Dans un Studio 105 en sursis, Michka Assayas rend hommage au rock indépendant français avec les "Black Sessions". Des concerts libres et gratuits, organisés presque toujours dans ce studio, de 1992 à 2011, où le public a pu découvrir des musiciens dont personne ne savait qu’ils allaient faire l’histoire de la musique.

Le studio 105 un soir de Black Session (1994)
Le studio 105 un soir de Black Session (1994) © Radio France / Roger Picard

Michka Assayas nous plante le décor des "Black Sessions" et revient sur leur histoire, riche de mouvements, de musiques et d'artistes. Le Studio 105 qui les a abrité longtemps pour des concerts enflammés va être le théâtre d'important travaux de rénovation. Ce Studio 105 va être réduit à un souvenir, un fantôme, avec ses 237 places et son ambiance intimiste. Mais on a pensé qu'une « Demolition Party » pour ce lieu dont le nom résonne d’une façon particulière aux oreilles d’une certaine communauté : celle du rock indépendant en France, était de mise ! Un Studio 105 où, pendant plus de vingt ans, se sont répandues les ondes d’une « musique pas comme les autres ». Et qui est plus vivante que jamais. La preuve, c’est que ce soir, on va accueillir pour un concert exceptionnel deux musiciens qui, sans ce qui s’est passé au Studio 105, n’auraient pas connu le même rayonnement en France. 

Un était là au tout début, c’est Dominique A, désormais un pilier de notre famille, une autre à la toute fin, c’est la Londonienne Anna Calvi et elle compte beaucoup déjà. Tous deux ont quelque chose en commun : avoir chanté et joué pour les « Black Sessions » de quelqu’un dont vous avez peut-être entendu parler, Bernard Lenoir. Bernard a fait l’éducation musicale de beaucoup d’entre nous. Et beaucoup ont très envie de lui dire à quel point il a compté. 

Dire que Bernard Lenoir a fait l’histoire de France Inter, ça a un côté officiel et ennuyeux. En fait, il a été le premier et longtemps le seul à ouvrir les fenêtres dans cette maison en diffusant une musique nouvelle, différente, oui, pas comme les autres. 

Une musique, tantôt timide, tantôt malhabile, tantôt inquiétante, qui était comme notre voix intérieure et secrète. Et qui comptait d’autant plus pour nous que nous savions qu’elle déconcertait ou indisposait les autres, ceux qui n’étaient pas de notre communauté. Bernard Lenoir est celui qui, en décembre 1979, a diffusé le concert de Joy Division aux Bains Douches, ou, en juin 1980, celui des Young Marble Giants qui ont beaucoup compté pour Dominique A. Et qui, après un passage à la télévision publique, d’où un directeur l’a viré, et un autre par une radio périphérique, a réintégré France Inter pour y créer quelque chose qui n’existait pas : les Black Sessions. Des concerts libres et gratuits, organisés presque toujours ici, au Studio 105, de 1992 à 2011, où un public a pu découvrir des musiciens dont personne ne savait qu’ils allaient faire l’histoire de la musique. 

Au hasard : Radiohead, vous l’avez entendu, Tindersticks, PJ Harvey, Cat Power, les Kills, Franz Ferdinand, The National, enfin, plein. Sans oublier plein de noms moins connus qui ont autant compté : Morphine, Mazzy Star,  les Sundays, Moose, Beth Orton, enfin, il y en a tellement… Les Black Sessions ont joué un autre rôle : exposer au public de nouvelles voix nées en France qui, sans Bernard Lenoir, sans ses Black Sessions, n’auraient pas voyagé aussi vite à travers toute la France et le monde, aussi. 

Jean-Louis Murat, Yann Tiersen, Kat Onoma et Rodolphe Burger, Louise attaque, aussi. Et il y a également le tout premier groupe qui a inauguré la série des Black Sessions, il y a vingt-six ans, le 25 février 1992 : Welcome to Julian, un très bon groupe venu de Montbéliard, anglophone, qui a très bien vieilli, il y avait à la fois quelque chose des Smiths, de the Jesus and Mary Chain et des Stone Roses. C’était l’époque où l’Angleterre était notre phare. Et citons un autre nom : celui de Michelle Soulier. Elle fut la réalisatrice complice, pas toujours commode, des émissions de Bernard Lenoir. Mais surtout l’organisatrice, la tour de contrôle, celle qui veillait au son, à tout, et sans qui Bernard Lenoir n’aurait pas été Bernard Lenoir, ni les Black Sessions les Black Sessions. 

Après cette rapide présentation, nous ne pouvons que vous laisser écouter notre playlist à écouter sur notre site, Deezer et Spotify. Belle écoute !

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