João Gilberto est mort samedi 6 juillet, à l'âge de 88 ans. Le chanteur brésilien a marqué l'histoire de la musique brésilienne, unanimement reconnu comme l'un des pères fondateurs de la bossa nova. Retour sur cinq de ses chansons qui ont marqué l'histoire de ce genre musical.

João Gilberto en concert à Rio de Janeiro (2008)
João Gilberto en concert à Rio de Janeiro (2008) © AFP / WILTON JUNIOR / AGÊNCIA ESTADO

Ses mélodies ont fait fondre la jeunesse brésilienne des années 60, puis ont bercé le monde entier pendant plus de 60 ans. Il ne composait pas, il n'était pas parolier, mais un interprète et guitariste unique qui a influencé des générations de musiciens. João Gilberto est mort samedi 7 juillet à 88 ans, chez lui à Rio de Janeiro. Retour sur cinq chansons de celui que l'on surnommait O Mito (Le Mythe). Cinq dates clés de l'histoire de la bossa nova.

1958 : "Chega de saudade" 

Une musique d’Antonio Carlos Jobim. Des paroles de Vinicius de Moraes. Et au micro, Elizeth Cardoso. João Gilberto, lui, s'occupe de l'accompagnement, à la guitare. Mais Tom Jobim a remarqué ce jeune musicien discret, venu de Bahia. Il insiste pour l'entendre chanter. Gilberto fait alors sa propre interprétation de Chega de saudade. il crée un "nouveau truc" ("bossa nova"). 

Avec de la batida, un rythme à part inspiré de la samba, combiné à un chant parlé, chuchoté. “Une petite samba faite d’une seule note” expliquera Gilberto. Cette nouvelle musique va immédiatement séduire la jeune génération brésilienne.

1958 : "Desafinado" 

Même s'il a les faveurs de la nouvelle génération au Brésil, le nouveau genre musical lancé par Antonio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes et João Gilberto peine à convaincre les journalistes spécialisés et certains sambistes. Ces derniers raillent la voix de Gilberto. 

En guise de réponse, trois mois après Chega de saudade, João Gilberto enregistre en novembre 1958 Desafinado ("désaccordé"). La chanson devient le manifeste de la bossa nova et un classique de cette nouvelle vague. 

1960 : "Corcovado"

Deux ans plus tard, João Gilberto est désormais un artiste reconnu au Brésil. Il s'est marié avec Astrud Weinert, secrétaire au ministère de l'Agriculture au Brésil. Tom Jobim a une nouvelle chanson pour lui : Corcovado. Il s'est occupé de la musique et des paroles. Reste la voix de Gilberto. La chanson sort une première fois dans le 33 tours O amor, a sorriso e a flor, qui va connaitre un énorme succès au Brésil. 

Mais ce n'est que trois ans plus tard que la chanson va devenir un standard international. Dans cette seconde version, Astrud Gilberto chante en anglais, son mari en portugais. Elle fait chavirer le monde entier.

1962 : "A Garota de Ipanema"

João et Astrud vivent alors à New-York. Ils ont rencontré le saxophoniste américain Stan Getz, qui a été immédiatement séduit par la musique de Gilberto. Avec lui, ils enregistrent Getz/Gilberto. Dedans, on y trouve Corcovado mais aussi et surtout A Garota de Ipanema. La chanson raconte l'histoire d'une jeune Brésilienne, Heloisa Pinheiro, que voyaient passer Vinicíus de Moraes et Tom Jobim depuis le bar d'Ipanema au bord de la plage. 

En 1965, les Grammy Awards récompensent l'album et la chanson. Mais c'est Frank Sinatra, en 1967, qui fait connaitre la chanson et la bossa nova dans le monde entier. Il enregistre The Girl From Ipanema dans son album Francis Albert Sinatra & Antonio Carlos Jobim. Depuis, A Garota de Ipanema a été reprise et traduite des centaines de fois. L'album réalisé par Getz et Gilberto, quant à lui, est devenu depuis le canon de la bossa nova.

1977 : "Estate"

C'est au cours d'une tournée en Italie que João Gilberto découvre cette ballade de Bruno Martino, en 1961. Il attendra 16 ans pour l'adapter, y mettre son empreinte si caractéristique et désormais connue de tous. Entre temps, il a sorti un nouvel album référence, João Gilberto (1973). 

Se faisant de plus en plus discret, João Gilberto sort huit titres quatre ans plus tard dans Amoroso. Accompagné pour la première fois d'un orchestre, le pari est risqué, mais le succès d'Estate, deuxième chanson de l'album, est, une fois de plus, international. 

João Gilberto réalisera des concerts en Europe (à Rome dans la vidéo ci-dessus), puis rentrera au Brésil après plus de vingt ans passés au Mexique et aux États-Unis. Il finira ses jours reclus chez lui à Rio, ruiné, pris dans un conflit judiciaire entre sa dernière épouse de 40 ans sa cadette et deux de ses enfants.

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