En 1968, le transistor fut l’un des accessoires incontournables de ces journées tourmentées pour y entendre l’évolution de la situation mais aussi les chansons qui estampillent cette période.

Le transistor : le pricipal moyen de découvrir de nouveaux titres en 1968
Le transistor : le pricipal moyen de découvrir de nouveaux titres en 1968 © Getty / Peter Dazeley

En cette année 1968, après dix ans de pouvoir gaulliste, la France travaille… et s’ennuie, comme l’indique la Une du quotidien ‘Le Monde’ du 15 mars, sous la plume de Pierre Viansson-Ponté. 

C’est surtout la jeunesse qui s’ennuie. Quand le général de Gaulle inaugure le 6 février les Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble qui verront la consécration de Jean-Claude Killy, triple médaillé d’or, il ne se doute pas que les incidents qui ont éclaté quelques jours auparavant dans certaines universités, sont les prémisses d’une vague libertaire qui va déferler sur le pays. 

La radio a tenu un rôle considérable dont on ne soulignera jamais assez l’importance, durant les événements de Mai-68 qui ont paralysé le pays. Les Français se tenaient informés grâce aux programmes et aux informations des radios dites « périphériques », RTL et Europe 1, dont les reporters étaient sur le terrain, sur les barricades, au cœur de l’événement. Un rôle d’autant plus considérable que la radio et la télévision de service public, l’O.R.T.F. (dont France Inter), se trouvaient alors en grève et que la presse écrite était empêchée de paraître.

Le transistor, objet nomade apparu au début de la décennie, demeurera l’un des accessoires incontournables de ces journées tourmentées pour y entendre l’évolution de la situation mais aussi les chansons qui estampillent cette période. 

Si 1968 est l’année de la contestation et du changement tous azimuts, on ne peut pas en dire autant de la pop music française qui ne semble pas ébranlée par la révolte ambiante. Bien au contraire : les trois premières places du hit-parade du magazine Salut les Copains, ce fameux mois de mai, sont occupées par Johnny Hallyday, Sheila et Claude François

Cependant que Georges Moustaki, Serge Reggiani et le québécois Robert Charlebois parviennent à s’imposer comme des musiciens créateurs, Jacques Higelin, lui, reste encore éloigné du mouvement tant il est vrai que ses propos semblent encore trop subversifs pour l’époque. Quant aux plus engagés d’entre eux comme Dominique Grange ou Évariste, ils enregistrent des "45-tours pavés", émanations poétiques de la rue, qui seront publiées par le CRAC (Comité Révolutionnaire d’Action Culturelle) et proposées en vente directe dès la rentrée 1968. 

Avant ce qui restera dans l’Histoire ‘l’année de la contestation’, quelques voix dissonantes commençaient déjà à remuer les consciences sur le plan des mœurs au mitan des années 60 : Michel Polnareff prêche l’amour libre avec « L’amour avec toi » en 1966 ainsi que sa consœur Marie-José Casanova (« Non, vraiment, je n’ai pas le temps / que vous me fassiez votre cour / Faites-moi, faites-moi l’amour ») ; Antoine, après ses « Élucubrations » (1965) qui revendiquaient les cheveux longs, les chemises à fleurs et la vente de la pilule dans les Monoprix pousse encore plus loin la provocation, l’année suivante, avec « La loi de 1920 » (qui réprime la provocation à l'avortement et la propagande anticonceptionnelle). 

En revanche, 1968 révèle quelques artistes qui mèneront une carrière honorable : Herbert Léonard, Gilles Dreu, Alain Bashung, Éric Charden, Gérard Manset et Michel Jonasz (au sein du groupe King Set), sans oublier Julien Clerc et Gérard Lenorman qui sont les vedettes du rôle principal de la reprise française de « Hair », la comédie musicale qui triomphe sur toutes les scènes mondiales. 

Parallèlement, Julien Clerc démarre une carrière de chanteur avec son premier 45-tours, « La cavalerie » sorti le 9 mai. Prémonitoires, les paroles de la chanson signées Étienne Roda-Gil théorisent déjà les événements : «  J’aurai enfin tous les courages / Ce sera mon héritage / Et j’abolirai l’ennui dans une nouvelle chevalerie »

Lorsqu’éclate la révolte, les haut-parleurs diffusent la bande-son d’une époque bien anodine. En 1968, pourtant année charnière dans tous les domaines artistiques, la musique en France reste inoffensive et fidèle à celle des années précédentes comme si rien n’avait changé.
Les idoles sont toujours là et, après ce fameux mois de mai agité, le symbole le plus représentatif de la variété française est incontestablement Sheila qui totalise plus d’un million de disques vendus. Des disques… à la louange des vertus du travail et de la famille (« Petite fille de français moyens ») ! Johnny Hallyday occupe les premières places du hit-parade avec « L’histoire de Bonnie and Clyde », « Entre mes mains » et surtout « A tout casser » (accompagné à la guitare par Jimmy Page, futur Led Zeppelin). Claude François qui vient de créer son label Flèche fredonne « Jacques a dit », Juliette Gréco se fait lascive avec « Déshabillez-moi », Françoise Hardy chante « Comment te dire adieu ? », Georgette Plana exhume un air de 1926, « Riquita, jolie fleur de Java », Serge Lama roucoule « D’aventures en aventures » et le dandy Jacques Dutronc gouaille le Paris qui s’éveille à 5 heures. 

Mais, comme le chantait Bob Dylan quatre ans auparavant, les temps sont en train de changer… 

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