Emily Loizeau vous donne rendez-vous pour un voyage aux sonorités sensuelles...

Mothers & Tygers

Il ne faut pas enfermer la chanson française dans ce qu’elle n’est pas : un chemin étroit. Avec son nouvel album - le troisième seulement - Emily Loizeau nous le prouve. La chanson française est une forêt touffue où il fait bon se perdre. On y débouche toujours sur d’accueillantes clairières. De grands disques nous le rappellent. Celui-ci en est un.

Et si l’on évoque une forêt touffue, ce n’est pas un hasard. Il y a un côté Douanier Rousseau dans Mothers & Tygers, avec des animaux sauvages et une nature colorée, le soleil et la lune, le printemps et l’hiver, l’arbre et la terre. Tyger, qui ouvre le disque – en hommage à la chanteuse Lhasa – nous transporte dans la peau d’un tigre qui avance avec rage et fierté. Nous sommes ses yeux. Nous sommes ses sens. La ballade est sensuelle. Le voyage promet.

Emily Loizeau a beaucoup d’atouts. À cheval entre les cultures anglaise et française - donc entre deux langues – elle en emprunte le meilleur. Riche d’un passé qui lui donne sa singulière inspiration, elle le confronte à un imaginaire débridé pour construire cet univers si personnel qui se révèle une nouvelle fois à nos oreilles.

Qu’y voit-on ? Qu’entend-t-on ? Souvent des ballades. Du folk-rock anglo-américain qu’Emily a nourri de ses multiples écoutes, de sa bibliothèque musicale qui fait le grand écart entre Steve Reich, Sufjan Stevens et Elvis Presley, Johnny Cash, Leonard Cohen et Michael Galasso - compositeur notamment de la B.O. de In the Mood for Love - qu’elle trouve génial.

Avec tout cela en tête, elle a fait naître ses musiques en batterie-voix, avant de les enrichir de son piano. Et de chœurs, de cordes, de tous les instruments de ses compagnons musiciens, enregistrés dans son refuge ardéchois.

Les histoires sont des poèmes, des contes, toujours un peu surréalistes. Avec l’art qu’a Emily d’inventer des phrases qui s’ancrent comme des gimmicks. Avec elle, les oiseaux ont du chagrin ; il n’est pas conseillé d’aller creuser sous les arbres ; de l’or se cache sous les cailloux… N’y a-t-il pas dans tout cela un côté Alice au pays des merveilles ? Emily répond plutôt William Blake, dont la lecture l’a inspirée au point de glisser, dans ses chansons, des mots du poète et peintre britannique romantique.

Le poids de la transmission l’obsède, belle obsession. La jeune femme, devenue récemment mère, chante les enfants qui avancent dans la vie, leur côté insouciant en bandoulière.

Emily Loizeau a changé. Son chant a changé. Là où elle avait tendance à pousser sa voix, elle la retient avec ce léger éraillement qui la rend si crédible dans sa description des maux de la vie. Mothers & Tygers, album faussement doux qui alterne gravité et légèreté, risque de vous occuper un moment. Prêtez l’oreille sur ses duos, avec Camille, avec David Ivar d’Herman Dune . Laissez-vous prendre par le crescendo des mélodies, par le tourbillon des mots. Elle le chante si bien : « Mon poème n’a pas de mot. Il va au rythme du flot, du sang qui coule sous ta peau. »

Emilie Loizeau
Emilie Loizeau © sébastien Jaudeau

Crédit photo en haut à gauche : Diane Sagnier

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