Cette année, le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc- Roussillon a 30 ans. Présenté comme un festival de musique classique, la programmation est aussi élargie à d'autres horizons : jazz, musiques du monde, musique bretonne, musiques électroniques... Le goût de la découvert en fait un festival unique dans le paysage culturel.

La première fois, c’était l’été 1987. Tout jeune producteur de la Radio Suisse Romande, j’avais découvert le tout nouveau Festival de Radio France et Montpellier Languedoc- Roussillon , et interviewé quelques minutes le créateur du festival, l’impressionnant René Koering... Qui aurait pu penser que 27 ans plus tard, j’aurais à prendre le relais d’une personnalité qui n’a jamais hésité à bousculer, inventer, oser ?Ce Festival, on l’aime pour cela : parce qu’on y entend ce qu’on n’entend pas ailleurs, parce qu’on y réalise quelques folies, parce qu’on est sûr d’y découvrir des talents, des partitions, des lieux, des moments inouïs. Et c’est comme cela qu’avec une équipe fantastique j’ai conçu cette édition 2015, ces « 30 ans d’amour » entre la musique et le public, le Festival et ses auditeurs. Katia et Marielle Labèque, François-Frédéric Guy, Fazil Say, Piotr Anderszewski, Boris Berezovsky et ces cinq pianistes réunis par Philippe Cassard – Cedric Pescia, Nelson Goerner, Muza Rubackyte, Andrei Korobeinikov et Dominique Merlet – pour un marathon pianistique comme seul le Festival est capable de l’oser – autant de nuances de blanc et noir. Les chefs de la génération montante,Domingo Hindoyan, Christian Arming, Patrick Davin, Paul Daniel, les fidèles de toujours, Friedemann Layer, Alexandre Vedernikov, Hervé Niquet, balayant large, du Don Quichotte de Boismortier à la 9e symphonie de Beethoven , de Fantasio d’Offenbach à La Jacquerie , opéra oublié de Lalo , de la création du Concerto pour piano de René Koering à la 5e symphonie de Mahler ... Les grands orchestres sont au rendez-vous : l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon qui ouvre et clôt cette 30ème édition, l’Orchestre National de France (le 19 juillet), l’Orchestre Philharmonique et le Chœur de Radio France (le 24 juillet), Sinfonia Varsovia , et pour la première fois l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine .Et encore les « Rendez-vous » de musique de chambre de 18h, l’attrayante journée « Génération 1985 » et les concerts Jeunes solistes de 12h30, et tous les concerts proposés dans toute la Région et dans chaque commune de la Métropole, les rencontres et conférences inaugurées l’année dernière avec un franc succès en collaboration avec le CNSMD de Lyon.Plus de 200 manifestations dont 175 gratuites, à Montpellier et dans toute la Région Languedoc-Roussillon. Tout cela pour l'amour de la musique à partager ensemble ! On vous attend.

Jean-Pierre Rousseau , Directeur du Festival

Quelques Zooms

# 1 - Cinq alpinistes et une journée pour un Everest pianistique

Cinq grands pianistes vous feront vivre une incroyable journée, tout en préludes et fugues de Bach à Chostakovitch !

