C'est tout détendu, fort de son éclatante spontanéité que le chanteur Iggy Pop a répondu aux questions de Michka Assayas, qui est allé le rencontrer à Miami pour l'émission "Very Good Trip". Il nous raconte comment le Jazz, la poésie, Lou Reed, Dylan Thomas et sa propre vie ont influencé son dernier album "Free".

Iggy Pop's back
Iggy Pop's back © Radio France

À l'occasion de la sortie de son dernier album "Free", le chanteur explique au micro de Michka Assayas, comment il s'est engagé sur un tout autre chemin musical, baignant à la fois dans sa vie intime ; le jazz grâce à son remarquable trompettiste Leron Thomas, le principal artisan de l'album avec notamment "Glow in the dark", "Dirty Sanchez", "Page" ou encore "James Bond" ; dans la poésie tant il a choisi de réciter des extraits de poèmes saisissants issus de Lou Reed dans "We are the people" puis de Dylan Thomas par "Do not go gentle into that good night" ; draguant le style littéraire de Michel Houellebecq, s’inspirant aussi de la chanson française...

C'est l’album qui est le plus proche de mon cœur

De quoi te reste-t-il à te libérer en 2019 à 72 ans ?

Iggy Pop : "La vérité toute nue c'est qu'il y a un énorme fossé entre l'image de ma vie extérieure et celle que j'ai vue par moi-même. J'ai pu arriver à ménager des moments de libertés dans la vie mais j'ai toujours dû me battre pour cela, j'ai toujours eu un sentiment d'horreur lorsqu'on m'imposait quelque chose, qu'on m'enfermait. C'était mon sentiment lorsque quand j'ai enregistré mon dernier album. 

Depuis l'enregistrement du dernier album, je me sens plus libre !

"Free" est un morceau intéressant qui a été créé par Sarah Lipstate. Et puis Leron Thomas est venu pour jouer de la trompette sur le morceau, c'était très beau ! On a utilisé cette même piste à l'origine pour le poème tiré de Dylan Thomas qui est à la fin de l'album et qui s'appelle "Do not gentle into that good night". Mais il y avait trop de mots et je n'avais pas envie de prendre trop de place, il me fallait une idée simple venue de mon fort intérieur".

Qui est Leron Thomas, le trompettiste qui a donné à l'album tout son côté Jazz ? 

Iggy Pop : "Le critique de jazz Ben Radcliffe m'avait envoyé un petit mot dans lequel figuraient des morceaux que Leron Thomas composait, en me disant "je ne sais pas ce que c'est que ce truc mais voilà un mec qui sait jouer de la trompette !". Des morceaux très relax emprunts de diverses influences, de jazz, de R'n'B, de RAP plein d'humour... et à la fin de chaque morceau, incroyable, un solo de trompette à tout casser de 20 secondes ! Je l'ai donc tout de suite invité à venir à mon émission sur la BBC. Je lui ai dis "vas-y, mets ta musique sur Soundcloud et moi je t'invite ! Il m'a tout de suite séduit. 

Il avait besoin d'un nouveau départ et je lui ai dit que je pourrais le produire. Il a commencé à m'envoyer des chansons (du nouvel album), telles que "Glow in the dark", "Dirty Sanchez", "Sonali" ou encore "James Bond" auxquelles on a ajouté la trompette ! 

Le jazz est un milieu très coincé, pire que le rock, avec plein de gens super conservateurs qui ne veulent rien entendre de nouveau et j'étais très sceptique au départ par rapport à lui jusqu'à ce qu'on finisse par se rencontrer à Miami. J'éprouve du plaisir à chanter ses mots, j'y ai mis toute mon émotion. Toutes ses musiques m'ont plu tout de suite. 

Avec "Free" je me disais qu'avec ce ton, les gens m'entendraient chanter la liberté et que ces musiques bouleverseraient leurs vies ! 

L'idée c'est que j'avais envie d’être interprète et de faire de la poésie

C'est ton premier album à être aussi dominé par le jazz ?

