Ce vendredi, Jean-Michel Jarre sort un titre inédit, “Herbalizer”, qui fera partie en septembre d’un coffret retraçant ses 50 ans de carrière. Tout au long de ces cinq décennies de musique, celui qui s'est fait connaître avec des tubes ultra-accrocheurs n'a jamais cessé d'expérimenter.

Jean-Michel Jarre, le 13 avril dernier au festival de Coachella
Jean-Michel Jarre, le 13 avril dernier au festival de Coachella © AFP / Kyle Grillot

C'est un défi : cet article ne contiendra aucune mention des deux plus grands succès de Jean-Michel Jarre. Vous n'y verrez aucune référence ni à ce gaz que nous respirons, ni aux journées qui marquent le passage à l'automne et au printemps. Car au-delà de ces deux albums, vendus respectivement à 18 et 10 millions d'exemplaires dans le monde, la discographie de Jean-Michel Jarre recèle de pépites et de morceaux expérimentaux qui légitiment son statut d'inspirateur pour de nombreux jeunes musiciens aujourd'hui, et lui a assuré un carton au festival de Coachella en avril dernier. 

Pour fêter cet anniversaire, le musicien a annoncé la sortie en septembre d’un coffret qui contiendra plusieurs versions alternatives et quelques morceaux inédits en studio, dont le premier, intitulé “Herbalizer”, est sorti ce vendredi. Ironie du sort, c'est aussi ce vendredi que le musicien annonce avoir saisi - avec sa demi-sœur Stéfanie - la Cour européenne des droits de l'Homme pour être reconnu comme héritier de son père Maurice. 

Nous avons chronologiquement remonté la carrière de Jean-Michel Jarre, avant même son premier album à succès, pour retrouver ces pépites, qu'elles aient été des succès commerciaux (parfois) ou pas (souvent).  

Happiness is a sad song, le tout premier titre (1968) 

C'est l'un des tous premiers titres connus signés par Jean-Michel Jarre, qu'il produit en 1968 au sein du GRM, le Groupement de recherche musicale de Pierre Schaeffer, division de l'INA installée à la Maison de la Radio. Avec les musiciens, acousticiens et chercheurs qui travaillent dans ce groupe, il imagine le futur de la musique. La nuit, il revient sur place et compose ses premiers morceaux. Le tout premier, Happiness is a sad song, reste inédit jusqu'en 2011, et ressemble à un collage abstrait, écoutable plus pour son aspect historique.  

L'année suivante, Jean-Michel Jarre sort son tout premier 45 tours, contenant les titres "Erosmachine" (composé à l'aide d'une scie musicale) et "La cage". Il se vend... à moins de 200 exemplaires

AOR, le ballet électronique (1971) 

Le saviez-vous ? Des années avant l'album qui l'a fait connaitre au grand public, Jean-Michel Jarre est le premier artiste à avoir été joué de son vivant à l'Opéra de Paris. Le 21 octobre 1971, associé au compositeur de musique contemporaine Igor Wakevitch, il présente le ballet AOR, à l'occasion de l'inauguration du plafond signé Marc Chagall. C'est aussi la première fois que l'Opéra Garnier présente une pièce de musique électronique, en sept tableaux (pour les sept couleurs de l'arc-en-ciel). 

Modérément accueillie par le public, ce ballet est toujours resté inédit en enregistrement. Jean-Michel Jarre en a joué des extraits en 2001 au Printemps de Bourges. Et un nouvel extrait doit sortir sur la compilation prévue pour l'automne.  

Hypnose, le 45T ésotérique (1973) 

Vous rappelez-vous de Dominique Webb ? Dans les années 70, l'hypnotiseur star, le Messmer de l'époque, c'était lui. Ses yeux grands ouverts ont tétanisé toute une génération de téléspectateurs. Et pour donner une touche futuriste à ses spectacles, Dominique Webb fait appel à Jean-Michel Jarre, qui lui compose un morceau, Hypnose. Celui-ci sort en 45 tours dans deux versions, l'une avec la voix de l'hypnotiseur, l'autre sans.  

