En 1978, Rabih Abou-Khalil a fui Beyrouth en proie à la guerre civile pour Munich, la tête pleine des subtilités du maqâm ancestral, les doigts empreints des vibrations du sultan des instruments arabe, le oud appris au conservatoire. En Allemagne, il étudie la musique classique, s’éprend du jazz et trouve son chemin : une musique personnelle, sensible, une composition enracinée et nouvelle à la fois. Son jeu, méditatif ou agile, crée des ambiances oniriques, originales, qui captivent vite l’auditoire, submergé alors par des lames d’émotion, émancipé de toute culture nationale, régionale. Le virtuose libanais est un amoureux de la transgression entre les genres et les chapelles, non sans une pointe de malice. Il invente un style fluide, qui semble aller de soi, un bluff faisant croire que le oud est un instrument naturel du jazz alors qu’il s’agit d’une construction sophistiquée, patiente, recherchée. Il orientalise le jazz et jazzifie le maqâm. Chez Abou-Khalil, la note bleue est teintée de l’ocre de l’Orient. L’homme a appris auprès de grands maîtres d’Occident et du Liban avant de multiplier les expériences, fado, quatuor à cordes, musique arménienne, composition symphonique ou musique populaire italienne, à l’image de son quintet bigarré. L’accordéoniste de Spoleto, Luciano Biondini, est un compagnon de longue date au jeu fin et présent, à l’exemple de ceux de Gavino Murgia au saxophone et au chant sarde, du batteur américain Jarrod Cagwin, alors que Michel Godard apporte une pointe d’humour avec son tuba espiègle et son serpent charmeur.

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