C’est à une journée hors-normes, mais intensément musicale de la première à la dernière seconde, que le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon m’a demandé de réfléchir il y a quelques mois pour marquer ses trente ans.J’ai imaginé que cinq amis pianistes, admirables musiciens de cinq générations et nationalités différentes, couvriraient deux cent trente ans de répertoire en reconstituant une sorte de massif himalayen pianistique et intellectuel comme cela n’a jamais été fait auparavant. Des formes plutôt réduites - 109 Préludes, 84 Fugues, 11 Interludes et un Postlude : assemblées en cycles qui sont autant de jalons essentiels de l’histoire de la musique, atteignant à une grandeur et à une dimension spirituelle auxquelles seules, peut-être, les 32 Sonates de Beethoven peuvent se mesurer.Le suisse Cédric Pescia, dès potron-minet, ouvrira le bal avec lePremier Livre du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach (1722) : depuis toujours, Bach est son compagnon journalier, il a enregistré les Variations Goldberg et L’Art de la Fugue , s’est nourri des baroqueux mais n’oublie ni Kempff ni Gulda dans son jeu solaire et chantant. Nelson Goerner , argentin vivant en Suisse depuis 25 ans, fréquentera les Préludes , ceux de Chopin (1835-1839) et de Debussy (Premier livre , 1909-1910) : là encore, l’apprentissage de ces deux cycles remonte à l’adolescence, et Goerner les interprète avec une maîtrise, une élégance et une poésie souveraines.Suivra la lituanienne Muza Rubackyté , qui déploiera, en deux moments forts de cette journée, la puissance physique, rythmique et expressive de son jeu flamboyant dans les vastes paysages contrastés des 24 Préludes et Fugues de Chostakovitch , édités en 1951. Son enregistrement de 2007 en est une référence.Ludus Tonalis (1943) de Hindemith , avec son Praeludium , ses 12 Fugues , ses Interludes et son Postludium , souffre encore dans notre hexagone de quelque méfiance, alors que c’est un chef-d’œuvre d’inventivité, de fantaisie, de jouissance rythmique et instrumentale. L’intérêt des pianistes russes pour ce cycle se perpétue : après Richter , Vedernikov et Berezovsky , c’est au tour du jeune Andrei Korobeinikov de se l’approprier, avec sa virtuosité éclatante et toutes les subtilités de son beau toucher.Enfin, bouclant la boucle, un de nos pianistes français majeurs, Dominique Merlet , jouera le Deuxième Livre du Clavier bien Tempéré (1744). Merlet possède son Bach depuis toujours, l’a décortiqué auprès de Nadia Boulanger , le cultive au piano, le joue en maître à l’orgue, et l’a enseigné durant tant d’années (Pescia a été un de ses disciples à Genève, et j’ai appris dans sa classe au CNSM de Paris une bonne trentaine de Préludes et Fugues). La hauteur de vue et le raffinement de son jeu se conjugueront idéalement au contrepoint sublimé du Cantor de Leipzig .

Philippe Cassard

Le 11 juillet au Corum / Salle Pasteur, Montpellier

  • à 9:30 avec Cédric Pescia pour Le Clavier bien tempéré , Livre I, Préludes et fugues BWV 846 - BWV 869 de Jean-Sébastien Bach
  • à 12:30 avecNelson Goerner pourPréludes opus 28 deFrédéric Chopin et Préludes, Livre I de Claude Debussy
  • à 15:00 avecMuza Rubackyté pour 24 Préludes et Fugues opus 87, 1ère partie n°1 à 12 de Dimitri Chostakovitch
  • à 17:00 avec Andrei Korobeinikov pour Ludus Tonalis, Prélude, fugues, interludes et postlude de Paul Hindemith
  • à 19:00 avecMuza Rubackyté pour24 Préludes et Fugues opus 87, 2ème partie n°13 à 24 de Chostakovitch
  • à 21:00 avec Dominique Merlet pour Le Clavier bien tempéré, Livre II, Préludes et fugues BWV 870 - BWV 893 de Jean-Sébastien Bach
Dominque Merlet # 1 L'Everest pianistique
Dominque Merlet # 1 L'Everest pianistique © Le Festival Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon
Le Corum Salle Pasteur Festival Radio France et Montpellier
Le Corum Salle Pasteur Festival Radio France et Montpellier © Luc Jennepin

# 2 - Kintsugi

Ce répertoire devrait être émotion à fleur de peau, à portée de main, des doigts et de la voix, du corps et de l’esprit. Ce n’est pas une mise en scène ni une mince allusion, pas un esthétisme vain mais l’art qui nous visite. La musique l’est forcément.Le kintsugi (en japonais « jointures en or ») est une méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées.

