Il y avait un Johnny Hallyday, mais il y a aussi une multitude de Johnnys : le personnage a été tellement décliné par d'autres, que même ceux qui n'étaient pas fans de sa musique en connaissent au moins une version.

La marionnette de Johnny dans les Guignols en 2005
La marionnette de Johnny dans les Guignols en 2005 © Maxppp / Serge Di Loreto

Paradoxalement, la tendresse que le Français peut avoir pour Johnny Hallyday doit sans doute beaucoup, au-delà de la musique, au fait qu'il était devenu une icône, un personnage dépassant le chanteur lui-même : Johnny, c'est aussi une marionnette, une imitation, une version junior, et même un mentor pour de nombreux autres artistes.

Un coucou et un nez

Johnny n'était pas seulement une marionnette des "Les Arènes de l'Info" (devenues "Les Guignols") : le personnage est l'une des trois premières marionnettes fabriquées pour l'émission, avec PPDA et Serge Gainsbourg. L'une de ses interventions les plus cultes est la fameuse "boîte à coucou" (une idée de François Rollin, l'un des auteurs de l'époque), objet improbable qui fait hurler de rire la marionnette, dans l'incompréhension la plus totale.

La voix est bien celle du chanteur, mais la marionnette le caricature jusqu'à en faire un personnage presque distinct de l'original, le présentant comme une sorte d'idiot du village gentiment benêt et candide.

Une image que le chanteur n'a, au début, pas du tout appréciée, et pour cause. Yves Lecoq (imitateur attitré du chanteur) raconte même qu'il a failli en faire les frais, Johnny ayant envoyé "son boys band lui casser la gueule à la sortie du JT". "On s'est arrangé après, il a compris que ça lui faisait plus de bien que de tort", raconte-t-il dans Le Point. Le vrai Johnny avait même fini par rencontrer sa marionnette sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, la jugeant "pas terrible" et la mutilant atrocement au sécateur (sur proposition de Philippe Gildas).

Sale gosse un peu jaloux

Dans le même esprit, l'émission pour enfants "Les Minikeums" avait élaboré une marionnette de Johnny, basée presque autant sur la version "adulte" développée par les Guignols que sur le chanteur en personne. Jojo y est amoureux de Vaness' (Paradis), se balade en Harley Davidson malgré son jeune âge et a parfois des réactions un peu excessive (qui a dit "rock'n roll" ?)

Une version qui a contribué à faire connaître (et à rendre sympathique) l'original à une génération d'enfants.

La vraie et la fausse voix

Dans les années 90, l'imitateur Laurent Gerra déboule dans le paysage audiovisuel et s'empare lui aussi de la voix de Johnny, dont il est fan. D'ailleurs, il est l'un des rares à pousser le vice jusqu'à imiter Johnny chantant, ce que peu d'autres auront osé. Jusqu'à le rencontrer en personne, en marge d'un festival de cinéma, où les deux hommes sympathisent. Johnny finit même par l'inviter à chanter avec lui à plusieurs reprises, dont cette première fois au parc de Sceaux en 2000.

Docteur ès "Rock'n Roll"

Car avec l'âge, Johnny avait fini par prendre beaucoup de recul sur l'image de lui dans l'imaginaire collectif et dans celui d'autres artistes. Ultime illustration de cette sagesse, cette intervention surréaliste d'un Johnny en "dernier dinosaure du rock", que vient consulter Jérôme (pardon, Guillaume) Canet dans son film "Rock'n Roll", pour prendre des cours de rébellion. 

"C'est devenu ringard de péter une chambre d'hôtel", se désole Johnny. La ligne a rarement été aussi floue entre l'original et le personnage... 

► À L'ANTENNE | Soirée spéciale Johnny sur France Inter à partir de 18h

Articles liés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.