Preuve absolue du degré de "hype" de ce titre : il a été repris en 2012 par le très branché groupe britannique Metronomy 

Musique pour supermarché, l'album unique (1983) 

"Piratez-moi !" : c'est-ce qu'a dit Jean-Michel Jarre au moment de la diffusion, sur RTL à l'époque, de son nouveau disque inititulé "Musique pour supermarché", qui utilise un instrument révolutionnaire à l’époque, le Fairlight, premier synthétiseur capable d’échantillonner des sons analogiques. Pour cet album, Jarre choisit de ne produire qu’un seul exemplaire de son 33 tours, vendu aux enchères le 6 juillet 1983 pour 69 000 francs. La matrice servant au pressage du vinyle a ensuite été détruite devant huissier, pour s’assurer que le disque ne serait plus jamais reproduit. 

Pour la première fois dans le coffret dont la sortie est prévue en septembre, il y aura un extrait des démos de cet album.  

En attendant Cousteau, l'album sous-marin (1990) 

Dédié au commandant Cousteau comme son nom l’indique, cet album ne compte que quatre titres, très variés : alors que le premier, Calypso, brille par ses sonorités tropicales et ses steel drums, le dernier titre, qui a donné son nom à l’album, dure 46 minutes et est essentiellement composé de nappes sonores et de bruits évoquant la mer. Un incontournable de la discographie du maestro, puisqu’il est systématiquement joué avant chacun de ses concerts. 

Métamorphoses, l'album pas (vraiment) comme les autres (2000) 

Pour l’an 2000, Jean-Michel Jarre organise un immense concert au pied des pyramides de Gizeh en Egypte (un semi échec, en raison des mauvaises conditions météo) et annonce un album nommé Métamorphoses.  

Outre ses sonorités très différentes liées à l’utilisation plus poussée qu’avant des logiciels de MAO (musique assistée par ordinateur), cet album est une petite révolution : Jean-Michel Jarre CHANTE. Ou plutôt, pose sa voix modifiée par un synthé (le vocoder) et invite d’autres artistes, comme Laurie Anderson ou Natasha Atlas. 

Sessions 2000, l'album jazz (2002) 

Période compliquée que le début des années 2000 pour Jean-Michel Jarre. Cet album ne convainquait pas totalement le musicien et son collaborateur de longue date Francis Rimbert, qui avaient travaillé sur une série de titres orientés électro-jazz. Contre son accord, la maison de disques Dreyfus sort malgré tout l’album, sans promo et avec une pochette neutre. Le résultat, c’est l’un des plus gros flops commerciaux de Jarre, qui contient pourtant quelques titres agréables à écouter, notamment March 23, repris en concert depuis sous le titre Space of freedom

Geometry of love, l'album lounge (2003) 

Encore un album passé presque inaperçu. Réalisé à la demande de Jean Roch et de sa boîte parisienne le VIP Room, Geometry of Love est aussi “lounge” que le précédent était “jazz”. Très aérien, cet album dont la pochette est une photo (floutée) de l’intimité de sa compagne d’alors, Isabelle Adjani, contient quelques beaux titres, comme le titre d’ouverture Pleasure Principale et ses violons hyperréalistes, ou le morceau éponyme. 

Electronica, l'album "livre d'histoire" (2016) 

Sorti en deux volumes, Electronica, est un album dans lequel Jean-Michel Jarre propose à des artistes, jeunes ou moins jeunes, de co-créer des titres. Il s’entoure donc de personnalités aussi diverses que Sébastien Tellier, Cyndi Lauper, le compositeur Hans Zimmer ou le pianiste Lang Lang pour deux albums en forme d’hommage à tous les pans de la musique électronique. 

L’un des sommets de ce projet, c’est la collaboration avec le groupe Air, Close Your Eyes, véritable fresque historique de la musique synthétique, qui s’ouvre sur un simple signal analogique et se termine par un son généré sur iPad, passant par toutes les étapes de l’évolution de cette musique. Un bijou.  

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