Ce répertoire devrait être émotion à fleur de peau, à portée de main, des doigts et de la voix, du corps et de l’esprit. Ce n’est pas une mise en scène ni une mince allusion, pas un esthétisme vain mais l’art qui nous visite. La musique l’est forcément.Les trois musiciens rêvent près de leurs instruments ; ils les tiennent ferme, prêts à tous les voyages, même les plus fous, ancrés dans le présent, divination aux accents de l’Antiquité sur la crête du futur.Gaspar Claus est un interprète hors du commun qui entretient des rapports fusionnels avec son violoncelle qu’il frôle ou pétrit, caresse ou maltraite selon ses inspirations musicales. Il n’appartient pas à une tradition précise mais plutôt à un véritable décloisonnement des genres musicaux.D’une autre rive, Serge Teyssot-Gay ne cesse de réinventer ses gestes, ses approches, son langage. La musique n’a jamais été pour lui un fauteuil moelleux mais un aiguillon, une force motrice qui l’a conforté dans cette certitude : on ne peut être fidèle à soi-même qu’en restant en mouvement. Teyssot-Gay s’est fait un devoir d’être un homme tendu, vers la vie, vers les autres, et surtout vers ce qu’il ne connaît pas et brûle de découvrir.Kakushin Nishihara paraît à première vue porter toute la modernité insensée du Tokyo moderne, égérie post-moderne et underground, interprète traditionnelle soumise aux dérapages (contrôlés doublant l’improvisation). Tokyoïte attentive aux objets de l’hyperconsommation, jeunesse urbaine indistincte, elle va puiser dans le mouvement fou des mégapoles et des grandes catastrophes universelles, l’essence même, à la fois de la fuite en avant et de l’assurance d’une tradition aussi maîtrisée que sauvage. Son instrument, le biwa, continue de fasciner car il porte un conflit qui ne cesse d’être au cœur de ce pays pris dans les déchirements dont l’âme porte les marques. Le chant millénaire s’accoude au lâcher prise d’une modernité, qu’il faut assumer mais dont il faut guérir.L’inspiration sera puisée dans une pièce classique du Kabuki , Kanjincho , le registre de souscription, créée en 1840 par Namiki Gohei III , et basée sur Ataka , une pièce du théâtre nô. C'est une des pièces les plus populaires du répertoire du Kabuki .Cette pièce située à la fin du XIIe siècle, met en scène Yoshitsune, un samouraï en fuite, remerciant Benkei pour sa dévotion à son maître.Le kintsugi (en japonais « jointures en or ») est une méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées.

Florian Olivères Le 14 juillet à 16:30, au Corum / Salle Pasteur, Montpellier

Kint Sugi
Kint Sugi © Le Festival Radio France et Montpellier

# 3 - The Amazing Keystone Big Band

Le bouillonnantAmazing Keystone Big Band concentre en son souffle à la fois l'esprit, l'âme des grandes formations de l'ère du swingrol, et l'inventivité, l'ouverture, l'insolente virtuosité du jazz d'aujourd'hui. Complices depuis le Conservatoire, le pianiste Fred Nardin , le saxophoniste Jon Boutellier , le tromboniste Bastien Ballaz et le trompettiste David Enhco assurent la direction et les arrangements du projet.Les 18 cadors qui piaffent derrière les pupitres de cette turbulente machine à jazz ne se contentent pas de faire allégeance, avec classe, à Count Basie, Duke Ellington ou Thad Jones . Ils considèrent surtout que cet orchestre d'amis triés sur le volet leur permet d'expérimenter leurs Idées neuves tout en visitant les perles d'un répertoire décidément insubmersible. The Amazing Keystone Big Band perpétue cette musique ondulatoire tout en exprimant la créativité de leurs propres arrangements, de leurs compositions.Un pied dans la tradition, un autre dans le jazz d’aujourd’hui, les jeunes musiciens de l’Amazing Keystone Big Band ont mis au point une rutilante machine à swing, mariant précision diabolique et enthousiasme communicatif.Au cours de cette soirée exceptionnelle en deux parties, l’orchestre revisitera d’abord les arrangements du légendaire Quincy Jones , qu’ils ont recréés sous la direction du maître lui-même lors du festival Jazz à Vienne 2014 ; ils seront ensuite rejoints par la talentueuse jeune chanteuse Célia Kameni , pour un programme en hommage aux grandes divas du jazz, célébrant la grande tradition des standards. Incontournable ! Hommage à Quincy Jones et les Grandes Divas du JazzLe 17 juillet à 21:00 au Domaine d'O - Amphithéâtre, Montpellier

The Amazing Keystone Big band
The Amazing Keystone Big band © Le Festival Radio France et Montpellier

# 4 - Génération 1985

Certains de ces solistes, nés la même année que le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon , sont réunis trente ans plus tard en un groupe aux multiples talents. En un écho facétieux, leur joyeuse assemblée invoque la génération dorée de 1685, année de naissance de Jean-Sébastien Bach , de Domenico Scarlatti et de Georg Friedrich Haendel. Violon, trombone, accordéon, clavecin, piano : autant de sonorités et de traditions d’interprétation qui témoignent des mutations survenues dans le paysage musical français en quelques décennies. Représentants d’une nouvelle génération de solistes, récompensés de multiples prix, Solenne Païdassi (violon) etDavid Kadouch (piano) naviguent avec aisance entre carrière internationale et projets sur mesure. Le claveciniste Benjamin Alard a renouvelé l’image de son instrument. Au clavecin comme à l’orgue, le jeune musicien a su imposer son charisme et sa connaissance exceptionnelle de la musique baroque. Au trombone, Fabrice Millischer témoigne du haut niveau des “cuivres” français. Heureux dans tous les styles, familier du répertoire ancien, il nous invite à un duo inédit avec Benjamin Alard . Leduo Bouclier (violon et accordéon) met la transcription à l’honneur : entre respect des œuvres interprétées et renouvellement des timbres, les frères Julien et Dimitri Bouclier permettent de redécouvrir des pièces connues de tous tout en montrant les possibilités lyriques de l’accordéon.

