André Manoukian se penche sur “les routes de la musique” cet été. L'une d'entre elles passe par la Nouvelle-Orléans, berceau du blues, du jazz et de toute la musique afro américaine. En fait, tout a commencé à Paris, en 1792… Découvrez comment.

Tout commence avec cette musique qu'on appelle le ragtime - autrement dit : “l'art d'être pianiste dans un bordel"…

Tout commence en fait à paris en 1792 avec une danse qui s’appelle le Quadrille des Tuileries . Elle même vient d’une danse anglaise plus ancienne, la contredanse. C’est une forme de parade : les messieurs, tout en dansant sur un rythme quasi militaire et en tenant la main des dames, n’arrêtent pas de changer de cavalières. On porte haut la tête, on se salue beaucoup, on exhibe sa belle, on la fait tourner autour de soi et dans un mouvement savant, hop, on change de partenaires… Comme un jeu où les couples se défient et se jaugent… C’est un peu le speed-dating de l’époque . C’est aussi une manière de se connaître : il y a beaucoup d’informations dans la manière dont un cavalier prend la main de sa partenaire, dans la manière qu’il a de la fixer en lui tournant autour, et ce au vu et au su de la bonne société.

Les planteurs français de Louisiane importent cette danse et bien vite elle fait fureur dans les grandes maisons coloniales du Sud des États-Unis.

Grande compétition de cake-walk ouverte à tous. Affiche de spectacle américaine de 1896.
Grande compétition de cake-walk ouverte à tous. Affiche de spectacle américaine de 1896. © Domaine public

Une cérémonie-soupape autorise les esclaves noirs, une fois l’an, à se défouler : exceptionnellement ils sont autorisés à imiter leurs maîtres et à se moquer d’eux, comme dans les fêtes des fous où on se moquaient des Princes au Moyen-Age. Et voilà les esclaves qui mettent un haut de forme sur la tête, les jeunes filles s’habillent de crinoline et portent l’ombrelle. Ils défilent crânement devant leurs maîtres, qui se moquent de ceux qui se moquent d’eux. On vote même pour les gagnants qui remportent comme prix un cake cuisiné par la patronne : le “cake-walk” .

Dans Golliwogg's Cakewalk de Debussy, on entend la principale caractéristique du ragtime : l’alternance d’une basse et de son accord. Ce rythme binaire qui oscille comme un balancier imperturbable tandis que la main droite peut doubler le mouvement comme une souris qui jouerait avec la main gauche qui serait le chat.Le découpage métronomique de la main gauche contre la fluidité de la main droite… Ce soliste qui tourne (main droite) autour des harmonies (main gauche) font du pianiste de ragtime un orchestre à lui tout seul. Ecoutez André Manoukian l’expliquer plus en détail :

Étymologiquement, “ragtime” vient de “rag” qui veut dire rugueux ou grossier, et “time”, pour la mesure. L’expression désigne probablement la syncope cassante qui donne sa mesure à cette musique.

Le maître du genre : Scott Joplin

Fils d’un employé des chemins de fer et d’une femme de ménage, il apprend seul le piano à 8 ans. Très vite, les ragtimes qu’il compose vont avoir beaucoup de succès - partciulièrement une de ses premières compositions, Maple Leaf rag , dont la partition se vendra à plus d’un million d’exemplaires. Mais il ne touche qu’un cent par copie et il va vite avoir des problèmes d’argent... avant de s’éteindre dans sa quarantaine.

C’est avec “The Entertainer ” qu’il trouvera un succès sans précédent - 50 ans plus tard . Le titre est dans le générique du filmL’Arnaque, le film avec Robert Redford et Paul Newman.

C’est un autre français, Ferdinand Joseph Lamotte, dit Jelly Roll Morton, qui va le développer et l’amener jusqu’au jazz - mais ceci est une autre histoire...

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