Iggy Pop : Si le genre m'intéresse, je n'aspire pourtant pas vraiment pas à faire partie de ce club, car je reste ouvert. J'ai enregistré des voix avec un trio de jazz l'an dernier, sorti sous le titre de "Loneliness Road", trois titres avec Jamie Saft, Steve Swallow et Bobby Previte... 

Sinon les musiciens de jazz restent trop coincés, c'est triste comme un enterrement... 

Il faut que le jazz sorte de ses ornières et pour moi le hip-hop et les médias sociaux ont donné un bon coup de pied au cul à ces genres musicaux ! 

Le dernier album de David Bowie, mêlant électro et jazz, t'a inspiré ?

Iggy Pop : "C'est bien possible mais pas consciemment. Notamment les gens autour de lui, ce sont des observations du monde que je n'aurais jamais pu découvrir par moi-même.

Il fait partie de la moitié de ce que je sais sur la vie

Comment t'es-tu inspiré des textes poétiques de Lou Reed ? 

Iggy : Lou Reed est quelqu'un qui a été extrêmement important pour moi, dont un modèle d'écriture tant il avait un amour sincère pour le rock. Il était torturé comme moi. 

Le choix de cet extrait s'est passé par accident, c'est quelque chose que j'avais commandé pour un titre-poème qui s'appelle "The Dawn" à la fin de mon album. Je voulais quelque chose qui soit dans la ligne de Miles Davis et un producteur, Don Fleming, m'a envoyé un recueil de poèmes de Lou Reed, et je suis tout de suite tombé sur l'extrait. C'est là que je me suis dis : 

Putain de merde qu'est-ce qu'il écrivait bien le mec ! Mais moi, je peux en faire autre chose

C'est saisissant car ce qu'il disait correspondait presque à ce qui se passe aujourd'hui. C'est super, c'est historique. 

Pourquoi est-ce que les gens écoutent cette merde sentimentale alors qu'ils pourraient m'écouter moi ? 

N'as-tu pas été tenté de laisser tomber "Iggy l'animal" de scène et de te présenter sans masque, en simple poète ? 

Iggy Pop :

Je ne voyais pas de raisons de ne pas faire les deux. J'aime bien passer de l'un à l'autre, et ce personnage physique est en moi depuis longtemps

Pourquoi es-tu si sensible aux écrits de Michel Houellebecq ? 

Iggy Pop : "Il y a dans ce roman, "La possibilité d'une île" beaucoup d'autodérision. J'avais beaucoup de problèmes dans ma vie à l'époque et voilà que j'avais trouvé quelqu'un qui parlait de tout cela : le déclin de la chair, la persistance du désir, la cruauté de l'existence, les trois grands sujets de la vie quoi ! C'est en même temps méchant. 

C'est un type d'écriture très brutal mais tout à fait logique

Pourquoi reprendre des classiques de la chanson française ?

Iggy : J'ai commencé avec l'album "Préliminaires" en chantant une chanson en français. Mes préférées sont "Et si tu n'existais pas" de Joe Dassin et "la Javanaise" de Serge Gainsbourg. J'ai eu envie d'exprimer quelque chose avec elles. Elles sont liées à l'époque du grand répertoire de Frank Sinatra

Je voyais un vrai lien avec cette sensibilité-là. Je peux en faire un vrai mélange !

Tu rencontres David Bowie dans l'autre monde qu'est-ce que tu lui dis ? 

Iggy : I'm back !  

Réécoutez l'entretien d'Iggy Pop avec Michka Assayas 

Interview - Première partie 

55 min

Iggy Pop à Miami - Première partie

Par Michka Assayas

Interview - Seconde partie 

56 min

Iggy Pop à Miami - Seconde partie

Par Michka Assayas

Iggy Pop en concert sur France Inter 

CONCERT ► L'iguane tiendra ce samedi 12 octobre un concert en exclusivité sur France Inter, en direct de la Gaîté Lyrique dans le cadre du Arte Concert Festival, et présenté par Michka Assayas

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