Charlotte Ginot - Slacik Le 20 juillet à 12:30 au Corum / Salle Pasteur, Montpellier

  • Solenne Paidassi au violon pour Anonyme, une sonate en la mineur pour violon seul (d’après la Toccata et fugue BWV565 attribuée à Johann Sebastian Bach ) et une sonate n°3 opus 27 “Ballade” d'Eugène Ysaÿe
  • Fabrice Millischer au trombone et Michaël Erstzscheid au piano pour Aria et Polonaise de Joseph Jongen et Pavane pour une infante défunte (Arrangement Matthieu Millischer ) de Maurice Ravel
  • Julien et Dimitri Bouclier , respectivment au violon et à l'accordéon pour Médi Tango d'Astor Piazzolla et Hiver d'Anton Chalaiev (Arrangements et transcriptions Julien et Dimitri Bouclier)
  • Solenne Paidassi au violon pour Sonate pour violon seul, Tempo di ciaccona, Fuga, Melodia et Presto de Béla Bartok.

# 5 - Beethoven, Symphonie n°9 "Ode à la joie”

Le concert du 25 juillet de l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon et du Chœur Orfeón Donostiarra sous la direction de Christian Arming , chef d’orchestre autrichien né en 1971, est intégralement dédié à la puissante et célébrissime 9ème Symphonie en ré mineur opus 125 de Ludwig van Beethoven . Si le temps réel de la composition occupe le compositeur d’octobre 1822 au 7 mai 1824, jour de sa création au Kärtnertortheater de Vienne (Beethoven , sourd, indiquant le tempo dos au public puis n’entendant pas le déchaînement final d’enthousiasme), de nombreuses idées sont plus anciennes : 1815 pour le scherzo , 1818 pour le 1er mouvement ;l’Ode à la joie , remaniement du poème An die Freude de Schiller , étant déjà esquissé en 1808 dans sa Fantaisie opus 80 .On ne peut qu’être saisi par l’universalité d’une œuvre, credo de fraternité humaine, où s’opère l’explosion des frontières entre mouvements (les thèmes des 3 premiers mouvements réapparaissent dans le dernier), entre genres (est-ce une symphonie ou une cantate, avec ce geste inédit d’introduire des solistes et un chœur pour le finale ?) et entre mondes (est-ce une musique savante réservée aux connaisseurs ou, au contraire, populaire ?L’Ode à la joie , mélodie inoubliable sur cinq notes, ayant même été choisie pour devenir l’Hymne européen .).

Claude Abromont Le 25 juillet, Soirée Ludwig Van Beethoven à l'Opéra Berlioz

  • à 17h00

Sinfonia Varsovia François-Frédéric Guy piano et directionConcerto n°1 en ut Majeur opus 15, Allegro con brio, Largo, RondoConcerto n°5 en mi bémol Majeur opus 73 « L’Empereur », Allegro, Adagio un poco mosso, Rondo Ludwig Van Beethoven

François-Frédéric Guy
François-Frédéric Guy © Le Festival Radio France et Montpellier
  • à 21h00

Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon Orfeón Donostiarra Christian Arming directionRicarda Merbeth sopranoMarina Prudenskaya mezzo-sopranoSteve Davislim ténorEvgeny Nikitin baryton-basseJosé Antonio Sainz Alfaro Chef de chœurMarie-Paule Nounou Chef de chantSymphonie n°9 en ré mineur avec chœur final sur "l’Ode à la joie de Schiller” opus 125 de BeethovenAllegro ma non troppo, un poco maestosoMolto vivaceAdagio molto e cantabileFinale : Presto “O Freunde, nicht diese Töne!” Ludwig Van Beethoven

Le Corum Opéra Berlioz
Le Corum Opéra Berlioz © Le Festival Radio France et Montpellier
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