Il habite une maison magnifique à Pantin avec un jardin où des arbres en fleurs côtoient un palmier. Une grande maison comme dans les films de Sautet où Jacques Higelin peut accueillir ses amis, improviser des fêtes où l'on danse, boit et discute, Brigitte Fontaine en tête ("c'est elle qui danse le plus!"). Le chanteur rentre de Bourges où il a pu applaudir Iggy Pop. "Il ressemble à un ange!", confie le baladin aux cheveux gris, une tignasse qu'il recoiffe souvent d'un geste machinal. Chez lui, les livres sont rangés avec soin. S'il est un artiste fougueux et spontané, rien chez lui n'est anarchique. Ses textes sont rangés dans des classeurs. Les livres de ses amis poètes (Prévert, Ferré, Brigitte Fontaine) occupent une partie de son bureau. Dans les toilettes, des humoristes philosophes, Jean Carmet notamment dont il savoure la simplicité et l'intelligence. Jacques Higelin se dit autodidacte et apprécie que ses amis lui offrent des livres. Il aime les romancières, les poétesses et ne se lasse pas de lire Duras. D'ailleurs, il n'oublie pas sa rencontre avec elle lors d'un salon du Livre. Elle l'aperçoit et lui saute au cou comme une midinette, en criant : "Jacques, Jacques, Jacques!", alors qu'il n'osait pas se présenter à celle qu'il place très haut dans son panthéon littéraire. Après une heure quarante passée devant ses bibliothèques, Higelin propose un verre de vin dans le jardin. Autant devant ses livres était-il excité, ivre même, autant l'instant qui suit le plonge dans un silence songeur et un peu triste. "Moi, je ne suis pas un écrivain". Il réfléchit, inquiet : "Qu'est-ce qu'un chanteur, d'ailleurs? Ca ne sert à rien." Il allume une cigarette, puis deux, puis trois... "Pourtant, je suis un écrivain de chansons. La mélodie vient d'abord, les mots suivent. Et je dois penser en écrivant à ce que la chanson deviendra sur scène. C'est incroyable, la scène. Le bonheur qu'on prend et qu'on transmet. Les gens vous remercient. Un jeune couple m'a même avoué qu'il avait fait l'amour dans une salle pendant que je chantais, tu te rends compte?" Higelin retrouve le sourire. Il évoque encore Barbara qui l'a réconcilié avec la vie et lui a fait arrêter l'alcool, simplement parce qu'il l'avait écoutée en concert. "J'ai pleuré sans arrêt durant le spectacle. A l'époque, j'allais mal, j'étais bouffi à force de boire, je me suis dit que la vie valait mieux que ça, j'ai arrêté les conneries". Il est 19 heures trente, le froid nous rattrape. Higelin, dans son long manteau de baladin se tait à regret, après 3 heures de confidences. La suite bientôt sur France Inter, lors de la diffusion de sa bibliothèque, ce vendredi 7 mai, dans "Esprit critique".

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