Triste nouvelle : Lhasa est morte, après s'être battue deux ans contre un cancer du sein. On avait découvert l'artiste américano-mexicaine en 1997, avec "la Llorana", et ce titre qui commençait par de la pluie suivie de cordes et de cette voix exceptionnelle, "de cara a la pared". Pina Bausch avait ensuite utilisé cette chanson magnifique dans un ballet et le souvenir de cette chanson est associé pour toujours à la chorégraphe et à ses danseurs, à ce moment entre hommes et femmes, d'une grande sensualité. Une fois n'est pas coutume, un artiste français qui la connaissait et l'aimait a souhaité rendre hommage à Lhasa. Je vous propose le texte qu'il vient de m'adresser pour les lecteurs de ce blog. Cet ami, c'est Vincent Delerm ."Trois fois comme si le sol avait tremblé. Trois fois la voix de Lhasa. La première c’était chez elle, à Montréal, il y a six ans. Nous étions venus faire un concert là-bas avec Mathieu Boogaerts et le lendemain, dans sa maison, elle nous faisait écouter les maquettes de son deuxième album. Dehors, nuit et tempête de neige. Dedans, bougies, cadres minuscules avec photographies de proches sur un mur et cette chanson "J’arrive à la ville". Sa voix sur cette chanson. La vie privée vacillait depuis quelques temps et cette musique, écoutée près d’elle qui souriait à côté de la chaîne hifi, m’a convaincu de tout changer en rentrant à Paris. La deuxième, c’était lors de son concert au Rex l’année suivante. J’étais assis à côté d’une amie commune qui avait affronté une épreuve violente quelques semaines plus tôt. Nous étions au balcon et la minuscule silhouette de Lhasa sur scène en contrebas a dit, avec son accent étrange, quelque chose comme « parfois, la vie ne ressemble pas à ce qu’on voudrait. Cette chanson c’est pour toi, Ingrid ». Après le spectacle, dans sa loge, pas pu parler, lui dire que c’était un concert incroyable, juste fondu en larmes, à cause de sa voix qui avait tout remué pendant deux heures. Sa voix comme tout le temps reliée au sol. Sa voix de trois-mille ans.La troisième fois c’était autour d’un projet initié par notre maison de disques, Tôt ou Tard, qui souhaitait faire un album entièrement composé, joué et interprété par les artistes du label. Lhasa m’avait dit « j’aimerais bien que tu écrives une chanson pour nous deux, mais une chanson sans nom propre, sans références, parce que moi je ne vis pas en France et parfois, tes références, je ne les comprends pas ». J’avais envoyé la chanson, sans référence. Le jour où nous l’avons enregistrée, nous avons décidé de chanter l’intégralité du titre à deux voix, elle a juste dit : « à l’hôtel, en écoutant la chanson, j’ai pensé faire ce petit contrechant-là », et bien sûr, ça changeait la mélodie en mille fois mieux. C’était violent, une fois de plus, d’entendre sa voix, très fort dans le casque. Entendre sa voix articuler les mots écrits pour elle et qui faisaient allusion à l’histoire que j’avais quittée dans ma tête en écoutant "J’arrive à la ville", quelques années plus tôt. Je me souviens de ne pas avoir dormi la nuit qui a suivi.C’était Lhasa.Lhasa de Sela qui remuait la vie de celles et ceux qui entendaient sa voix." Vincent Delerm

Lhassa
Lhassa © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.