Le chanteur Charles Aznavour est décédé ce 1er octobre, ont annoncé ses attachés de presse. Il avait 94 ans.

Charles Aznavour, en novembre 2017
Charles Aznavour, en novembre 2017 © AFP / Joël Saget

Charles Aznavour a terminé définitivement son tour de chant. L'auteur-interprète et comédien est décédé à son domicile à l'âge de 94 ans ce lundi, ont annoncé ses attachés de presse ce l. Le chanteur français le plus connu à l'étranger revenait d'une série de concerts au Japon. 

Victime d'une mauvaise chute cet été, il avait dû annuler plusieurs dates de concert, le temps de sa rééducation, après un tour de reins en avril. Il devait remonter sur scène le 8 novembre prochain à Boulogne-Billancourt, avant une tournée de plusieurs dates en France dont il avait commencé la promotion dans les médias la semaine dernière. Dimanche, il était apparu dans l'émisson Clique sur Canal +.

Charles Aznavour, né Shahnourh Varinag Aznavourian en 1924 à Paris, avait démarré sa carrière en 1946, a vendu près de 200 millions d’albums dans le monde, interprété près de 1400 chansons enregistrées, et en a écrites quasiment autant pour d’autres artiste. Ses tournées d'adieux interminables étaient devenues sujet de plaisanterie. Et si la musique et la scène étaient son jardin, il a également été acteur dans près de 80 films et téléfilms.

Il m’arrive de penser : « Putain, tu as réussi une belle carrière »

C'est ainsi que Charles Aznavour s'exprimait dans les colonnes du JDD en décembre 2016. Et pourtant, la critique ne donnait pas cher de son costume d’artiste à ses débuts pour son physique et pour sa voix. En guise de revanche, il peut se targuer d’avoir eu la plus longue et la plus internationale des carrières pour un artiste français. De ses premiers pas de comédien à l’âge de 9 ans à son étoile sur Hollywood Boulevard en passant par son action humanitaire et diplomatique pour l’Arménie, il est bien complexe de résumer la vie de Charles Aznavour.

Quand Paris Match l'interrogeait en 2015 sur l'épitaphe qu'il souhaitait avoir, il avait répondu : 

Les vers se vengent.

L'artiste variété du siècle

Ce titre honorifique, il le doit à CNN et aux lecteurs de Times Online en 1998. Remarqué par Edith Piaf, il s’est construit en observant ses modèles : Maurice Chevalier et Charles Trenet. Il enregistre son premier titre en 1948 avec Pierre Roche "Voyez c'est le printemps".  Son premier succès est pour l’année 1956 : Sur ma vie, qu'il interprète pour sa première à l’Olympia.

En décembre 2017, il déclarait au Figaro :

C’est un vrai métier. Je le pratique comme un menuisier. Je suis toujours à l’heure, bien rasé, bien habillé. Je soigne mon public. Et en le soignant, je soigne mon pays

Ses chansons vont alors, pour toujours et pour toutes les générations, accompagner les Français. Il enchaîne les tubes dans les années 1960 : Tu t’laisses aller, Il faut savoir, Les comédiens, La mamma , Et pourtant, Hier encore, For Me Formidable, Que c'est triste Venise, La Bohème, Emmenez-moi et Désormais… Les chansons qu’il écrit pour les autres sont aussi des succès : Jezebel pour Piaf, Retiens la nuit pour Johnny Hallyday ou Mé qué mé qué pour Gilbert Bécaud

Charles Aznavour parle du quotidien, des gens et des sujets de société. Dans Comme ils disent, en 1972, il évoque le quotidien d'un homosexuel. Il écrit et interprète Mourir d’aimer pour le film éponyme inspirée de l’histoire de Gabrielle Russier, institutrice qui après avoir eu une relation avec un de ses élèves, s’était suicidée alors qu’elle attendait son jugement - un événement qui avait bouleversé la France jusqu’au plus haut sommet de l’État. En 1974, il réussit l'exploit, pour un Français, de se propulser en tête des charts britannique avec She pendant quatre semaines.

En 1995, il chante L’Ave Maria avec Luciano Pavarotti alors qu’on disait de lui qu’il n’avait pas de voix. Quant à la scène, c'est un jardin qu'il ne cesse d'occuper de 1956 jusqu'à la fin de ses jours, multipliant les tournées à travers le monde ; il ne se laisse pas impressionner par les plus grandes salles de Paris à New-York en passant par Erevan.

Et la reconnaissance outre-atlantique est grande : Ray Charles, Bing Crosby et Fred Astaire reprennent ses chansons. Même la jeune génération s'empare de son oeuvre. Son titre Parce que tu crois est samplé dans le titre What's the difference de Dr Dre et Eminem. Le rap français n'est pas en reste, et la jeune scène de la variété reprend ses chansons dans un album hommage. Il chante également en duo avec Zaz ou Thomas Dutronc. Par ailleurs, il a toujours défendu le rap et le slam, comme de nouvelles formes de poésie, en prenant parti dans les médias pour Kery James ou Grand corps malade.

