Juliette Gréco chante toujours. Sur la scène du théâtre des Champs-Elysées, elle avance avec difficulté, le corps un peu courbé, vers le micro qu'elle agrippe d'une main comme un soutien, un vieil allié. L'autre ne cessera de bouger, virevolter, dessiner des figures, un accordéon, un oiseau, au gré des chansons. Gréco dit qu'elle ne travaille pas ses gestes. Ils viennent naturellement une fois en scène.A ses côtés, un accordéoniste et un pianiste, le "patron", celui qui la gronde gentiment après un récital si elle a oublié des paroles ou s'est trompée de rythme, Gérard Jouannest, pianiste de Brel aussi, son mari depuis vingt ans. Une chanson nouvelle (signée Jouannest) ouvre le récital, "Je me souviens de tout", puis les classiques résonnent. Léo Ferré, Queneau, mais surtout Brel. Gréco interprète Jacques Brel avec intelligence, émotion, avec une sobriété qui n'était pas le propre du chanteur. Ses 82 ans accentuent le tragique de la poésie du musicien. Gréco minaude? Certains le lui reprochent. Pourtant, elle n'est pas dupe. Elle connaît son âge et la difficulté de chanter aujourd'hui encore : "Déshabillez-moi!". Avec l'humour qui la caractérise, elle dit en préambule : "Bon, je devrais éviter cette chanson, je sais... Mais je ne veux pas m'en passer. Et puis j'ai un certain recul sur moi!" Alors, bien sûr, "Déshabillez-moi" fait un succès. Debout, en noir, droite et immobile devant le micro durant une heure et demie, les mains blanches si expressives, Gréco apparaît comme la dernière interprète. D'ailleurs elle aime ce mot, cette façon de jouer un texte, de se mettre au service de l'auteur. Juliette Gréco chante et impressionne, toujours.

La salle du théâtre des Champs Elysées, juste après le récital de J Gréco
La salle du théâtre des Champs Elysées, juste après le récital de J Gréco © Radio France
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