À l'occasion de la publication, le 22 octobre 2014, de 100 Chansons censurées (Hoëbeke/Radio France)d'Emmanuel Pierrat et Aurélie Sfez, franceinter.fr a sélectionné cinq titres source de polémique. Aujourd'hui, le rappeur Disiz la Peste.

Le clip "J'pète les plombs" de Disiz la Peste, interdit au moins de 12 ans

Le rappeur Disiz la Peste , de son vrai nom Serigne Mbaye Gueye , a grandi avec NTM, IAM et un peu de rock. En 2000, Disiz sort son premier album, Le Poisson Rouge . Il remporte un grand succès, notamment grâce à son titre J’pète les plombs qui sera intégré à la bande originale de Taxi 2 . Ce single vendu à 200 000 exemplaires est en fait un pastiche du film de Joel Schumacher , Chute libre (1993), interdit au moins de 12 ans. Le clip de Disiz subira lui aussi cette censure. Les médias ne le diffuseront que très rarement, hors des heures de grande écoute. Une restriction qui n’entachera en rien sa popularité.

Extrait de "100 Chansons censurées"

Histoire de brocarder les systématismes en question, Disiz la Peste pratique l’autodérision avec une vraie grâce : « J’ai tout perdu : ma femme, mon gosse, mon job, / J’ai plus rien à perdre, alors suce mon zob ! » Dans la chanson J’irai cracher sur vos tombes, hommage très personnel à Boris Vian, il multiplie les grossièretés ; une manière de continuer d’alimenter la polémique, si tant est que le rap puisse encore être l’objet de polémiques parce qu’il puiserait au sein du lexique grossier : « Je suis qu’un hybride, un putain de bâtard / Tu veux savoir ma mère est blanche, mon père est noir (…) / Je fais peur aux gouaires et j’effraie les Nègres / On ne veut pas de moi dans ce monde / Paraît-il faut que je m’intègre. » De quoi assurer de belles réflexions aux thuriféraires de l’assimilation à la sauce républicaine et aux adeptes des débats sur l’identité nationale. Lesquels occupent les écrans à des heures moins indues que lorsque le rappeur débutait dans la carrière avec son dorénavant fameux "J’pète les plombs".

Emmanuel Pierrat

Quatre niveaux selon le comité d’écoute de la Radiodiffusion

100 Chansons censurées sera publié le 22 octobre aux éditions Hoëbeke et Radio Franc e. L’avocat Emmanuel Pierrat spécialiste du droit de l’édition et Aurélie Sfez, reporter, compositrice, réalisatrice et productrice déléguée de l’émission Ouvert la nuit sur France Inter, proposent un recueil de chansons censurées au cours du XIXe siècle. La préface est réalisée par José Artur , animateur du Pop-Club pendant 40 ans sur France Inter.

100 chansons censurées
100 chansons censurées © Radio France

Résumé : "À la fin du XIXe siècle déjà, le chansonnier Pierre-Jean de Béranger a été emprisonné pour blasphème et en 1917 la chanson de Craonne envoyait directement les mutins devant le peloton d’exécution.

De l’après-guerre à 1981, le comité d’écoute de la Radiodiffusion française classait les chansons en quatre niveaux : autorisées, diffusion après 22 heures, diffusion après minuit, ou interdites d’antenne.

Cette magnitude de la subversion a distingué Georges Brassens, les Frères Jacques ou Léo Ferré comme ses meilleurs clients, mais rares furent les chanteurs épargnés. Notre Johnny national lui-même a été blacklisté !

À la télévision, Pierre Perret est sanctionné pour avoir interprété Les Jolies Colonies de vacances. La pudibonderie, le politiquement correct ne sont pas une exclusivité française. La BBC a interdit la diffusion des Beatles ou de Donovan, leurs textes faisant allusion à la drogue. Avec le temps, les procédures ministérielles, les gesticulations des ligues de bien-pensance prennent le relais. Un nouveau wagon d’artistes en pâtit, de Gainsbourg à Renaud en passant par les NTM. Politique, antimilitarisme, religion et sexualité constituent l’ordinaire des mises à l’index – temporaires le plus souvent, le temps que la société évolue.

Mais il arrive aussi que la censure s’acharne. En 2002, les rappeurs du groupe La Rumeur en feront l’expérience : huit ans de procédure judiciaire seront nécessaires pour obtenir une disculpation définitive. Les cent chansons sélectionnées dans cet ouvrage sont autant de marqueurs de la sensibilité de la société."

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