Paul Smith, envoyé spécial d'Antoine de Caunes, a interviewé Jimmy Page à l'occasion de l'anniversaire de la sortie du premier album de Led Zeppelin. C'était il y a 50 ans. Retrouvez l'interview et ce qu'en disait la presse à l'époque de sa sortie.

Jimmy Page, seul sur la scène du Earl's Court à Londres pendant une concert de Led Zeppelin, en mai 1975
Jimmy Page, seul sur la scène du Earl's Court à Londres pendant une concert de Led Zeppelin, en mai 1975 © Getty / Chris Walter/WireImage

Quand Sir Paul Smith demande à Jimmy Page s'il se rappelle ce qu'il faisait le 12 janvier 1969, le jour de la sortie du premier album de Led Zeppelin, le légendaire guitariste se lève pour aller chercher, dans sa bibliothèque, son journal de l'époque. C'est vrai : qui se rappelle ce qu'il faisait, il y a 50 ans ? C'est déjà difficile de se rappeler du déjeuner de la veille. Alors que dire quand vous êtes une rock star ? 

Des souvenirs des années 1970, Jimmy Page raconte la fin des Yardbirds, l'envie d'une nouvelle aventure musicale, la recherche des membres du groupe identique à celle que l'on pourrait lire dans les romans de chevalerie, l'énergie, la créativité…

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POPOPOP - L'interview de Jimmy Page par Paul Smith sur France Inter

►►► POPOPOP - Jimmy Page / Paul Smith dans "Popopop" d'Antoine de Caunes 

Naissance d'un géant

Pour le 12 janvier 1969, le groupe britannique jouait au Fillmore West de San Francisco. Le groupe est en tournée américaine et les dates s'enchaînent : un concert à guichet fermé à Anaheim, un public un peu déçu en Floride... L'album Led Zeppelin signé sous le label Atlantic va devenir une des œuvres majeures de la musique du XXe siècle. Le public découvre la voix haut perchée de Robert Plant, la frappe lourde comme le pas d'un éléphant qui charge de John Bonham, la basse énergique John Paul Jones, les expérimentations de l'apprenti sorcier et leader Jimmy Page.

« Led Zeppelin, un colosse au pied d’argile » était le titre d’un article du magazine, Guitar Part me semble-t-il, qui traînait dans ma chambre. Que Led Zeppelin soit un monument du rock était, pour moi ado des années 1990, une évidence transmise par quelques copains de cour de récré. De 1969 à à 1980, le groupe a écrit les plus belles pages de l’histoire du blues… Pardon du rock, puisque dès la création du groupe, Jimmy Page se définit, dans les interviews de l'époque, comme « basically a hard rock band ».

Pourtant, quand Led Zep' est né, rien n'était gagné. 

Le casting avait beau rassembler ce qui se faisait de mieux musicalement en Angleterre, sur eux planent les ombres d'autres groupes qui sont bien mieux cotés à l’époque par la critique comme Cream ou les Yardbirds, où Jimmy Page a œuvré et dont le dernier album Little games contient déjà l'ADN de ce nouveau groupe, Led Zeppelin. D'ailleurs, en 1968, le groupe tourne sous le nom de The New Yardbirds… Et l'intro du dernier tube des Yardbirds en 67, White Summer, n'est pas sans rappeler celle du titre Over the Hills and Far Away de 1973. Alors Led Zep ne serait-il pas une énième resucée des Yardbirds ? Ou bien l'accomplissement musical de Jimmy Page ? 

Et puis au chapitre Révolutionnons la musique, les Beatles, les Beach Boys sont passés par là avec des albums mythiques. Que dire de la scène musicale prolifique de l'époque qu'il serait impossible de citer dans son entièreté mais où l'on trouvait Jimi Hendrix, des Rolling Stones, des Doors, Janis Joplin… 

Festival de Bath, Royaume-Uni, 1969 : John Paul Jones, Robert Plant, John Bonham et Jimmy Page. Led Zeppelin au grand complet.
Festival de Bath, Royaume-Uni, 1969 : John Paul Jones, Robert Plant, John Bonham et Jimmy Page. Led Zeppelin au grand complet. © Getty / Chris Walter/WireImage

L'accueil de la critique

Ce qui est évident aujourd'hui ne l'était pas forcément en 1969. D'ailleurs une critique célèbre de l'album signée John Mendelsohn avait descendu le Zeppelin en flèche, en mars de cette année là : 

Il [Jimmy Page] est un producteur très limité, un auteur de chansons peu inspirées et sans imagination. L'album souffre d'avoir été produit par lui... Dans sa volonté de gaspiller son talent considérable sur des supports indignes, le groupe a produit un album qui rappelle malheureusement celui de Truth [album de Jeff Beck]... Il semblerait que si le groupe veut combler le vide laissé par Cream, ils devront trouver un producteur digne de ce nom.

