C'est beau, une ville envahie par les mots. 3è édition du "Marathon des mots" à Toulouse, manifestation jugée parisianniste au départ et qui commence à s'implanter dans la région. Elle fait le plein. L'humeur est joyeuse, la cité envahie d'acteurs et d'auteurs qui comme nous courent les rues, quasi anonymes, au milieu des festivaliers. Les romanciers Olivier Cadiot et Frédéric Boyer, auteurs P.O.L, passent de lecture en lecture, heureux, hilares et sautillants. Il ne leur manque que des bermudas et un cartable à dos pour ressembler à deux gamins échappés d'un Truffaut des années 50. Grand et mince, la dégaine d'un Jean-Pierre Léaud, justement, Louis Garrel, 23 ans, enchaîne les lectures. Il lit d'abord quelques papiers du critique de cinéma disparu Serge Daney puis file dans un autre théâtre lire "le Dibbouk", des nouvelles de Luc Bondy, un "fou" qui l'a dirigé sur scène. Demain, il lira Rimbaud. Il est beau gosse, les filles le regardent, aussi porte-t-il des Ray Ban le jour et un bonnet de laine, quand la nuit tombe, courant cette fois à grandes enjambées sous la pluie. Le soir, Sophie Calle trinque avec Cali qui vient de lire les textes de son exposition vénitienne. François Bon a l'air grave de celui qui va écouter des lectures en prison. Philippe Djian et Stephan Eicher inventent une lecture à deux voix et avec guitare, au théâtre national de Toulouse. L'un écrit des chansons, l'autre les met en musique. Djian porte des lunettes aux montures rouges et se tortille comme un enfant intimidé par le public, Eicher, avec sa longue silhouette noire de rocker encore ado, occupe la scène comme personne. Ils ont un tube en comun : "Déjeuner en paix! Déjeuner en paix-ééé"... Le chanteur suisse est dans une forme olympique. Il est même hilarant. Il se moque de sa propre lenteur ("Je fais des chansons, moi? Non. je compose des hymnes à la paresse". Il fait mine de ne pas comprendre tout ce que lui dit Djian. "Menton de gloire?, "Non, dit Djian, MANTEAU de gloire. Mais après tout, menton de gloire, c'est beau, on le garde!" Eicher se fait éponger le front par l'écrivain et lui demande : "La serviette, tu vas la vendre sur ebay?" Parfois, Djian lit ses chansons, Eicher l'accompagne à la guitare en expliquant que le romancier est le seul à écrire "des chansons d'amour et des chansons de haine". "Des chansons de haine saine!", s'amuse le romancier; Applaudissements. Djian s'émerveille de cet accueil, quitte la scène et cède aux appels: "Un écrivain applaudi qui revient, c'est fou! Je vais être haï du métier!" Eicher enchaîne les anecdotes, parle de ses amis qu'il a présentés à Djian et qui lui ont inspiré des textes et des chansons. Dans l'obscurité, une spectatrice confie à sa voisine : "Stephan, il est charmant, charmant!" C'est Jane Birkin. On voudrait rester là, dans la salle, à regarder les deux amis qui ne nous voient pas, un peu voyeurs, sans doute. Les 45 minutes passent vite. Bel esprit dans la ville rose qui célèbre le livre, le sens, l'auteur ("autor" : celui qui augmente!). Inoubliable, cette ouverture de marathon, avec nous comme témoins de l'intimité joyeuse et créative d'un père et de son fils électif, un grand gamin suisse vif, drôle et attachant.

P. Djian et S Eicher, TNT Toulouse
P. Djian et S Eicher, TNT Toulouse © Radio France
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