Nombreux sont ceux qui aiment joindre la musique aux voyages... Plus rares sont ceux qui, comme l'artiste électro Thylacine, s'inspirent de leurs périples pour composer ! Le compositeur nous a raconté, au micro de Daniel Fiévet, la genèse de certains de ses morceaux.

Capture d'écran du clip de Thylacine "Purmamarca" (Official Video)
Capture d'écran du clip de Thylacine "Purmamarca" (Official Video)

"Irkutsk"

En 2015, Thylacine prend le Transsibérien, un train mythique qui traverse la Russie. L'objectif : s'imprégner des rencontres, des péripéties, des paysages pour composer quelques titres. Cela a donné un album étonnant, fascinant.

L'artiste tisse sa musique à partir de sons qu'il a croisés et enregistrés : de l'organique comme du mécanique. Un incontournable : le son du train lui-même : "c'est le rythme qui m'a accompagné pendant plus d'une semaine, j'étais obligé de l'utiliser. Il a bercé tous mes levers, mes couchers"

Sur le chemin du Transsibérien, Thylacine a rencontré les chanteurs polyphoniques d'Irkoutsk : "Ils allaient collecter de vieux chants dans des villages qui allaient se faire ensevelir par des barrages, pour faire perdurer cette musique". L'artiste les avait découvert auparavant sur Youtube, les avait contacté et avait calé avec eux un rendez-vous : "On avait rendez-vous au bord d'une rivière, je n'avais aucune idée de ce à quoi j'allais faire face, c'était très beau".

Le résultat est là :

"4500 mètres"

En 2018, Thylacine est reparti pour un nouveau périple, cette fois en Argentine. Il n'est plus question de subir les aléas d'une cabine soumise aux coupures d'électricité intempestive cette fois : Thylacine est parti avec une caravane de deux tonnes aménagée en studio d'enregistrement roulant et sur le toit des panneaux solaires pour être autonome en énergie. 

Thylacine raconte : "À 4 500 mètres d'altitude, il n'y avait plus assez d'oxygène pour alimenter la voiture qui tractait la caravane, et puis il n'y avait pas vraiment la possibilité de faire demi-tour sans s'enliser dans le sable… ce qui est arrivé : je me suis enlisé, j'ai barré la route, des gens m'ont aidé à faire tourner la caravane. Ensuite, un énorme orage est arrivé, et les militaires m'ont dit 'Vous ne pouvez absolument pas bouger, maintenant c'est trop tard. Couvrez-vous et essayez de vous protéger un maximum'". 

J'ai passé la nuit dans ce contexte un peu particulier : l'orage est tombé en face de moi, j'étais tout seul au milieu du désert. Donc j'ai passé la nuit à faire de la musique… C'était quelque chose qu'on ne peut composer nulle part ailleurs !

Ce morceau a été composé avec un autre musicien, le rappeur Medeiros : "Quand j'ai créé ce morceau, je n'avais pas de texte (je n'écris pas) "explique Thylacine, "mais j'avais des idées. Il y avait un contexte tellement fort que j'avais envie de le raconter. J'ai envoyé ça à Jay, et je lui ai demandé de m'aider à raconter tout ça. Et quand je suis rentré on a enregistré tous les deux ensemble"

"Trente"

"C'est un cours de français, dans un village de cinq ou six maisons au beau milieu de la Cordillère des Andes. Ils voulaient apprendre à dire "trente" parce qu'ils vendaient des tortillas 30 pesos, "S'il y a des Français, on sera trop content de pouvoir dire 'trente'... Je me suis arrêté une fois là, un bébé qui avait besoin de médicaments. Moi j'avais ma trousse de secours donc je leur ai donné. Ils n'avaient pas de voiture donc j'ai commencé à les emmener pour aller cueillir des tomates, du maïs, ou faire des courses. Une relation s'est créée... Je n'avais pas prévu de rester et en fait je suis resté trois semaines là-bas".

C'était une rencontre humaine, mais musicale : "pendant trois semaines, j'ai vraiment vécu au rythme d'Argentins, à aller cueillir des herbes pour le maté, pêcher à la main, cuisiner tous ensemble, c'est quelque chose qui est dix fois plus inspirant qu'un petit son. J'adore me nourrir de tout ça"

Thylacine peut aussi être inspiré par des paysages : un canyon qui va réverbérer le son de son saxophone par exemple. Une autre fois, sur un lac salé en haute-altitude, avec l'impression d'être au bout du monde... "C'est difficile d'expliquer comment des choses comme ça se retrouvent dans la musique, mais en tous cas à ce moment-là j'ai envie de faire de la musique, c'est évident !"

"The Road"

"Pour repartir de Buenos Aires, j'ai dû faire des journées et des journées de route. Je ne m'attendais pas à ça ; je ne m'étais pas imaginé que le territoire était aussi grand. C'était une ligne droite à perte de vue... assez hypnotique".

Le seul son qu'il a pu capter, pointe-t-il avec un sourire, "c'était le GPS qui répétait 'Va tout droit, va tout droit, va...'"... 

"Sal Y Tierra"

Ce morceau a été enregistré sur un lac salé, la Salinas Grandes, avec juste 5 cm d'eau. C'était un moment très calme, avec sune brise qui berçait la caravane :

C'était un moment hors du temps, assez puissant.

"Je ne sais pas si on l'entend bien mais en fait le son du saxophone est très soufflé parce que j'avais très peu d'oxygène. On était très haut, à 4200 mètres. J'ai adoré ça, ça me faisait jouer différemment"

"Purmamarca"

"Purmamarca, c'était le premier véritable arrêt, où j'ai passé du temps. C'est un petit village au nord-ouest de l'Argentine. J'y ai rencontré une famille de musiciens ; le père fabriquait des instruments, notamment le chalengo, un instrument local".

Aller plus loin

Ecoutez l'entretien complet de Thylacine au micro de Daniel Fiévet dans Le Temps d'un bivouac

Thylacine était également l'un des invités de la Foule sentimentale de Didier Varrod

Retrouvez Thylacine sur youtube et sur Instagram

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