Découvrez le nouvel opus de la chanteuse à travers les vidéos , le making of de Mon Chevalier et la vidéo officielle .

Au départ, Franky Knight était une sorte de journal intime musical qu’Emilie Simon n’avait pas encore décidé de rendre public. Lorsqu’il la contacte l’hiver dernier pour lui proposer d’écrire la musique de son film, l’adaptation de son best-seller La Délicatesse qu’il réalise avec son frère Stéphane, David Foenkinos ignore tout des troublants parallèles entre son scénario et certaines chansons déjà en cours d’écriture. Il ne sait pas encore que cette histoire de disparition brutale d’un être aimé - celle du livre et du scénario - n’a rien d’une fiction pour Emilie, elle qui vient d’en être frappée en plein cœur. La résonance de cette coïncidence pour le moins étrange la conduit à accepter d’entrelacer les deux projets.

Avec La Marche de l’empereur , Emilie Simon a déjà prouvé par le passé qu’elle était l’une des compositrices pour l’image les plus expressives de l’hexagone. Mais ici, au contraire d’une œuvre de commande, il s’agira de faire se correspondre de façon subtile et forcément délicate la musique et le sujet d’un film et ceux de sa propre vie, de conjuguer des sentiments universels avec d’autres infiniment plus personnels.

Sans doute, pourtant, sans le paravent grand écran que lui offraient David et Stéphane Foenkinos , Emilie n’aurait peut-être jamais osé dévoiler ces chansons d’amour ultrasensibles qu’elle prenait pourtant soin d’habiller avec la grâce habituelle qui fait son style. Il fallait bien toute l’adresse d’une funambule des mots et des sons pour parvenir à maintenir cet équilibre ô combien fragile entre l’autobiographie et le romanesque, confronter des émotions à vif et des situations étrangères incarnées par des personnages à l’écran. En choisissant d’en appeler à l’imaginaire des contes de fées, avec chevaliers et princesses comme emportés dans un tourbillon céleste où la mort n’est qu’une péripétie terrestre qui n’entrave en rien la profondeur et la solidité des liens, elle est parvenue à adoucir l’aspect le plus anguleux de son projet de départ. En disposant son histoire en abyme à celle d’un autre, au croisement de l’art et de la vraie vie, elle se livre paradoxalement comme jamais auparavant.

Aussi Franky Knight est-il à la fois un véritable nouvel album d’Emilie Simon, celui sans doute qui lui colle au plus près de l’épiderme parmi tous ceux qu’elle a réalisé, et en même temps la musique émouvante et enveloppante d’un film dans lequel on retrouve la plupart des chansons, en versions intégrales ou instrumentales. Musicalement, pour mieux coller au caractère intimiste que le sujet lui imposait, Emilie a mis provisoirement en sommeil sa Big Machine électronique pour se tourner vers des climats plus organiques, cherchant à colmater les gerçures des textes avec des combinaisons d’instruments chaleureux comme les cuivres ou les bois, le piano, la basse et la batterie joués en mode calfeutrés et quelques enluminures discrètes d’harmonium, de xylophone et furtivement de cordes. L’électro n’a toutefois pas totalement disparu de sa palette, notamment sur le titre Franky’s Princess (qui correspond à une scène de boîte de nuit dans le film), même si son usage est ici plus physique et plus émotionnel, moins conceptuel que sur ses albums précédents. On découvrira ici une Emilie Simon sans fard, hormis celui de la pudeur dont elle n’aura pas manqué d’ourler chaque virgule. Elle a choisi de jongler entre le français et l’anglais pour étendre encore plus loin son champ d’émotions et retrouver la justesse exacte des sentiments mêlés qui habitent le cœur de ces chansons adressées pour la plupart à un être disparu. Certaines d’entre-elles correspondent toutefois à l’humeur du film – comme le très fifties et charmeur Icall it Love – et d’autres ont au contraire été écrites indépendamment, élégies poignantes qui sont aussi des poèmes d’amour fou (Jetaimejetaimejetaime ) mis en musique avec à l’esprit le maître mot de cette double aventure : la délicatesse.

Témoignage d'Emilie Simon dans le Carrefour de la culture du 9 décembre

Emilie Simon
Emilie Simon © Arnaud Borrel /
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