Le North Sea festival est l'un des plus gros festivals de jazz en Europe

Depuis 1975, le North Sea festival fait résonner le jazz en Hollande... Et ailleurs : il est l'un des plus gros festivals du genre en Europe. Sur trois jours, soixante dix milles personnes ont la possibilité de naviguer de concerts en concerts, donnés sur douze salles reparties sur un petit périmètre. Du concert intimiste et écouté dans un silence quasi religieux à un rassemblement de plus de douze milles personnes dans une salle chauffé à blanc ! Première belle surprise : le public joue la pyramide des âges mais semble connaisseur et avide de découvertes. Il vient se délecter du jazz d'abord, mais aussi de soul, funk et world... sans oublier l'électro.

Le festival ouvre donc le grand tiroir des musiques noires au sens large et en tire le fil, assumant 70 % de sa programmation jazz : le trio ultra pointu comme les « De Beren Gieren » ; le trompettiste japonais Takuya Kuroda qui regarde aussi du côté du le hip hop avec bonheur ; Tigran toujours parfait, tout comme Ibrahim Maalouf ; une légende vivante comme Benny Golson, vétéran des fifties... A suivre la voix sensible de Cécile Mc Lorin Salvant, une franco américaine qui devrait connaitre on l’espère un beau succès à l'avenir. A suivre aussi le prix Paul Acket décerné a Ambrose Akinmusire à l'initiative de la fondation BNP PARIBAS qui accompagne depuis 20 ans le Jazz en France, et maintenant en Afrique. Cette fondation très active aide festivals et musiciens (une quinzaine de projet par an) dans leur développement. D’origine Nigériane, Ambrose joue de sa trompette comme si il chantait en tirant la note, en prolongeant le son jusqu’à trouver dans sa modulation une sorte de vibration intimiste et profond : étonnant ! Il sera en concert en France en septembre.

Coté soul /funk : on a croisé Stevie Wonder. Une voix intacte. Un répertoire irréprochable. Ce qui ne fut pas le cas de Pharell Williams... On évitera donc gentiment d'en parler ici. Le plaisir de redécouvrir Nile Rodgers et Chic, moments de pur rhythm and blues et de soul interprétée par l’énorme revue menée par le label Daptone qui laissa tout le monde sur le carreau. Bootsy Collins a de son côté fait le boulot avec ardeur. Chez les pousses fraîches, Kelis dont nous défendons l’album sur France Inter depuis quelques mois ne nous a pas déçue. En sus d’un son nouveau, elle adopte une attitude scénique qui propulse son urbanité avec une classe évidente. Le moment passé avec Lalah Hathaway suspendra le temps et on se souviendra longtemps du passage où elle siffle en compagnie de son choriste une variation soul classique pendant ? Huit bonnes minutes ! Et on regrettera alors qu’un disque uniquement fait sur ce registre ne soit pas à l’ordre du jour.

Coté World : l’artillerie lourde a été lancée et elle devient vraiment probante quand il s’agit de rencontres éphémères. Comme le projet qui rassemble le Brésilien Lénine et le Hollandais Martin Fondse Orchestra : la réinterprétation du répertoire de Lénine fait tout basculer dans une autre dimension, plus classique. On a aussi apprécié Fatoumata Diawara et Roberto Foncestca : entre cette chanteuse malienne surdouée et sensible et le cubain Fonseca, la vision survitaminée de leurs variations soniques fut détonnante. Ils sont incontournable et il faut au moins les avoir vu une fois pour s’en rendre compte. Le retour du Social Club avec Omara Portundo et Eliades Ochoa ? En triple forme ! Et Chucho Valdès ? Une fois encore, il arrive à faire le pont entre jazz et rythmes afro cubains avec une foi rendant le tout savoureux.

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