L'acteur de cinéma

J’ai commencé par jouer la comédie quand j’étais enfant, j’avais 9 ans. Et quand ma voix a mué, je suis venu à la chanson. Mais comme ça ne nourrit pas vraiment son homme, j’ai écrit des chansons. Et puis on m’a demandé de les chanter. Et avec le succès, on m’a demandé de jouer la comédie…

C'était en 1960, et Charles Aznavour répondait alors (et déjà avec assurance) à Lise Elina, à la télévision. Le chanteur est en passe de devenir une star, maintenant qu'il est devenu une vedette. 

Sa carrière au cinéma prend son envol en même temps que sa carrière musicale. La liste des réalisateurs qui le font tourner donne le vertige : il joue pour Jean-Pierre Mocky et reçoit en le prix interprétation masculine pour son rôle dans La tête contre les murs de Georges Franju, en 1958. François Truffaut fait appel à lui pour le premier rôle dans Tirez sur le pianiste. Le film sort en 1960, et lui ouvre les portes de l'Amérique fan de la Nouvelle Vague. En 1975, c’est Claude Chabrol qui le fait tourner dans Folies Bourgeoises. En 1978, il joue dans le film Le Tambour de Volker Schloendorff qui obtient la Palme d'or au Festival de Cannes. En 2002, le cinéma le ramène à ses racines et l'histoire de sa famille : il tourne dans Ararat,  qui évoque le souvenir du génocide arménien. Sur un registre plus léger, Pixar fait appel à lui pour être la voix de Carl Fredricksen dans le film Là-haut en 2009.

L'Arménie, le pays du cœur

L'Arménie, c'est le pays de ses parents : Micha et Knar. Le prénom qu'ils donnent à leur fils d'ailleurs, est arménien : "Shahnourh" (c'est une religieuse qui francise son nom au moment de l'inscrire dans les registres : "Charles"). 

Lui, le fils de migrants, n'a jamais oublié ses racines. Il fonde une association en 1988 pour venir en aide aux victimes du tremblement de terre qui a frappé une zone d'Arménie, sous contrôle soviétique, au mois de décembre de cette même année. Pour rassembler des fonds, Charles Aznavour va passer par la chanson. Cette période voit fleurir partout en Occident des rassemblement d'artistes qui chantent ensemble pour rassembler des fonds. Les Restos du cœur et Chanteurs sans frontières ont déjà ouvert la voie en France. Charles Aznavour écrit : Pour toi Arménie. Le single reste dix semaines en tête des ventes cette année 1989.

Déjà en 1975, il avait écrit et chanté pour l'Arménie avec le co-auteur de "Pour toi Arménie", un autre enfant d'immigrés arméniens Georges Garvarentz. "Ils sont tombés" raconte la tragédie arménienne, celle du génocide de 1915.  

Ils sont tombés pour entrer dans la nuit                                                 
Éternelle des temps au bout de leur courage                                                 
La mort les a frappés sans demander leur âge                                                 
Puisqu'ils étaient fautifs d'être enfants d'Arménie

Il chante à Erevan pour l'année de la France en Arménie en 2006 et obtient la double nationalité en 2009. Une place porte son nom à Erevan et une statue en son honneur a été élevée à Gyumri. Il était ambassadeur pour l'Arménie auprès de l'Unesco, et ambassadeur d'Arménie en Suisse. 

Ses emmerdes

Quand les détracteurs de Charles Aznavour n'ont plus parlé de son manque de talent, ou de sa voix, il a donné l'occasion de trouver d'autres sujets de discorde avec la presse : les impôts. En 1972, il part comme d'autres en Suisse pour échapper aux impôts. Poursuivi par l'administration fiscale, il finit par bénéficier d'un non-lieu en 1980. Même si il affirme et répète à longueur d'interview qu'il paie ses impôts en France, que sa société d'édition est en France et qu'il paie même des impôts partout où il travaille.

Pourtant, les questions sur la fortune ne cessent par la suite d'alimenter les journaux. De la défiscalisation au Luxembourg en passant par l'aveu, sur France Info, de pots de vin versés à certains politiques pour payer moins d'impôts, Charles Aznavour déclarait sans fard à nos confrères de RTL : 

3% pour les très riches, ce n’est pas suffisant. On a une dette trop importante pour ça.

Dernier tour de piste

Charles Aznavour est monté sur scène jusqu'à la fin. Il s'imaginait centenaire, sur scène, assis à lire ses textes en musique. Qui l'aurait critiqué ? Lui même se voyait comme une vache sacrée, et l'on ne s'attaque pas aux vaches sacrés. Comme il arrive de temps en temps, les artistes, pour clôturer leur tour de chant ont des manies, une chanson d'au revoir. Charles Aznavour en avait co-écrit une avec Jacques Plante. Pas pour lui mais pour l'imitateur Thierry le Luron qui cherchait un titre où il pouvait chanter sans imiter personne à la fin de son spectacle. Cette chanson, il la reprend en 1997 et à la fin de son concert au Palais des congrès. 

Allez plus loin 

Retrouvez le feuilleton des Médias Francophones Publics consacré à Charles Aznavour : 

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