Cette année 2011 est une année charnière pour Jazz à Vienne : le festival entre en effet dans sa quatrième décennie et change son système d’organisation. Du régime associatif d’origine, le festival devient établissement public (forme administrative EPIC) sous la gouvernance de la Communauté d’Agglomération du Pays Viennois (CAPV). Un directeur de cet établissement vient d’être nommé et c’est donc Christophe Bonin qui désormais veillera aux destinées du festival tant sur le plan de la gestion administrative que de la direction artistique. Ces changements administratifs marquent certes une étape, mais ne changent en rien la structure du festival tant dans sa nature (les lieux, les types de programmation) que dans la volonté de développer le jazz sur le territoire viennois et le désir de privilégier la convivialité avec le public.

Cette année charnière 2011 aura, nous l’espérons, une programmation dans l’esprit de continuité des années précédentes.

Chick Corea, Stanley Clarke, Frank Gambale, Lenny White - Return to Forever IV
Chick Corea, Stanley Clarke, Frank Gambale, Lenny White - Return to Forever IV © Martin Philbey
Les deux thèmes principaux de cette édition seront d’une part les hommages directs ou indirects à Miles Davis, dont on commémore le vingtième anniversaire de sa disparition. Miles Davis a été pour Jazz à Vienne un évènement majeur lors de ses différents passages entre 1984 et 1991. Quelques semaines après son dernier concert à Vienne en juillet 1991, il laissait une grande place vide dans l’histoire du jazz et de la musique en général. Cet hommage sera présent dans le spectacle dédié à Miles et préparé spécifiquement par Marcus Miller (ancien musicien et producteur de Miles Davis) qui a invité spécialement deux géants qui ont partagé une partie de leur carrière avec Miles : Herbie Hancock et Wayne Shorter. Une autre soirée remettra en actualité le fameux enregistrement “Bitches Brew” autour de plus jeunes musiciens entourés de quelques anciens compagnons de Miles. D’autres groupes mettront également en relief cette commémoration, par la présence de musiciens ayant accompagné Miles Davis : John Scofield avec son groupe, le nouveau groupe de Mike Stern avec Didier Lockwood, le quartet de Dave Holland et encore Chick Corea avec “Return to Forever”, groupe mythique dont l’inspiration fut bien “davisienne”, sans oublier Sonny Rollins qui fit ses premières armes aux côtés du trompettiste. C’est aussi grâce à Miles que le grand pianiste Ahmad Jamal fut projeté dans l’actualité du jazz, alors qu’il n’était considéré jusque là que comme un obscur pianiste de club.
Ahmad Jamal
Ahmad Jamal © jmlubrano
Le deuxième temps fort du festival sera de nouveau vocal, mais ce sont les hommes qui seront cette année mis en lumière avec Tom Jones, Al Jarreau, George Benson, Gilberto Gil, Jamie Cullum, Matt Dusk, sans oublier quelques voix féminines comme Cyndi Lauper, Ayo, La Velle, Cecil McLorin/Salvant. Les soirées à thème seront bien sûr à l’honneur avec le gospel (où Rhoda Scott, entourée de plus de 200 choristes de tous âges et de la région, proposera un spectacle totalement nouveau), le blues avec des groupes inédits (Derek Trucks & Susan Tedeschi, Robert Randolph et les Mountain Men), le funk (avec Bootsy Collins, Larry Graham Central Station et Brooklyn Funk Essentials), la soul (avec Ben l’Oncle Soul et Raphael Saadiq) et la désormais incontournable “All Night Jazz” pour clore la 31ème édition. Nous n’oublierons pas une exceptionnelle soirée de big bands avec la reconstitution de l’historique rencontre entre les orchestres de Duke Ellington et de Count Basie : cette “Battle Royal” sera remise en vie avec les orchestres de Laurent Mignard (dans le rôle du Duke) et de Michel Pastre (dans le rôle du Count) entourés de leurs phalanges de près de 40 musiciens. Auparavant, lors de la même soirée, on assistera à la première internationale d’un jeune orchestre formé de talentueux et jeunes musiciens venus à la fois de la région lyonnaise et de Paris : “The Amazing Keystone Big Band” (soirée avec le concours de la SPEDIDAM). Les noctambules pourront prolonger leur nuit au Jazz Mix ou au Club de Minuit. Pour les amateurs de musique d’après-midi, la scène de Cybèle avec ses différentes activités contribuera à animer le centre ville. Enfin, un concert exceptionnel (et gratuit) se déroulera le 28 juin, la veille de l’ouverture, avec le fabuleux groupe japonais Shibuza Shirazu Orchestra. Ce concert se jouera au théâtre antique en collaboration avec le Rhino Jazz(s) Festival. Le matin même de cette mise en bouche, le spectacle Jeune public entraînera les 6000 jeunes spectateurs dans l’univers poétique du facteur Cheval et de son Palais Idéal, grâce à une création originale signée des collectifs La Forge et Arfi (en collaboration avec JAZZ(s)RA). On ne devrait pas s’ennuyer pendant cette quinzaine. Pour ma part je ne peux que souhaiter bonne chance à la nouvelle direction du Festival et surtout que Jazz à Vienne puisse encore connaître au moins trente années de bonheur. **Jean-Paul Boutellier**
BD Jazz à Vienne 2010 - Théâtre antique
BD Jazz à Vienne 2010 - Théâtre antique © Jazz à Vienne / Joséphine Mona
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