On ne débarque jamais tout à fait vierge lorsque l’on vient voir Dylan en concert pour la 1ère fois. Surtout si on n’a rien compris à ces derniers albums, surtout si on a lu quelques livres. Si on a lu celui-ci en tout cas : D’où viens-tu Dylan ? , la passion selon Louis Skorecki (éditions Capricci).

Août 2003 : « Ne pas trop s’attarder sur la sortie catastrophique du nouveau Dylan Masqued and Anonymous qui rappelle les beaux jours des VF d’Hugues Aufray".

Il y était lui le petit Louis, ce 29 juillet 1965, dans le studio lors de l’enregistrement de l’album qui a tout changé : Highway 61 revisited .

Culte.

Bob Dylan performs on stage during his concert on the second day of Benicassim International Music Festival
Bob Dylan performs on stage during his concert on the second day of Benicassim International Music Festival © EPA/MAXPPP

Skorecki raconte : « Dylan pleure. Façon de parler, il pleure en chantant. Les paroles c’est pour Ginsberg (…). Les riffs saignants, c’est pour Bob Neuwirth (c’est lui qui écrit des années avant de jouer avec J.J Cale le tube chic de Janis Joplin et et Big Brother and the Holding Company, Mercedes Benz. »

Bref, Skorecki, assis sur sa dylanie demi-séculaire, prévient : Dylan est mauvais en concert, il bousille ses chansons, c’est comme cela depuis toujours.

« Pour le jeune Dylan, qui a toujours souffert du trop d’amour de ses fans, mieux vaut les décevoir et déguiser une chanson sous de nouveaux habits que de la ressasser encore et encore. C’est pourquoi depuis 1965, Dylan a toujours été mauvais en concert ».

Hier dans les arènes de Nîmes que le vent avait battues tout l’après-midi, Dylan a fait mentir Skorecki.

On est plutôt butés au départ. Il s’avance, habillé comme un prince sorti de Mort à Venise . L’élégance l’exonère d’un salut au public. Un public dont il a peut-être senti, s’il a écouté le fils de Leonard Cohen (Adam) lui chauffer la salle quelques instants auparavant, qu’il avait rajeuni. Qu’il était très mêlé en tout cas. Intrusé des mômes des vieux soixante-huitards, ceux qui écoutent Justice et préfèrent vouer des cultes à Fugazi plutôt qu’au monsieur qu’on annonce tous les ans comme le nouveau prix Nobel de littérature.

Dylan s’avance donc, se met au piano. Ce n’est pas l’endroit où il est le plus virtuose mais il est entouré de brutes de musiciens qui font ça très bien pour lui.

Pas question de décevoir les oracles : il enchaîne les titres de ses 2 derniers albums, les moins connus, les moins prisés. Mais dont il donne des versions personnelles, pas sabotées loin de là. Parfois crooner, parfois presque countryman, Dylan paye son tribut à la Louisiane. C’est étonnant mais pas désagréable. D’autant qu’il est manifestement heureux d’être là.

Il a cette drôle de voix, un peu moins nasale, un peu plus vieux chat. Il feule plus qu’il ne chante, mais c’est beau.

Dylan attendra la dernière demi-heure (il a joué une 1h45, ce qui est énorme en terme d’endurance dylanienne récente) pour concéder quelques standards : « Blowin’ in the wind », « Ballade of a thin man », "Like a rolling stone"…Dans des versions méconnaissables, mais plus qu’honnêtes

23h15, il se retire en exécutant une classe révérence à ce public qu’il a donné, ce soir là, le sentiment d’honnir un peu moins.

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