L'agence du groupe phénomène de K-pop BTS vient d'annoncer que ses membres prenaient des vacances, une première depuis 6 ans. À l'image de la société sud-coréenne, le monde de la K-pop est connu pour être ultra-compétitif et exigeant.

Le groupe phénomène BTS va prendre ses premières vacances depuis 6 ans.
Le groupe phénomène BTS va prendre ses premières vacances depuis 6 ans. © AFP / Yoan Valat

Leurs premières vacances depuis 6 ans. Les sept membres du groupe de musique K-pop – pop coréenne – BTS vont prendre une pause pour "recharger les batteries et se renouveler en tant que musiciens et créateurs", indique leur agence Big Hit Entertainment. Il faut dire qu'entre les marathons promotion et les concerts à la chaîne, les stars de la K-pop, élevées au rang d'idoles des temps modernes par une partie de la jeune génération, n'ont pas trop le temps de souffler. Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg d'une industrie ultra-exigeante. 

Un entraînement hyper-intensif

La K-pop est en très grande majorité entre les mains de ce qu’on appelle le "Big Three" coréen. Trois majors, qui se sont imposées comme les mastodontes de l’industrie de la K-pop : JYP Entertainment, YG Entertainment et SM Entertainment. 

Leurs méthodes sont pour le moins drastiques. Dès le début de l’adolescence, aux alentours de 12 ans, les stars sont recrutées par les maisons de disque à l’issue de castings très sélectifs. Puis, elles suivent un entraînement quasi-militaire : dortoirs, exercices quotidiens hyper-intensifs au chant et à la danse, la K-pop étant réputée pour ses chorégraphies léchées au millimètre. Côté vie privée, même tour de vis exercé par les majors : les régimes alimentaires, les amitiés, et mêmes les relations amoureuses sont strictement encadrées par les employeurs

Les artistes dépendants de "contrats d'esclaves"

Et si le chanteur ou la chanteuse veulent jeter le micro en cours de route ? Compliqué, une fois qu’ils sont liés aux majors par ce qui a été baptisé du doux nom de "slave contract" : le "contrat d’esclave". Pour le rompre, l'artiste doit débourser entre deux et trois fois la somme investie sur lui par la major. Il faut donc faire carrière et engranger des revenus avant de pouvoir dire au-revoir à sa maison de disque. Sans compter l’argent dépensé lors de leur formation : les stars en devenir contractent une dette envers leur employeur, qu’elles remboursent une fois que leur carrière décolle. Des contrats dénoncés début 2017 par la Korea Fair Trade Comission, qui a jugé certaines des clauses scandaleuses.

Le groupe BTS aux American Music Awards en 2017.
Le groupe BTS aux American Music Awards en 2017. © AFP / Dave Bedrosian

La "date d'expiration" pour un membre de groupe de K-pop : entre 5 et 7 ans

"En Amérique du Nord, on a pour habitude de voir les artistes lancer deux ou trois chansons par an, accompagnées d’un album. Puis, le chanteur prend une pause d’un, deux, voire trois ans", analyse Jeff Benjamin, critique de musique, interrogé par CBC News. "La pause entre deux nouveaux projets, dans l’industrie de la K-pop, se situe probablement aux alentours de deux mois". Et c’est sans compter une "date d’expiration" : 5 à 7 ans en moyenne pour le membre d’un groupe. 

La maison de disque a insisté pour que je poursuive la promotion malgré mes graves blessures", Z-Tao, ancien membre du groupe EXO

Sous la pression, il arrive à certains de jeter l’éponge. En 2014, Z. Tao, membre du groupe EXO – plus de 10 millions de galettes vendues – a claqué la porte avec fracas. "Je ne voulais plus mener une vie si fatigante", confie-t-il dans une interview. Sa maison de disque, SM Entertainment, l’une des trois grosses majors, avait fait la sourde oreille malgré sa santé détériorée : "c’est un incident qui m’a poussé à finalement prendre cette décision", rapporte Z. Tao : "Lors d’un programme télévisé j’avais dû jouer au basket-ball : les ligaments de ma cheville se sont tordus mais je suis allé jusqu’au bout car je ne voulais pas décevoir mes fans. _La maison de disque, en revanche, a insisté pour que je poursuive la promotion malgré mes graves blessures._"

Épuisé physiquement, Z.Tao avait claqué la porte du groupe EXO.
Épuisé physiquement, Z.Tao avait claqué la porte du groupe EXO. © AFP / Ye Liangjun

La peur de n’être "personne"

Des starlettes interchangeables. C’est la réalité crue que montre le documentaire "BNK48 : Girls Don’t Cry" ("Les filles ne pleurent pas"), sorti l’an dernier et sélectionné au festival international du film de Busan. Face caméra et sans fard, des jeunes femmes, qui comptent des centaines de millions de fans en Asie, se confient sur la pression constante qu’elles endurent pour rester sous le feu des projecteurs

Car si certaines enchaînent interviews et opérations de promotion, d’autres sont reléguées au simple rang de doublure. L’une confie l’angoisse constante de vivre sa vie dans l’anonymat : "n’être personne, c’est effrayant." Une autre évoque la pression des réseaux sociaux, car les likes, les comptes Instagram et Twitter des membres du groupe sont scrutés à la loupe par leurs managers : "On a l’impression d’être pourchassées tout le temps."

Des membres du groupe BNK48 sont réléguées au rang de simple doublure.
Des membres du groupe BNK48 sont réléguées au rang de simple doublure. / Capture d'écran du documentaire "BNK48 : Girls Don't Cry"

Pour le groupe BTS, la pause est sans doute l'occasion de relâcher un peu la pression exercée par certains fans et les réseaux sociaux : "Si vous tombez sur BTS dans un endroit inattendu, nous demandons aux fans de faire preuve de considération pour permettre aux membres de profiter de leur temps libre", demande leur agence.

Des vacances qui se termineront en octobre, avec un concert en Arabie saoudite. Le business de la K-pop, très lucratif, n'est pas prêt de s'arrêter : BTS rapporte à la Corée du Sud plus de 3,6 milliards de dollars de retombées économiques par an, selon un cabinet d'études. Et les garçons s'exportent : ils sont devenus cette année le premier boys-band de K-pop à se placer en tête du Billboard, le classement hebdomadaire des meilleures ventes d'albums aux États-Unis.

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