C’est un hommage, presque un cadeau, que je voulais faire à mon père .

On avait quittéLulu Gainsbourg , fils et dernier enfant de Serge, en 1988, à l’âge où les cadeaux se résument souvent à des colliers de pâtes. A l’époque âgé de deux ans, le garçon avait rejoint son père sur la scène du Zénith de Paris avant que ce dernier n’entame une version de Hey Man Amen . Le petit a grandi, le papa est parti, et les rôles se sont inversés. Aujourd’hui âgé d’un quart de siècle, Lulu invite à son tour son père à partager une œuvre musicale : il publie cet automne un album de reprises de ses chansons. Des noces qu’il n’a jamais envisagé de célébrer seul, mais pour lequel il a au contraire agencé la plus éblouissante des distributions, une guest-list à ridiculiser le moindre mariage royal. Car si le disque est un cadeau, c’est un cadeau commun extraordinaire, les participants répondant aux noms de Vanessa Paradis , Johnny Depp , Scarlett Johansson , Iggy Pop , MarianneFaithfull , Angelo Debarre , Rufus Wainwright , Richard Bona , Mathieu Chédid … « J’avais envie qu’on entende l’œuvre de mon père partout, en France, mais aussi à l’étranger. Je voulais qu’elle touche des publics différents, alors j’ai fait ce casting éclectique. C’était un projet ambitieux, mais il le méritait bien. »

Illustration extraite de l'album
Illustration extraite de l'album © radio-france /

L’album, au titre en forme de pirouette (From Gainsbourg to Lulu , et non l’inverse), est la première œuvre musicale entièrement dirigée par Lulu :il joue du piano, dirige, chante, arrange… Le projet fait suite à quelques apparitions discrètes du jeune homme dans le paysage musical (on l’a entendu partager le duo Ne Dis Rien avec sa mère Bambou, ou signer la musique d’un titre -Quand je suis seul- sur le dernier album de Marc Lavoine). Des collaborations musicales auxquelles il faut ajouter, en 2002, un passage sur grand écran avec le film La Bandedu Drugstore de François Armanet. Pour le reste, le garçon, que le patronyme semblait condamner à la surexposition médiatique, a grandi loin des caméras et du public. « Je dois ça à ma mère. J’avais cinq ans quand j’ai perdu mon père. Elle a eu l’intelligence de me protéger et de faire en sorte que je grandisse loin des médias. » Elevé par la chanteuse et mannequin Bambou, dont il explique qu’elle lui a appris l’honnêteté et la réalité de la vie, Lulu a eu le temps de se faire un prénom, tout en marchant dans les pas de son père. Ainsi, dès quatre ans, il apprend le piano dès l’âge sur l’instrument familial du salon, «ce piano sur lequel mon père m’avait joué tant de musiques de Disney. »

From Gainsbourg
From Gainsbourg © Richard Aujard /

Une fois majeur, le jeune homme, après avoir envisagé de se lancer dans la conception de jeux vidéo, opte pour des études de musique. Comme son père l’avait fait des années plus tôt, il traverse la Manche. Il fait d’abord escale à Londres, où il fréquente les bancs du Conservatoire de Blackheath. Puis franchit l’Atlantique, et pose, plus longuement, ses valises à Boston. Il y intègre le prestigieux Berklee College of Music dont il ressort diplômé. « Au début, je m’y sentais seul, j’avais peu d’amis. Puis j’ai trouvé ma place. J’ai adoré étudier la musique, la pratique comme la théorie.J’ai peut-être hérité ça de mon père, je ne sais pas », concède-t-il avec modestie. Ce passionné, dont les goûts embrassent aussi bien la pop de Michael Jackson que le jazz manouche, la musique classique que les bandes-originales d’Ennio Morricone, n’en néglige pas pour autant sa vieille passion des voyages. «J’ai la bougeotte. Je suis souvent allé en Inde, c’est un pays que j’adore. J’ai besoin, tous les quatre mois, d’aller voir ailleurs, de découvrir d’autres mondes. Seul ou accompagné, peu importe. » Un attrait pour l’étranger et un goût des autres qu’on retrouve, forcément, sur From Gainsbourg to Lulu , œuvre collective et polyglotte que Lulu dirige en chef d’orchestre aguerri. « Mon père a touché à tellement de genres différents. J’avais envie de retranscrire cet éclectisme sur ce disque. J’ai donc voulu créer un univers musical pour chaque titre, envisager les chansons comme des adaptations, pas seulement des reprises. »

back de l'album
back de l'album © radio-france /

From Gainbourg to Lulu a été enregistré entre Los Angeles, Paris et New-York, où Lulu réside depuis peu. Bigarré, le disque oscille entre jazz érudit (facette que dévoilera le premier EP, sur lequel Lulu a convié les experts Richard Bona et Angelo Debarre) et pop californienne (la très romantique Ne Dis Rien partagée avec l’actrice Mélanie Thierry), lyrisme sobre (Je suis venu te dire que je m’en vais brillamment interprété par Rufus Wainwright) et mélancolie bouleversante (Manon hissée au sommet par la francophile Marianne Faithfull). Riche en collaborations, From Gainsbourg to Lulu fait la part belle aux duos, qu’ils soient sensuels et amoureux (La Balladede Melody Nelson partagée par Vanessa Paradis et Johnny Depp), bilingues (Bonnie and Clyde , joliment adapté en anglais pour Scarlett Johansson, qui se mue pour l’occasion en irrésistible Bardot des temps modernes) ou explosifs (Shane MacGowan des Pogues convié sur une fracassante relecture de Sous le soleil exactement , Iggy Pop sur Initials BB ). Lulu, qui a envisagé ce disque-hommage comme le premier chapitre indispensable d’une histoire à venir, et dont il continuera la rédaction en solitaire, en profite pour dévoiler un premier titre instrumental personnel, virevoltant entre violoncelle et piano. De l’ensemble, à la fois éclectique et formidablement cohérent, émane la tendresse des colliers de pâtes, et, déjà, l’éclat et la grandeur des belles promesses.

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