On a donc écouté le nouveau Carla Bruni (sortie le 21 juillet). Dans un studio du 15è arrondissement de Paris, sagement assis devant une feuille blanche, crayon à la main. Toute la journée, des groupes de 4 à 5 journalistes se sont relayés, d'heure en heure. Une écoute, une seule, interdiction d'emporter avec soi le disque, même pas la photocopie des paroles (on notera quelques extraits). Ce n'est pas un caprice de la première dame de France, c'est une pratique qui se développe. Même procédé avec l'album de Julien Doré, Portishead... Une écoute collective sous contrôle et puis s'en vont! Afin que le cd ne se retrouve pas sur le net. Question rituelle, donc, que se pose le journaliste : comment juger un disque sans recul? Mais tentons l'expérience. Question inhabituelle : comment juger sans a priori le disque de l'épouse du président? Il est impossible de faire abstraction du couple que la chanteuse forme avec Nicolas Sarkozy. Carla Bruni a beau affirmer que son disque était "terminé à 85 pour cent" avant sa rencontre avec lui, on ne pense qu'à ça. A lui, à elle et lui. Et l'écoute est biaisée. L'album est majoritairement composé de chansons d'amour. Le désir et même la drogue de l'autre occupent plus de la moitié du disque. Il y a la déja célèbre "Tu es ma came" : "Tu es ma came, mon toxique, ma volupté suprême, mon rendez-vous chéri et mon abîme, tu fleuris au plus doux de mon âme, tu es ma came, tu es mon genre de délice de programme, je t'aspire, je t'expire et je me pâme, je t'attends comme on attend la mane. (...) Tu es ma came, quand tu pars, c'est l'enfer, toute ma vie, toute ma peau te réclament, on dirait que tu coules dans mes veines".Mais avant cette 4è chanson, nous avons été mis en garde dès "l'Amoureuse" : "Car je suis l'amoureuse oui je suis l'amoureuse et je tiens dans mes mains la seule de toutes les choses, je suis l'amoureuse, je suis ton amoureuse et je chante pour toi la seule de toutes les choses qui vaille d'être là".Ajoutez à ce désir brûlant et sans ambages : "Ta tienne":"Y en a qui croquent, y en a qui craquent, y en a qui dérapent, y en a qui tâtent (...), je suis ta tienne, je suis ta tienne, ce n'est pas français mais c'est bon quand même, et je te donne mon corps, mon âme et mon chrysanthème, car je suis ta tienne".Et si l'on fait feu de tout bois, on peut se laisser aller à chercher des clés : "Je fais une croix sur ma carrière d'amazone et sur ma liberté souveraine". Est-ce une info ?Quand, enfin, dans "You belong to me", Carla chantonne "See the pyramids along the Nile", on s'attend au récit vérité du voyage du couple présidentiel en Egypte. Mais non! La chanson n'est pas d'elle, il s'agirait d'un classique folk. Peut-être du Dylan? Outre cette incapacité à écouter sereinement le disque, et sans mauvais esprit cette fois, on est frappé par la qualité de la production. Le son est remarquable, les arrangements superbes et riches, guitares, percussions, instruments à vents, cors, flûtes, le producteur Dominique Blanc Francard semble inspiré et l'on est séduit à l'écoute des trois premières chansons, dont "la possibilité d'une île", de Michel Houellebecq, mis en musique par la première chanteuse de France. Cependant, on se lasse assez vite de ce thème amoureux récurrent et de la voix toujours prompte au minaudage. Ne serait-ce que dans cette chanson aux accents mélodiques d'une Françoise Hardy, années 60 : "Je suis une enfant, malgré mes 40 ans, malgré mes 30 amants, une enfant..."

Carla Bruni
Carla Bruni © Radio France
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