La Cité de la musique rend hommage à un monument de la culture musicale française . Georges Brassens est décédé il y a tout juste trente ans et aurait eu 90 ans en 2011.

Qui ne connaît pas Brassens ? Tout le monde a chantonné un jour l’une de ses chansons. L’homme est installé dans la mémoire collective avec l’image parfois consensuelle du père tranquille que l’on chante en famille au coin du feu, celle de l’ami qui nous rassure parce qu’il nous parle d’un monde où les amoureux se bécotent sur les bancs publics, où les croquants vont en ville à cheval, où Margot dégrafe son corsage pour donner la gougoutte à son chat… Quand les chansons sont restées, l’image de l’homme s’est brouillée, adoucie, comme ternie. Il est temps de découvrir que derrière la figure fleurant bon la France d’antan, se cache un individu rare, hautement lettré, fin connaisseur de la poésie française, un grand timide mal à l’aise sur scène, un formidable musicien pétri du swing et amoureux de Charles Trenet, un libertaire qui choisira une voie individuelle plutôt que les combats collectifs, sans renier ses convictions, s’opposant à la guerre, à la morale bien pensante ou à l’arbitraire de la justice et de la police, une force tranquille, inébranlable dans le tourbillon du succès, qui n’a jamais suivi que sa petite musique intérieure.

Georges Brassens et ses copains sur la plage de Sète.
Georges Brassens et ses copains sur la plage de Sète. © Victor Laville

Comment exposer Brassens ? Comment évoquer une personnalité si populaire mais si volontairement peu spectaculaire ? Si prolixe et riche dans ses textes et si secret dans son mode de vie ? La Cité de la musique a voulu, au-delà des images stéréotypées, le faire découvrir sous un angle inédit et parfois surprenant.

Elle a demandé au dessinateur et auteur Joann Sfar , ainsi qu’à la journaliste Clémentine Deroudille , de transmettre leur passion pour Brassens. Les commissaires proposent un parcours à la fois ludique et didactique, incitant à la déambulation au milieu d’une forêt d’arbres, où le public découvrira des documents inédits, manuscrits et carnets exceptionnellement confiés par la famille et les proches du chanteur, et également des archives audiovisuelles et radiophoniques, des photographies, des guitares

La scénographie de cette première rétrospective consacrée à l’artiste a été confiée à des artistes décorateurs de cinéma qui ont imaginé un écrin fait de matériaux bruts et de tulles tendus, créant plusieurs atmosphères. On découvrira un Brassens immortalisé par les photographes Robert Doisneau, Jean-Pierre Leloir et Pierre Cordier . Les dessins de Joann Sfar, répartis tout au long du parcours, sont à l’image de son univers : sagace, drôle, déroutant. Mis en scène par le graphiste Philippe Ravon , ils dialoguent avec les œuvres ; illustratifs, monumentaux, ils éclairent à leur façon la vie de Brassens et racontent des histoires – celles qui ont émaillé la vie du chanteur comme celles que le dessinateur a imaginées pour le public.

À travers cette exposition, le monde de Brassens rencontre la vision éclectique, fantaisiste et irrévérencieuse de Joann Sfar .

Gare aux Morilles.
Gare aux Morilles. © Joann Sfar
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