Circulez, y a rien à voir. Ou à entendre. A peine si Good Times, Bad Times ferait une bonne face B des Yardbirds. Le fait que le groupe soit entré au Rock'n'Roll Hall of Fame en 1995 n'en est que plus savoureux. 

Mais tout le monde ne pense pas comme monsieur Mendelsohn. Pendant que la tournée américaine se poursuit pour Led Zeppelin, la presse donne ses impressions sur l'album : 

Janine Gressel du Seattle Time, (1969) : 

Led Zeppelin est un groupe excitant. Le nom de ce groupe pourrait être traduit littéralement par « ce qui est lourd et qui peut flotter »… Leur musique est « lourde » au sens rock’n’roll du terme, c’est-à-dire un son violent et palpitant qui utilise souvent un effet électronique pour augmenter l'excitation.

Mark Dashev Los Angeles Free press, mars 1969 :

Cette innovante utilisation du son et leurs évidents respects et sensibilités vis-à-vis de divers instruments sont ce qui les caractérise le mieux.

David Heebner (Jazz and pop magazine), 1969:

Led Zeppelin a touché un nerf vital et a réussi à me sortir une fois pour toutes des miasmes psychédéliques de Sergent Pepper.

David Williams, International Time, novembre 1969 

Ce sont les groupes britanniques qui ouvrent la voie dans le rock progressif, aussi déguisés soient-il dans certains cas. Le rock and roll ne sera plus jamais pareil après comme The Nice, Led Zeppelin et Quintessence y ont imposé leur propre influence bien distincte, mais ce n’est pas une chose si mauvaise chose après tout.

Quand en 1970, un journaliste de Sheffield évoque dans un article sur un concert donné par le groupe que le solo de batterie de "Bonzo" est un intermède, les fans le remettent à sa place dans le courrier des lecteurs. Imaginez s'ils avaient eu Twitter...

Led Zep' en France

Pour les critiques françaises de l'époque, je suis allé faire un tour dans les archives de Radio France. A l'époque de l'ORTF, il était peu probable que l'on récupère les articles concernant Led Zeppelin. La musique de jeunes, c'était plutôt chez Europe 1. Mais deux articles de 1970 sont quand même présents ; ils ne concernent que le deuxième album, Led Zeppelin II, et sont de France Soir :

Pour la première fois depuis huit ans, les Beatles n'occupent plus la première place du hit-parade britannique. Ils ont été détrônés par le Led Zeppelin, un groupe pop qui était venu pour la première fois à Paris, en octobre 1969, pour un musicorama d'Europe n°1 à l'Olympia...

Shot de trop pour le Zeppelin

Jimmy Page voulait un groupe qui soit reconnus par ses pairs : c'est chose faite. Pendant 10 ans, Led Zeppelin va expérimenter, s'envoler au firmament, avec légèreté. Pourtant, la pochette de cet album représente un Zeppelin, en flamme. C'est le Hindenburg, qui s'est crashé à Lakehurst en 1937. Elle est aussi prophétique que ce qu'avait motivé Keith Moon, à qui on doit le nom du groupe, pour décrire leur musique : quelque chose de lourd qui s'envole et peut tomber, un zeppelin de plomb, a lead zeppelin.

Le colosse du rock s'effondre bien, le 24 septembre 1980, dans des relents de vodka et de vomi avec la mort de John Bonham. Le groupe se sépare, laissant hébété et confus un public qui ne se consolera qu'avec la sortie d'un album "posthume" en 1982 : Coda et on va fêter cette année le 50e anniversaire de Led Zeppelin. L'album s'offre une réédition pour l'occasion.

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