"22 ans", c'est le titre en forme de manifeste volontariste du premier album de Lucrèce Sassella. Toutes les chansons en sont écrites par Antoine Sahler, le complice musical de François Morel sur scène. Soit douze petites merveilles taillées sur mesure pour cette fée Clochette dont on sait depuis mardi dernier qu'elle peut parfaitement tenir une scène à elle toute seule.

Et quand elle le fait, elle sait s'entourer : Sahler évidemment mais d'autres musiciens en plus et même un quatuor à cordes exclusivement féminin.

On se prend à se dire alors qu'un récital peut être autre chose qu'un vacarme sonore dans une salle gigantesque où l'on finit par regarder un show sur des écrans géants comme à la télé en oubliant même qu'il y a une scène et des gens réels dessus. Sassella et sa petite bande, c'est l'exact inverse, comme si on sonnait la fin d'un match virtuel pour reprendre pied avec le réel, avec à l'appui quelques extraits bien choisis de films de Truffaut, Godard ou Eustache parce que décidément, oui, les femmes sont magiques et Lucrèce en tête. On espère bien que ce premier et unique récital parisien sera suivi de bien d'autres en France et en Navarre, comme il se doit.

En l'attendant, l'album est là, l'album est là et le soleil dit qu'il l'a vu, lui... On se permet de trafiquer Trénet parce qu'il y a dans le duo Sassella / Salher ce mélange de mélancolie et de badinage propre à Charles T. Les douze chansons de cet album distribué par Musicast (qu'on se le dise) passent aisément du rire aux larmes, de l'homme adoré et moqué à la rupture qui fait mal, des rues de Paris qui se dérobent aux mille petits tics quotidiens, de l'âge qui file aux autres filles, de la colère à la joie de vivre. Certes, "le plus beau jour de ma vie est peut-être passé", comme il se dit gravement dans une chanson et qui emprunte à Édouard Levé. Alfred M. le disait déjà : "Les plus beaux chants sont les plus désespérés". Seulement voilà, Lucrèce Sassella, qui le sait parfaitement, a la délicatesse de ne pas s'en offusquer outre mesure. Alors, les écoutes successives de ces douze titres vous grisent une bonne fois pour toutes. Sur scène, en bonus, Lucrèce Sassella a chanté avec le sérieux nécessaire une comptine de Mireille et dézingué un pudding signé Hallyday. C'est l'exacte bonne mesure, la place idéale. Voilà, c'est ça, Sassella est au bon endroit et cela fait un bien fou ("et le reste, on s'en fout", comme on rime dans le Demy monde dont Lucrèce pourrait parfaitement faire partie).

Allez, écoutez la, vous m'en direz des merveilles.

"22 ans" de Lucrèce Sassella, distribution : Musicast

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