Invité de la "Bande Originale", Charles Aznavour revient sur quelques chansons qui ont marqué sa carrière et la mémoire collective de plusieurs générations.

Charles Aznavour chante lors de l'émission "Numéro Un" qui lui est consacrée en février 1978
Charles Aznavour chante lors de l'émission "Numéro Un" qui lui est consacrée en février 1978 © AFP / Robert Picard / INA

Est-ce par sa mère, actrice et journaliste, que Charles Aznavour a toujours écrit et chanté ce qu'il voyait, ce qu'il observait comme des chroniques du quotidien ? Avec des parents artistes, le jeune Charles Aznavour se destinait à une carrière de comédien. Une carrière commencée il y a 84 ans sur les planches d'un théâtre. 

C'est pourtant comme chanteur que le monde entier connaît le mieux cet artiste. La chanson était un hasard, comme l'écriture. Un auteur qui fait défection un jour, Francis Blanche, lui dit tout de go : "Ce n'est pas avec vous qu'on va gagner des droits d'auteurs !"... Ces événements vont le pousser à prendre la plume pour raconter des histoires pour d'autres comme Edith Piaf ou Johnny Hallyday, comme pour lui-même.

Nous [Brel, Ferré, ...] avons écrit nos chansons parce que nous ne trouvions pas dans le répertoire existant des textes que nous aurions pu nous approprier. Quand nous sommes sur scène, nous sommes la chanson.

"Je me voyais déjà" ou l'égoïsme de la scène. 

Ce sont les autres, les histoires des autres, qui l'inspirent. Comme ce soir là, dans un cabaret de Bruxelles où sa route croise celle de ce chanteur, en costume bleu. Un costume dernier cri. Dans la salle, il y a de nombreuses personnalités présentes et l'artiste fait son possible pour les éblouir. Son énergie ne suffit pas à faire oublier son manque de talent, car comme l'explique Aznavour, il chantait pour réussir. 

Ça fait un peu mal de voir ces gens-là, parce qu'ils ne seront jamais heureux. Il faut qu'ils changent de métier.

En 1960, il écrit alors cette chanson, s'empare de cette histoire pour l'incarner sur scène. Pour illustrer un peu plus son propos, il explique que pour la chanson "Qu'as tu fait John ?", Edith Piaf faisait le geste du pendu, un geste repris à un jeune artiste qu'ils avaient vu ensemble. Et quand Charles le lui avait fait remarquer, Edith lui rétorqua : 

Lui n'en fera rien, alors que moi, tu vas voir ce que je vais en faire.

Voilà ce que Charles Aznavour appelle l'égoïsme de la scène. L'insuccès de cet artiste sur une scène de Bruxelles participa à son succès à lui.

"She" ou la conquête de l'Amérique

Si Charles Aznavour est aujourd'hui mondialement connu, cela n'a bien évidemment pas toujours été le cas. Après moult économies, il loue des salles à l'étranger pour se faire connaître. C'est ainsi qu'il va conquérir l'Amérique. Il s'installe par ce procédé au Carnegie Hall et la salle est remplie de musiciens, venus pour l'acteur de Tirez sur le pianiste de François Truffaut, sortie en 1960. A la fin du show, il est adopté par ses pairs qui le feront connaître au reste du pays. Proche des musiciens de jazz, il s'installe au pays des crooners. Sammy Davis Jr est son témoin de mariage. Des artistes comme Ray Charles, Bing Crosby ou Fred Astaire reprennent ses chansons. Plus tard, le patron du Hip-hop US, Dr Dre, sample une des chansons d'Aznavour pour son titre What's The Difference.

Elles sont quatre a être entrées au répertoire mondial de la chanson : Comme ils disent, La Mama, Que c'est triste Venise et She. Cette dernière apparaît même dans la bande originale du film britannique Coup de foudre à Notting Hill en 1999. Charles Aznavour considère que cette chanson convenait parfaitement pour accompagner l'actrice Julia Roberts. Pour le film, elle est interprétée par Elvis Costello.

"Comme ils disent" ou la liberté de parole.

Après l'amour avait été interdite d'antenne, comme la vente des disques le fut au moins de 16 ans. Mourir d'aimer relatait l'histoire d'amour entre un élève et sa professeure. Inspirée de l'affaire Gabrielle Russier, elle avait bouleversé le pays. Donne tes 16 ans lui avait valu des réactions véhémentes de la part de certains parents. Tu te laisses aller fut interdite en Allemagne, puis réintégrée à l'album pour s'écouler à un million d'exemplaires en une semaine. 

Ainsi, certaines des chansons de Charles Aznavour ont défrayé la chronique. Une d'entre elles, Comme ils disent, ne fut pas frappée d'interdiction, mais dans la bouche d'un chanteur populaire, en France et en 1972, elle était assez révolutionnaire. Elle racontait le quotidien et les pensées d'un homosexuel. 

On m'a demandé mais qui va la chanter ? Et j'ai dit "Moi". On m'a demandé si j'allais faire une annonce ? Qu'est ce qu'ils voulaient que je fasse ? Que je monte sur scène en disant, j'ai fait une chanson sur l'homosexualité mais c'est pas moi ? C'est ridicule.

Charles, l'acteur reprend le pas. Il incarne son personnage. Et finalement, la seule vraie difficulté qu'il déclare avoir rencontrée sur ce titre, fut de trouver une rime pour le premier couplet...

J’habite seul avec maman / Dans un très vieil appartement / Rue Sarasate / J’ai pour me tenir compagnie / Une tortue, deux canaris / Et une chatte 

La rue Sarasate, car c'est elle dont il s'agit, fut la solution qui lui manquait. Butant sur cette rime, il prit un plan des rues de Paris et en fouillant, il tomba sur cette petite rue du XVe arrondissement qui rendait hommage au violoniste espagnol du XIXe siècle, Pablo de Sarasate. Encore et toujours, une histoire de musique.

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