Alors qu'aux États-Unis la chanteuse Billie Eilish est la révélation de ces derniers mois et vient d’enchaîner les prix aux Grammy Awards, le phénomène musical francophone de 2020 pourrait n’avoir qu’un prénom : Suzane, qui vient de sortir son premier album “Toï Toï”.

Suzane a soigné son look, inspiré notamment des tenues de combat de Bruce Lee
Suzane a soigné son look, inspiré notamment des tenues de combat de Bruce Lee © AFP / Joël Saget

Avec son premier album When We Fall Asleep, Where Do We Go ?, la chanteuse Billie Eilish a été la sensation des Grammy Awards, dimanche soir aux États-Unis. À un mois de son équivalent français, Les Victoires de la Musique, on peut se demander quel chanteur ou quelle chanteuse marquera l’actualité musicale de l’année 2020. Et si notre Billie Eilish française s’appelait Suzane ? 

On vous entend déjà hurler à la comparaison hâtive. Mais sans aller jusqu’à mettre face à face les chansons de l’une et de l’autre - ni l’ampleur d’un phénomène international face à un succès francophone - on peut constater des traits communs à la musique des deux artistes et voir dans ce qui a fait le succès de la jeune Américaine des indices qui peuvent nous faire supposer que Toï Toï, son premier album, sorti la semaine dernière, sera l’un des phénomènes de 2020. 

Textes sombres, sons accrocheurs 

La musique de Suzane a ceci de caractéristique qu’elle colle des rythmes électroniques accrocheurs et punchy sur des paroles qui, elles, évoquent le mal-être du monde contemporain. Elle va plus loin que Stromae (Alors on danse) et Angèle (Balance ton quoi ?) avant elle, en faisant de ces beats des invitations au combat, à la force d’action, qui servent le propos bien plus qu’ils le contrastent. Dans SLT, Suzane chante des scènes du harcèlement sexuel dont les femmes sont victimes au quotidien, avant de décrocher un “Bats-toi fillette” aux rythmiques presque guerrières - ce n’est peut-être pas un hasard si sa tenue de scène est inspirée des films de Bruce Lee.  

Dans Il est où le SAV, titre consacré au réchauffement de la planète, les punchlines (‘Ca s’réchauffe, ça s’réchauffe, ça s’réchauffe, la planète en surchauffe”) sont déclamées dans une accélération semblable à celle de l’urgence de la situation. Celle qui se décrit comme une “conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro” aborde aussi le coming-out et l’homophobie familiale dans P’tit gars ou le regard des autres sur le physique dans Pas beaux. Autant de titres qui vous feront bouger autant qu’ils vous feront réfléchir.  

Si Billie Eilish est allée chercher son inspiration dans ses angoisses et ses peurs personnelles, dans les troubles ancrés en elle plus que dans le monde qui l’entoure, on retrouve cette influence d’un monde qui tourne mal sur une musique enlevée - avec un souci du détail dans la qualité de production. 

Univers visuel fort 

Là encore, les univers graphiques des deux chanteuses n’ont rien à voir, mais l’une comme l’autre ont un style visuel fort, identifiable, qui fait partie intégrante de leur démarche créative. Sur la scène des Victoires de la Musique (ou celle de l’Olympia, où elle se produira en fin d’année), vous reconnaîtrez immédiatement Suzane à sa tenue, combinaison bleue, noire et blanche, aux influences oscillant entre Bruce Lee (on l’a déjà dit) et Louis XIV (vous vous y attendiez moins), carré roux à la frange droite et dad shoes aux pieds. Ce personnage au look atypique, au pseudo réduit à un prénom, avait suscité la curiosité à la sortie du premier clip, “L’insatisfait” 

Dans ses clips, Suzane a opté pour une réalisation elle aussi très identifiable, où elle évolue dans des décors minimalistes – hangars, lieux industriels - habillés de lumière, avec une place importante laissée à la danse, car la chanteuse a avant tout une formation de danseuse au conservatoire. Seule exception à la règle, le clip de Il est où le S.A.V, qu’elle est allée réaliser dans une décharge à ciel ouvert de Dakar, au Sénégal.  

Avec ces titres au visuel fort, aux textes percutants et aux musiques accrocheuses dès la première écoute, il y a de grandes chances que Suzane devienne l’une des sensations de l’année 2020 en France. Et pour savoir si elle sera élue révélation scène de l’année, rendez-vous le 14 février aux Victoires de la Musique, où elle fera face à Aloïse Sauvage et Hoshi.  

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.