Et si le rock était tombé par hasard sur les "blue suede shoes" d'Elvis, lui qui avait été bercé à la country, au blues et au gospel ?

Elvis Presley dans le film "L'habit ne fait pas la femme" en 1969
Elvis Presley dans le film "L'habit ne fait pas la femme" en 1969 © Getty / Sunset Boulevard

Ce 16 août 2017, les fans seront sûrement nombreux à Graceland pour commémorer la mort du King Elvis Presley survenue il y a 40 ans. La tombe de ce monarque américain se situe à Memphis, États-Unis. Comme un clin d’œil à la Memphis originelle, l’ancienne Egypte, qui accueillait la capitale des pharaons, rois de la IIIe dynastie.

Elvis, qui comme Jésus n’est connu que par son prénom, n’a pas accompli d’autre miracle que d’avoir mis au monde la religion du Rock’n’Roll le 6 juillet 1954 dans les studios de Sun Records. Il a posé ses évangiles sur vinyles et celluloïd. Et c’est déjà pas mal pour un seul homme.

Influencé par la country de Hank Williams, les gospels du révérend Brewster et le blues des honky tonk qu’il fréquente le soir, Elvis a travaillé sa voix et quelques accords de guitare. Il a mixé la culture blanche et noire avec ce que la jeunesse pouvait avoir de scandaleux en quelques déhanchés provocants. Ainsi est né le rock, dans l’Amérique puritaine des années 50.

Pourtant, tout le monde s’accorde à dire qu’à son retour du service militaire en 1960, Elvis n’est plus vraiment très rock. Il est tellement rentré dans le rang qu’il est en smoking sur un plateau télé avec Frank Sinatra et qu’il chante It’s Now or Never (reprise de O Sole mio)… pas de quoi donc décoiffer une jeune fille.

Avec l’âge, Elvis s’est assagi. Il ne fait plus peur aux parents. Les mauvaises langues diront qu’il est devenu chanteur pour vieilles dames et que son œuvre sirupeuse a contribué à lui boucher les artères, autant que les sandwichs banane - beurre de cacahuète. Pourtant le public est là. Il écoute ses balades et autres chansons d’amour, fidèle, dans un pays aux principes rongés par la guerre du Vietnam, la ségrégation et les scandales politiques.

Pourrait-on envisager la question sous un autre angle ? Et si Elvis avait juste renoué avec son passé et les musiques qui firent sa jeunesse ? Elvis serait peut-être avant tout et surtout un chanteur de gospel, de blues qui n’a finalement jamais varié de portée musicale quand d’autres ouvraient de nouvelles voies. Le rock finalement n'aurait été pour lui qu'un point d'étape dû à un simple concours de circonstances...

Elvis Presley lors de l'émission '68 Comeback special sur NBC
Elvis Presley lors de l'émission '68 Comeback special sur NBC © Getty / NBC

Elvis Presley signe trois albums de musique gospel dans sa carrière : His and in mine en 1960, How Great Thou Art en 1967 avec le mythique Crying in the chapel en clôture, et He Touched Me en 1972. C'est l'héritage de l'enfance qui s'exprime ici, quand il échappait à la surveillance parentale pour aller écouter dans l'église réservée aux noirs ce chant qui le fascinait. Et quand on l'écoute, on pourrait se laisser aller sur les voies du Seigneur avec un léger déhanché.

Un été 2005, Christian Blachas, au micro de Mathias Deguelle, devait donner une chanson qui illustrait le mieux la vie d’Elvis. Il faut préciser que Monsieur Culture Pub était un grand fan d'Elvis. Il avait consacré deux livres à son héros, dont 6 juillet 1954, Le jour où la musique bascula. Jamais il n'a pu le voir en concert mais il maîtrisait son sujet et savait le raconter avec passion. De toutes les chansons enregistrées par le King, il citait une chanson méconnue en France : American Trilogy.

Elle a été créée par un chanteur de country qui s'appelle Mickey Newbury et qui mélange les airs sudistes traditionnels et les airs nordistes, yankee. C'est grandiloquent. C'est beau, c'est grand. J’aurai donné des millions pour voir Elvis chanter cette chanson...

Cette chanson est sortie en 1971. Elvis l’a reprise quasiment dans la foulée, en 1972. A l’époque les stars montantes sont les Rolling Stones, les Jackson Five ou Al Green. Et cette chanson est très loin de tout ça.

American Trilogy, comme son nom l’indique, s’inspire de trois chants :

  • Dixie, hymne pour les esclaves affranchis mais détourné par les forces sudistes pendant la guerre de Sécession,
  • Battle Hymn of the Republic, hymne des forces du Nord
  • All my trials, chant caribéen qui fut l’emblème des protestations raciales des années 50.

Trois Amériques que l’histoire oppose, réunies en un seul titre. Alors qui de mieux qu'Elvis Presley pouvait chanter ce qui aurait pu être un autre hymne américain, lui le fruit de ces influences et pur produit de la bannière étoilée.

Janvier 1973, Elvis vient d’apprendre que sa femme Priscilla va partir avec son prof de karaté et avec sa fille adorée Lisa Marie. Devant plus d'un milliard de téléspectateurs et en direct de Hawaï, Elvis est vêtu de sa ridicule et outrancière tenue de lumière que lui seul peut porter. Strass, paillettes, gros ceinturon et aigle américain sur le dos. Il s’apprête à interpréter ce « gospel » américain. De toutes les versions enregistrées, ce n’est peut-être pas la plus forte mais c’est celle de l’apogée du King avant sa chute.

Elvis Presley dans le "68 Comeback Special" sur NBC
Elvis Presley dans le "68 Comeback Special" sur NBC © Getty / rank Carroll/Gary Null/NBC/NBCU
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