitale. Deux en un, et tous unis en toute proximité pour une nouvelle galette aux allures d’ovni rétro-futuriste, à l’image des rencontres du troisième type qui boostent encore une fois le couple à se dépasser, comme toujours, comme jamais, à transcender l’image polie que renvoie leur aura médiatique, couronnés de multiples prix et ambassadeurs de bien des bonnes volontés. Aux ballades amoureuses, se greffent des textes plus engagés, entre deux envolées technologiques se glissent des coups de blues crépusculaires . Telle est la force d’attraction de cet album, qui sonne tout à la fois organique et électronique, plus roots et plus rock , plus proche de la grande tradition et toujours plus prompt à la faire dévier de son orbite naturelle pour la propulser vers un ailleurs. Là où les a sans cesse, sans forcer le pas, emmenés leur guide spirituel : « Folila », la musique totalement dingue, en version originale.

La tournée :

07/07/2012 Summerjam - Koln (Germany) 13/07/2012 Colours of Ostrava - Ostrava (Czech Republic) 15/07/2012 Festa d'Oc - Béziers (France) 27/07/2012 Festival Africajarc - Cajarc (France) 28/07/2012 Les Nuits Atypiques - Langon (France) 31/07/2012 9:30 Club - Washington, DC (USA) 01/08/2012 Paradise - Boston, MA (USA) 04/08/2012 Central Park Summerstage - New York, NY (USA) 05/08/2012 Lolapalooza - Chicago, IL (USA) 09/08/2012 Edmonton Folk Festival - Edmonton, AB (Canada)

12/08/2012 Outside Lands - San Francisco, CA (USA)

Amadou et Mariam
Amadou et Mariam © Benoit Peverelli
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