Le 10 avril 1970, dans la presse britannique, l'information fait les gros titres : les Beatles se séparent. C'est Paul McCartney qui annonce la nouvelle… pourtant, cela faisait des mois que les trois autres membres du groupe avaient laissé tomber les Beatles.

Les Beatles, ici en 1968
Les Beatles, ici en 1968 © AFP / UPI

Le titre occupe presque toute la une du quotidien britannique Daily Mirror, ce 10 avril 1970 : "PAUL IS QUITING THE BEATLES". En lettres capitales, Paul McCartney annonce qu'il quitte le groupe qui, depuis 1962, change le monde de la musique – et qu'accessoirement, il sort son premier album en solo, nommé McCartney, quelques jours plus tard (le communiqué annonçant la séparation du groupe accompagne l'envoi à la presse du disque). 

Une surprise… pour tout le monde

L'annonce prend tout le monde de court… y compris les trois autres membres du groupe. Car si la séparation des Beatles était, pour eux, déjà un fait, elle était censée rester secrète. Dès le mois de septembre 1969, à la fin des sessions qui ont conduit à l'album Abbey Road, John Lennon annonce qu'il s'en va. Le 13 septembre, il se produit même dans un festival, à Toronto, avec le Plastic Ono Band. Le disque sort en décembre 1969, alors qu'officiellement, les Beatles sont encore un groupe. En coulisses, Ringo travaille aussi sur son album, tout comme George Harrisson, qui a aussi sorti une bande originale de film quelques mois plus tôt. Mais la séparation ne s'est pas ébruitée. 

Dans l'entourage proche des Beatles, l'annonce est aussi une surprise. Dans son livre "En studio avec les Beatles", l'ingénieur du son du groupe Geoff Emerick raconte : "Je ne peux pas dire que la nouvelle me surprit, mais je ne m'y attendais pas non plus. Des rumeurs de séparation circulaient, mais je n'y avais pas prêté grande attention (…). Et j'ignorais, bien entendu, qu'immédiatement après les séances d'Abbey Road, John avait annoncé aux autres qu'il laissait tomber". 

Des tensions en constante augmentation

Depuis la fin des tournées des Beatles en 1966 et surtout depuis la mort de leur manager Brian Epstein en 1967, les tensions étaient allées grandissantes dans le groupe. Jusqu'à plusieurs abandons, notamment par Ringo Starr en plein milieu de l'enregistrement de ce qui allait devenir l'album blanc The Beatles

Sur l'ouverture de l'album, Back in USSR, c'est McCartney qui est à la batterie. Ringo était revenu quelques jours plus tard, mais l'enregistrement de cet album s'était déroulé comme une succession de sessions solo de chacun, auxquelles les autres membres apportaient une touche de temps à autre. 

Le projet suivant, nommé Get Back (qui deviendra l'album Let It Be) était censé resserrer les liens de Paul, George, John et Ringo autour d'un retour aux racines du rock n'roll. C'est peine perdue : l'emprise grandissante de Paul sur la gestion du groupe, la présence en continu de Yoko Ono, la femme de John, pendant les sessions, et les questions financières liées à la maison de disques Apple Records, tendent encore un peu plus les relations. Cette fois, c'est George Harrisson qui claque la porte pendant quelques jours. Comme un chant du cygne, ils arrivent pourtant à se retrouver et à assembler un album considéré par beaucoup comme un sommet de leur art : Abbey Road, achevé fin août 1969 et sorti un mois plus tard. 

Lennon furieux

Quand le communiqué de McCartney sort dans la presse, il reste encore un album à sortir, Let It Be, sur lequel le groupe a retravaillé quelques titres jusqu'en janvier 70. Quelques jours plus tôt, Ringo Starr a rendu visite à Paul McCartney pour le convaincre d'attendre au moins la sortie de Let It Be avant de sortir son album solo. En vain. 

Avec cette annonce tonitruante, Paul McCartney s'attribue la fin du groupe, alors même qu'il "n'y avait plus que lui qui essayait de maintenir les Beatles ensemble", a raconté Yoko Ono des années plus tard dans une interview. Les autres membres du groupe lui en tiennent rigueur, tout particulièrement John Lennon, qui très remonté, détaille les raisons de sa colère en 1971 à Linda McCartney : "Paul et Allan Klein [leur manager, ndlr] ont passé la journée à me convaincre de ne rien dire, parce que cela pourrait ‘faire du mal aux Beatles’. Alors mets-toi bien ça dans ton petit crâne pervers Mme McCartney : ces connards m’ont demandé de garder le silence !", écrit-t-il dans cette lettre qu'il destine au couple, récemment vendue aux enchères. La même année, il attaque Paul McCartney dans une chanson avec George Harrisson à la guitare : "How do you sleep ?" ("Comment tu arrives à dormir ?").

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