Le musicien Hardy Fox est mort mardi à l'âge de 73 ans, a annoncé jeudi le groupe The Residents... dont il était l'un des membres actifs. Une annonce qui lève (un peu) le voile sur l'identité de ce groupe de pop d'avant-garde, dont les membres sont toujours restés incognito.

Le groupe The Residents, toujours masqué, sur scène en 1986
Le groupe The Residents, toujours masqué, sur scène en 1986 © AFP / Ebet Roberts

Des années avant Daft Punk, il y avait The Residents : un groupe de musique à mi-chemin entre la pop psychédélique, l'avant-garde et le punk, dont tous les membres ont toujours avancé masqués, la plupart du temps d'un masque en forme de globe oculaire. 

Depuis la fin des années 60, leur identité est toujours restée secrète, au point que certains spécialistes se demandaient si le groupe n'était pas un collectif dont les membres tournaient. Une chose est sûre désormais : il y avait au moins un homme derrière ce groupe, et celui-ci est mort mardi, des suites d'un cancer du cerveau. Il s'appelait Hardy Fox et avait 73 ans. 

Présenté comme membre du management du groupe

"C'est avec une grande tristesse que la Cryptic Corporation [société de production des Residents, ndlr] annonce le décès d'un associé de longue date, Hardy Fox (...). Comme producteur, ingénieur du son et fournisseur de l'essentiel des compositions, l’influence de Fox sur les Residents fut indélébile. En dépit de l'absence de formation, son sens musical était unique, hautement raffiné et prolifique ; son amour de l'absurde était délicieux. Il sera regretté", a annoncé mercredi le site du groupe, reconnaissant donc que Fox était le compositeur des titres. 

Hardy Fox était le seul interlocuteur du groupe avançant à visage découvert, mais pendant près de cinquante ans, il s'était présenté comme l'un des "porte-parole du groupe" au sein de la Cryptic Corporation, dont il était vice-président. Il avait fallu attendre octobre 2017 pour qu'il lève le voile : il n'était pas qu'un employé de la production, il était aussi l'une des têtes pensantes du groupe. Même s'il avait quitté la Cryptic Corporation en 2015, il avait continué à composer pour les Residents.

Ce groupe, dont le premier disque est sorti en 1972, a publié une trentaine d'albums dans des genres différents, mais toujours orientés vers l'expérimentation, et avec la plupart du temps une dimension critique vis-à-vis du monde de la musique. Parmi leurs cibles préférées : les Beatles, dont ils avaient volontairement sabordé la musique en la coupant, mélangeant, mixant, dans un disque intitulé "The Beatles Play the Residents and the Residents play The Beatles". L'un de leurs disques les plus connus, "Their Third Reich Rock n'Roll", sorte de condensé de la musique pop des années 60 et 70, compare le marché de la musique à la propagande nazie. 

Tout au long de la carrière du groupe, les Residents ont poussé à leur paroxysme les innovations formelles, d'un album de quarante titres d'une minute (The Commercial Album) à des disques sur CD-Rom... en passant par un disque destiné à ne jamais sortir, Not Avilable, enregistré en 1974 (et sorti finalement quatre ans plus tard). En concert, toujours masqués, ils créaient aussi des spectacles en forme d'opéras-rock. 

Ils avaient également participé au long métrage du vidéaste Loris Gréaud Sculpt en 2016 et s'étaient vus consacrer un documentaire dans lequel témoignait Hardy Fox, à visage découvert (cf. vidéo plus haut). L'une de leurs dernières prestations en France a eu lieu au Centre Pompidou dans le cadre de l'Etrange Festival, à Paris, en 2015. Le groupe, qui vient de sortir un nouvel album, sera en concert en France en 2019.

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