Journal intime d’un économiste en crise 931 La Chine, rêve du marché tout-puissant. Existe-t-il pays plus merveilleux que la Chine ? Des masses qui travaillent, des chercheurs qui cherchent, des flics qui fliquent un peu mieux que chez nous. Enfin un pays sans grèves de trains ! Un pays où la dictature vous écrase d’un pied et le marché de l’autre. 12% de croissance en 2009, une croissance tellement forte au mois de mars que le commerce est déficitaire (trop de matières premières importées). Le pillage du tiers-monde continue pour le plus grand profit des mandarins. Impressionnante aussi la nature hi tec de la croissance ! Certes, toujours du béton, des tours et des tours, des autoroutes et des périphériques pour les centaines de millions de bagnoles qui arrivent, mais aussi des voitures, et des télécoms : Huawéi, deuxième géant mondial de téléphonie vient de rafler le marché norvégien de la quatrième génération, battant à plate couture Ericsson et Alcatel. Tous les grands de la téléphonie, Bougues, SFR, Téléfonica etc. ont des composants Huawéi. Fini le « gap » technique. Demain nous serons les petites mains des chinois. Au moment où s’ouvre l’exposition universelle de Shangaï, tout le monde se précipite pour féliciter la Chine, comme on se précipitait chez Hitler pour l’adorer au moment des Jeux Olympiques. Douce Martine et les vieillards « Au-delà de la réforme des retraites, il faut réussir la révolution de l’âge ». Titre d’un papier de Martine dans le Monde, qui a bien fait ricaner l’éditorialiste des Echos, Eric le Boucher, qui y voit un pensum ringard de chez ringue. Il a tort. Martine y pose la question, frottez vous les yeux, de « la douceur de la vie ». Oui, une vie pour des personnes âgées doit être douce, une ville doit être douce, comme des moyens de locomotion sont doux. Prends garde à la douceur des choses, Martine ! On commence par s’intéresser aux vieux, on continue sur la question de la mort, et on finit en lisant Arthur Rimbaud ! Sur la question des retraites, elle a également raison : taxer le capital, taxer la rente, réduire le chômage, redistribuer le produit national en faveur des salariés, et après on discute de l’âge de la retraite... Dans Libé, Mélenchon s’en prend aux escrocs, malandrins, aboyeurs et barons qui alignent des chiffres dingues sur les déficits à venir. Ca fait du bien. Tien : l’espérance de vie a augmenté de vingt ans depuis cinquante ans... Quelle escroquerie ! ce qui compte c’est l’espérance de vie à soixante ans, on est d’accord ? Ce qui reste à vivre après soixante ans, OK ? Ca ne bouge guère. Peut-être cinq ou six ans de plus, qui vont se nicher entre 90 et 95 ans, quand on n’est plus grand chose. Banques Les banques tirent la sonnette d’alarme ! Selon la fédération française des banques, le projet de taxe prévu au niveau européen pourrait coûter à l’Europe, 1 à 2 points de croissance. Surtout ne touchez pas aux banques, elles sont là pour faire votre bonheur, d’ailleurs, vous l’avez vu, elles ont créé la pire crise depuis 1929, mais elles faisaient ça pour la croissance. Maintenant qu’elles ont été abreuvées de fric, qu’elles ont restauré leurs profits au-delà de tout espoir, elle s’indignent de ce qu’on exige d’elles des ratios prudentiels plus conséquents, et qu’on puisse prélever une taxe sur les risques systémiques. En vérité, chaque fois qu’on pénalise une banque, on crée de l’emploi. Il faudrait capter tous les bénéfices bancaires. Tous. On ne devrait autoriser aux banques qu’une marge minimale leur permettant d’octroyer des crédit, comme le faisaient les banques coopératives à l’origine. Il faut dégoûter les banquiers d’être des banquiers. Chaque fois qu’un banquier écrit dans une revue : taxe ! Chaque fois qu’il ouvre le bec à la radio : taxe ! Pas plus néfaste qu’un banquier. Rendre la vie invivable aux ennemis de la vie. Livre Palestine mon amour ! Dictionnaire amoureux de la Palestine, Plon, 24.50 euros. Par Elias Sanbar Existe-t-il des saveurs de la Palestine autres que celles de la poudre et la poussière ? De la Palestine on a des images de ruines. Est-ce vraiment un pays, ou un rêve ? Comment parler d’un pays qui n’a pas existé et n’existera peut-être jamais ; et comment le faire aimer mieux qu’une très vieille nation ? Elias Sanbar y parvient. On connaît ses traductions de Mahmoud Darwich, poète merveilleux. Peut-être avez-vous feuilleté « Les Palestiniens » (Hazan) recueil de photographies du peuple oublié ? Mais rien ne vaut son dictionnaire amoureux pour flirter avec l’âme de ce peuple – flirter avec humour ; humour sur les gravats, le meilleur. Le dictionnaire commence par A comme absence, absence de l’exilé, absence de l’occupé, absence du nom, effacé, nié, disparu des cartes des géographies. Villes et villages effacés. L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Mahmoud Darwich, le poète, encore lui, présent tout au long de ces pages, rêvait d’écrire l’Iliade vue de l’autre coté, du coté des Troyens vaincus. On ne refait pas l’histoire. Pourquoi les Palestiniens n’ont-ils pas accepté le plan de partage de Peel en 1937, oui celui de l’ONU de 1947 ratifié par Ben Gourion ? Et pourquoi Gamelin, ce connard, a-t-il placé ses meilleures divisions derrière la ligne Maginot et laissé la voie ouverte des Ardennes ? Hitler n’eu pas envahi la France, les Juifs n’eussent pas été persécutés etc. Toute l’histoire, mieux, toute l’archéologie de la Palestine est dans ce livre, aussi frais qu’un thé glacé à l’ombre d’un figuier, doux comme la brise qui porte l’odeur du jasmin. A F vous trouverez fondamentalisme, à G Genêt, à M Manger et Mur. N comme négocier, P comme Paix, T comme Terre Sainte et T comme talent, d’Elias Sanbar, merveilleux conteur, orphelin et amoureux transi de beaucoup de choses, de la poésie, des blagues, de la littérature, et de son pays. « Quel est le nom de cette chose dans la poétique du rien ? » (Mahmoud Darwich) C’et un livre tout simplement subtil et merveilleux.

Mots-clés :

Derniers articles


Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.