En 2003, le public découvre le film "8 Mile" dans lequel l'enfant terrible du rap US livre ce que furent ses débuts avant la rencontre avec Dr Dre et la gloire. Avec ce film, un titre musical qui va rentrer dans l'histoire du rap à plus d'un titre : "Lose Yourself".

Eminem au MTV Video Music Awards au Radio City Music Hall de New York City-29 août 2002
Eminem au MTV Video Music Awards au Radio City Music Hall de New York City-29 août 2002 © Getty / Scott Gries

Quand Barbra Streisand décerne l’Oscar de la meilleure chanson ce 23 mars 2003, au Kodak Theatre d’Hollywood, Eminem dort tranquillement chez lui, persuadé peut-être que le vainqueur ce soir là ne peut-être que U2. Depuis quand un rappeur pouvait envisager de gagner un oscar ? Peut-être s'il avait été nommé en catégorie acteur, serait-il venu ? Mais en catégorie chanson...

Eminem va remporter pour ce titre un Grammy également cette année-là. Il devient même un hymne des quartiers populaires de Détroit.  À la première écoute, la chanson a la hargne et l’énergie que lui a insufflé son auteur, et une rythmique rock pas si éloignée selon certains internautes de Kashmir de Led Zeppelin. Quant à l'intro au piano, elle est samplé sur Heat de Hithard sorti en 1998.

Jimmy B Rabbit et Eminem

Nous sommes en 2001, à Detroit, sur le tournage du film 8 Mile. Le titre du film provient de cette avenue, 8 Mile Road, qui coupe les quartiers des blancs des quartiers noirs, et qui a tracé les débuts de la vie de celui qui deviendrait un jour Eminem. Et si il incarne dans le film un jeune rappeur du nom de Jimmy B-Rabbit, le film s’inspire très largement de sa propre vie.

Venu du Missouri, Marshall Matters a emménagé à Détroit dans un caravane avec sa mère alcoolique et droguée. Inscrit dans un des lycées les plus violents de la ville, il va devenir un souffre-douleur. Il est en train de forger son caractère et exprime par les mots la violence qu’il vit et qu’il ressent. Il écume les battles de rap du Shelter ou du Chin Tik dans cette ville qui sombre dans la crise.

Il n’est pas encore ce phénomène du rap découvert par Dr Dre et qui va bousculer les codes du rap avec son The Slim Shady LP. Comme Elvis en son temps, lui le petit blanc va incarner un courant de la musique noire américaine. Avec brio. Mais il incarne alors une Amérique acide et insolente qui choque par ses bouffonneries les puritains de tout d’abord, les communautés de toutes sortes. Des catho intégristes au homos activistes. Loin du rêve américain du King.

Les mots comme exutoire

Il a déjà 4 albums derrière lui quand démarre le tournage de 8 Mile. Dès qu’une pause se présente, Eminem prend un carnet et un stylo. Il écrit. Il sait qu’il doit composer les chansons du film pendant le film, quand il est dans l’énergie de son rôle. Après, il sera trop tard. Sur place, il y a trois caravanes : une pour le sport, une pour la famille et une pour enregistrer ses chansons. Lose yourself s'écrit en 15 minutes, entre deux prises… Le temps d’oublier une partie des dialogues mais qu’importe. 

Pour l’émission Very Good Trip, Mischka Assayas revenait sur la carrière de cet artiste hors normes à l’occasion de la sortie de son album Revival. Et particulièrement sur cette chanson Lose Yourself :

T’as intérêt à te laisser emporter par la musique   C’est ta chance, ça n’arrive qu’une fois.      Ne la laisse pas filer entre tes doigts.

Si le début de la chanson enfonce des portes ouvertes, ce qui est moins banal c’est la façon dont il traite du sujet de la gloire dans le reste de la chanson. Cette gloire le fascine, le dégoûte. Son intérêt se porte non sur ces aspects positifs mais plutôt négatifs et il semble même s’y complaire. Il faut dire que la honte, le déshonneur sont ses thèmes de prédilection dans un univers musical prédomine l’auto-glorification.

Il a oublié ses copains   Il est incapable d’être un père     Quand il revient chez lui,      Sa fille ne le reconnaît même pas      Bientôt, on va le jeter et l’oublier     On va passer à un autre      Alors le succès c’est sa seule option      Sinon il va finir en prison ou se faire buter.

Et comme une conclusion qui s'impose, Michka revient sur ce vers étonnant qui éclaire Lose Yourself comme la vie d'Eminem :

Une vie normale c’est chiant, mais être une superstar c’est comme si t’étais déjà mort.

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