Qu'est ce qui rassemble la Corse, les Rolling Stones, du café, Saint-Germain-des-Près, Sylvie Vartan, Londres et Johnny Hallyday ? Le 7 décembre 2017 Michel Mallory, auteur-compositeur, parlait de son ami Johnny et évoquait sur l'antenne de France Inter la création du tube "La musique que j'aime" .

Johnny Hallyday - 1973
Johnny Hallyday - 1973 © AFP / Gérard Houin / BELGA MAG / BELGA

Samedi 9 décembre à Paris, des centaine de milliers de fans se sont rassemblés sur les Champs-Elysées et la place de la Concorde pour dire au revoir à celui qui a accompagné leurs vies en musique pendant près de 60 ans, Johnny Hallyday. Cet événement est digne des spectacles de la rock star et comme le soulignent de nombreux commentateurs ainsi que le président de la République Emmanuel Macron : on s'attend à le voir surgir et entamer une première chanson sous les acclamations du public qui scandent son nom comme au Stade de France.

Pour accompagner le cortège, les musiciens de Johnny enchaînent les titres laissant les parties chantées au public. A la musique s'ajoute, comme un tonnerre, le vrombissement des motos qui accompagnent le cercueil blanc vers l'église de la Madeleine. Un cercueil blanc comme celui d'Elvis Presley, chanteur de rock, chanteur de blues, qui fut l'idole de l'idole.  C'est un événement inédit, comme Johnny concevait ses spectacles. Tellement inédit cette musique, ce blues qu'il a tant aimé, l'a accompagné jusque dans le lieu saint et que l'espace d'un instant, l'église s'est transformée en une salle de concert.

La musique que j'aime, voilà un titre qui colle à la peau du chanteur, et dont son auteur Michel Mallory, racontait l'histoire au micro de Bruno Duvic sur France Inter le 7 décembre dernier. Pendant 10 ans, Michel et Johnny ont travaillé ensemble et donné naissance à près de 170 chansons. Ces deux-là vivent pratiquement ensemble de 1972 à 1982. Lors de l'enregistrement de l'album Insolitudes, ils partagent la même suite. Michel Mallory vit Johnny, respire Johnny.

Je m'étais en fait transformé en éponge. Je regardais sa vie, et  j'essayais de m'approcher le plus près possible de ses sentiments, de  ses ressentiments. J'avais fini par savoir les mots qu'il ne dirait jamais. Et les mots qu'il adorait dire.

A l'époque, Johnny Hallyday et Sylvie Vartan se séparent une première fois. La vie du chanteur est peu compatible avec la vie de famille. Le Johnny Circus qui l'emmène sur les routes de France avec son caravansérail de 60 camions, son aventure sulfureuse avec sa choriste Nanette Workman... Johnny se consume trop vite et part finalement aux Etats-Unis reprendre son souffle. Mais avant de partir, il laisse une consigne à Michel Mallory. Il veut enregistrer à Londres son prochain album et Michel doit lui composer des chansons.

Moi je ne me rendais pas très bien compte de ce que voulait dire le mot  travail. Donc je lui disais que je travaillais mais en fait je foutais rien. Sauf que j'étais en Corse et que j'avais la vieille guitare de mon père. Et tout d'un coup m'est venu : "La musique que j'aime". Je  n'avais pas d'enregistreur, ni de truc à cassette, j'avais rien. Et  comme j'écris très mal la musique, il m'a fallu une demi-journée pour écrire 16 mesures.

Et puis il faut rentrer à Paris. Un mois est passé. Johnny Hallyday arrive à Orly avec trois guitares dans ses bagages et Michel est là pour l'accueillir et le ramener à son hôtel de Saint-Germain-des Près, où il occupe la suite de Mistinguette. L'auteur compositeur lui joue La musique que j'aime dans un salon de l'hôtel. De la musique, il n'en retouchera que le pont. Le hic c'est qu'il manque un texte à cette chanson et Johnny demande à Michel Mallory que cette chanson ressemble à sa vie. Cette vie sans Sylvie. L'auteur repart dans sa R12 toute pourrie.

Et j'ai écrit le texte de  La musique que j'aime en 10 minutes. ce  qui est une escroquerie absolue parce qu'on n'en a pas changé un mot. Je me  demande de fait si elle n'est pas venue du ciel ou si je n'ai pas été  seulement qu'un intermédiaire.

Cette chanson ouvre donc l'album Insolitudes, enregistré aux Studios Olympic de Londres avec Lee Halliday aux manettes et un casting de rêve pour toute personne aimant le rock'n'roll puisque sont associés à l'enregistrement de la Musique que j'aime : Jim Horn, Jim Price et Bobby Keys. C'est à dire tout l'arsenal des cuivres des Rolling Stones et le guitariste Peter Frampton. Elle ne sera pourtant choisie par Jean Renard, le directeur artistique de Johnny, que comme face B du premier single Comme un corbeau blanc, onzième titre de l'album Insolitudes. C'est pourtant bien ce son de guitare dobro slide que le public retiendra. Une chanson qui colle à la peau de Johnny jusque dans une pub  pour du café dans les années 90.

Peu d'artistes se sont frottés à cette chanson. Chantée en duo une cinquantaine de fois, il existe deux reprises officielles de ce titre. Une de 2016 par Liane Foly , et une version ré-enregistrée par Johnny en 1990 avec Carole Fredericks dans les chœurs et son ami Pierre Billon à la réalisation, par Johnny Hallyday lui-même. C'est une version chantée à l'occasion d'un numéro 1 à Michel Sardou en 1978 par Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Michel Sardou, Jean-Claude Brialy et Sheila. Le temps où le blues se chantait aussi entre copains.

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