Le concert anniversaire de Woodstock, qui devait avoir lieu du 16 au 18 août, a été annulé après une série de rebondissements. Les organisateurs espéraient rassembler 150.000 spectateurs, qui finalement resteront chez eux. Pas vraiment une première dans l'histoire des festivals qui tournent à la catastrophe...

Fin juin 2019, le festival Vestiville a tourné au fiasco avec son annulation au dernier moment
Fin juin 2019, le festival Vestiville a tourné au fiasco avec son annulation au dernier moment © AFP / YORICK JANSENS / BELGA MAG / Belga

Ceux qui rêvaient de participer à ce nouveau Woodstock sont sans doute très déçus, mais soyons honnêtes : ils ne s'en sortent pas si mal, par comparaison avec les spectateurs de certains autres festivals. Du déluge qui a frappé Glastonbury à la vaste escroquerie du Fyre Festival, du naufrage du Bloc Festival au village-fantôme de Vestiville, voici une sélection des pires cauchemars qui peuvent frapper l'amateur imprudent de musique en extérieur...

Le festival qui en promet un peu trop

Vous aimez assister à des concerts debout dans l'herbe, mais vous aimez aussi le luxe, le confort et le prestige ? Ces festivals sont faits pour vous... S'ils ont lieu. L'exemple le plus récent, c'est Vestiville, un festival belge programmé dans la ville de Lommel et qui faisait miroiter monts et merveilles. Au-delà des concerts (avec 75 artistes sur trois jours, dont de grands noms du hip-hop international, comme Chris Brown, A$AP Rocky, Maître Gims), Vestiville proposait une "ville VIP", avec jeux vidéo en réalité virtuelle, massages, piscine, et même des villas avec jardin privé.

Sauf qu'une fois sur place, les visiteurs ont vite déchanté, comme le raconte notamment Numerama. En guise de villa de luxe (pour 1.200 euros les trois jours), des cottages d'une chaîne de village vacances (loués habituellement 330 euros pour la même durée), situés à près de 2 heures de marche du lieu du festival. Un long trajet pour aboutir à une surprise plus mauvaise encore : les portes du festival sont fermées, le maire de la ville ayant refusé que le festival démarre, inquiet de nombreux problèmes de sécurité.

Colère de nombreux festivaliers, qui tentent d'entrer malgré tout sur le site. La police, débordée par la foule, finit par envoyer des gaz lacrymogènes pour tenter la disperser. Quant aux organisateurs, ils sont introuvables et ne répondent plus aux messages.

Deux d'entre eux sont finalement rattrapés par les forces de l'ordre et arrêtés. Remis en liberté le 3 juillet, ils font toujours l'objet d'une enquête qui devrait aboutir à un procès. De nombreux prestataires et fournisseurs n'ont en effet pas été payés pour leur travail dans le cadre du festival. La municipalité de Lommel s'est également portée partie civile.

Le festival qui en promet BEAUCOUP trop

Vestiville a rappelé à beaucoup un souvenir pire encore : celui du Fyre Festival, organisé (ou non organisé) en 2017. Un gigantesque fiasco qui a coûté à l'un de ses organisateurs six ans de prison et plus de 26 millions de dollars à rembourser, c'est dire l'ampleur du préjudice.

Sur le papier, le Fyre Festival coûtait cher, mais promettait d'en voir pour son argent. Des billets entre 450 et 250.000 dollars, mais un cadre idyllique au milieu des Bahamas, sur une île privée peuplée de mannequins. Bref, plus qu'un spectacle, une expérience inoubliable. En tout cas, c'est ce qui était promis dans la vidéo de promotion.

Le festival mise à fond sur les influenceurs 2.0 pour faire sa promotion, payant grassement des personnalités comme Kendall Jenner, Bella Hadid et Emily Ratajkowski pour en faire la pub.

Manque de chance, une fois sur place, les festivaliers découvrent une toute autre vérité : la plupart des artistes prévus ne viendront pas, les villas et les repas gastronomiques promis sont en fait des tentes d'une organisation humanitaire et des sandwichs pré-emballés, et presque rien n'est prêt au moment où le festival devait commencer. Le "buzz" s'inverse subitement, et les images de cet échec retentissant font le tour du monde, comme ici dans cette vidéo parodiant la promotion du Fyre Festival... En version honnête.

