"God Only Knows" est l'un des titres phares de l'album "Pet Sounds" des Beach Boys. C'est également l'un des remèdes à la mélancolie de Bertrand Burgalat.

Brian Wilson, 1968
Brian Wilson, 1968 © Getty / Michael Ochs Archives

Ce dimanche, Bertrand Burgalat était l’invité de Remède à la mélancolie. Au micro d’Eva Bester, il évoquait la musique pop et le sens qu’elle pouvait porter en elle malgré son apparente légèreté. Il citait de fait parmi sa liste d’automédication culturelle, un des titres qui symbolisait le mieux cet état de fait musical : God Only Knows des Beach Boys.

Il exprimait en 1996 dans le journal Le Monde sa vision de la musique pop ainsi :

Ce qu’il y a de formidable dans la pop, c’est son apparence frivole, ça ne dure que 3 minutes, ça n’a pas la prétention de changer la planète. Mais parmi toutes les musiques produites au XXe siècle, c’est peut être là qu’on retrouve les choses les plus profondes et les plus touchantes.

Pet Sounds : une œuvre majeure

En mai 2016, Brian Wilson est de passage à Londres pour deux concerts au Palladium. Avec quelques-uns des anciens membres des Beach Boys comme Al Jardine ou le guitariste Blondie Chaplin, qui accompagna le groupe en tournée et sur quelques albums, Brian Wilson rejoue dans son intégralité l’album Pet Sounds , sorti en 1966 et qui fêtait ses 50 ans.

Une œuvre majeure reconnue par ses pairs et qui a imposé bon nombre de codes à la musique contemporaine.

A tel point que c’est en l’écoutant que les Beatles vont se lancer dans la composition d’un autre album majeur qui fête ses 50 ans cette année : Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band.

Huitième titre de Pet Sounds, God Only Knows est chanté par Carl Wilson. Son frère Brian l’a écrite avec Tony Asher ayant en tête les standards imposés par les Beatles dans Rubber Soul. Elle est également influencée par le contrepoint de Bach pour les voix et les oratorios, ce qui fait parfois dire aux fans que la musique des Beach Boys est aussi celle des anges . Le tout avec les musiciens de Phil Spector, inventeur du « Mur du son », concept révolutionnaire et très vite intégré par Brian Wilson. Tout simplement.

Cette chanson marque, comme le reste de l’album, une rupture avec l’adolescence qui transparaissait dans les chansons précédentes qui parlaient de filles, de surf et de voiture.

Retour sur la scène du Palladium : Brian est à son piano et n’est pas dans l’interaction chaleureuse avec le public. La vérité est qu’on a l’impression que Brian n’a toujours pas quitté le studio 3 de United Western Recorders, dans lequel il a enregistré Pet Sounds. Il pourrait jouer seul. Nous ne sommes alors dans la salle que des intrus, émus de voir renaître ces chansons qui n’ont pas pris une ride. Pourtant, entre deux titres, Brian Wilson se tourne vers le public et balance sèchement :

Mon ami Paul McCartney a dit d’elle que c’était la plus belle chanson du monde.

Et sans plus de cérémonie, Brian enchaîne sur God Only Knows.

Effectivement, Paul aurait tellement été impressionné à l’époque que c’est les chansons écrites par son ami Brian pour Pet Sounds qu’il chante à ses enfants le soir pour les endormir. En 2013, il confie à Ronnie Wood, membre des Rolling Stones cette chanson est sa préférée à cause des harmonies, de la mélodie, des paroles... Et en 2007, lors d'une soirée événement consacrée à Brian Wilson, il avouera que cette chanson le fait pleurer à chaque fois.

God Only Knows inspira même le titre Here, There And Everywhere qui parait en 1966 sur Revolver . On ne peut rêver meilleur compliment…

La chanson était pourtant risquée…

Les radios hésitent à passer une chanson où l’on cite Dieu et qui ne soit pas God Bless America , dans une Amérique très puritaine.

Autre point clivant : si God Only Knows est une des plus belle chanson d’amour du XXe siècle, elle démarre par un très réaliste Je ne t''aimerai peut-être pas toujours et pose la question de ce qu'il serait sans l'être aimé. Seul Dieu, donc, aurait la réponse. La musique contraste avec ce constat mélancolique.

Mais il faut dire que Brian a dépassé le stade de la simple mélancolie et que sa poursuite de l’album parfait entraîna l’artiste dans une longue et profonde dépression. Il considère néanmoins que c’est l’une des meilleures chansons qu’il ait composée.

I may not always love you / But long as there are stars above you / You never need to doubt it / I'll make you so sure about it / God only knows what I'd be without you

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