De "plus grand événement musical au monde", le Fyre Festival devient "le plus grand festival à n'avoir jamais eu lieu" : signe suprême de sa postérité, il a même été l'objet de deux documentaires, sur Hulu et sur Netflix. Sur lesquels, sauf surprise, l'organisateur Billy McFarland, condamné en 2018 pour fraude, ne touche aucun droit d'auteur...

Le festival qui a oublié le changement climatique

C'est connu et bien accepté par ses habitués : le festival de Glastonbury, près de Bristol au Royaume-Uni, est un festival où il pleut souvent. Pour les fans, ça fait même partie de son charme. Mais ce n'est pas une raison pour oublier de jeter un œil au bulletin météo avant d'y aller, histoire de mesurer à quel point il va pleuvoir.

En 2005, il a beaucoup plu, même pour l'Angleterre. On parlait plutôt de déluge, de risque d'inondation, d'orages quasi bibliques. Les festivaliers se sont retrouvés les pieds, voire les genoux, dans l'eau.

Pour les organisateurs, c'est même un miracle que personne n'ait été blessé ou tué à cause des conditions météo (qui n'ont pas empêché les concerts d'avoir lieu). Un éclair aurait même frappé, en plein concert, une des scènes du festival.

Le festival qui a une idée un peu trop originale

En 2012, le Bloc Festival avait vu les choses en grand. Des têtes d'affiche prestigieuses (dont Snoop Dogg), en plein cœur de Londres, et une idée qui sortait des sentiers battus : une des scènes était installée sur un bateau allemand venu spécialement pour l'occasion. Pas de chance, cette bonne idée a été desservie par la dure réalité. L'accès au bateau était bien trop complexe pour une foule (même les spectateurs arrivés parmi les premiers devaient attendre au moins deux heures, les suivants ont souvent dû abandonner l'idée), et la qualité du son exécrable pour ceux qui avaient réussi à s'infiltrer sur place.

Pire, les bars du festival avaient sous-estimé le nombre de spectateurs. La première nuit, il n'y avait plus rien à boire dès 22h30.

Ajoutez à cela une annulation de dernière minute de Snoop Dogg lui-même (à 00h30 pour un concert prévu à minuit), et une annulation totale du festival qui a presque soulagé les festivaliers. Sur les réseaux sociaux, ils étaient nombreux à annoncer leur départ anticipé ou à expliquer qu'ils étaient inquiets pour leur sécurité, au vu du niveau désastreux d'organisation. Certains disaient même avoir l'impression d'être "en plein milieu d'un accident de la route".

Le festival qui conseille trop au public de se rebeller

Bien après l'original en 1969 et bien avant l'annulation de son édition anniversaire de 2019, Woodstock avait aussi vécu son antithèse absolue en 1999. "Trois jours de paix et de musique", clamait l'édition hippie : 30 ans après, on en était bien loin. Woodstock 99 s'est achevé dans les flammes et la destruction.

Organisé à Utica, dans l'État de New York, le festival souhaitait surfer sur la vague du métal. Un créneau qu'on peut évidemment prendre dans une ambiance conviviale (le Hellfest en est une bonne illustration), mais qui à l'époque s'est retrouvé mêlé à une colère générale de la jeunesse américaine, exacerbée par l'impression que les spectateurs avaient d'être pris pour des jambons. L'exemple typique étant le prix des bouteilles d'eau vendues sur place (4 dollars).

Des spectateurs qui n'étaient pas en reste : ils étaient nombreux à avoir accédé au site avec de faux bracelets d'entrée (ce qui a rapidement saturé le site). Quant aux groupes, certains ont participé à chauffer à blanc leur public (le duo "Insane Clown Posse" provoquant un début d'émeute en jetant des billets de 100 dollars dans la foule).

L'un des groupes présents, Limp Bizkit, chantait à l'époque "Break Stuff" ("cassez des trucs") : certains l'ont finalement un peu trop pris au premier degré, appliquant ce conseil méthodiquement à un festival qui, après tout, symbolisait aussi le système que ces groupes dénonçaient.

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.