« Musique et cinéma : deux arts complémentaires aux relations évidentes, permanentes, mais parfois conflictuelles et contradictoires.Très souvent pour les spectateurs, la musique de cinéma est ce que l’on entend sur la bande son des films, que ce soit des « scores » originaux, ou des chansons préexistantes au film.Ce n’est pas faux, mais les rapports que la musique entretient avec le cinéma sont bien plus variés et bien plus denses. Car depuis l’invention du septième art chaque film génère son propre rapport à l’univers sonore, sa propre musique.Le but de cette exposition est de montrer ces liens étroits et de mettre à jour la richesse et la diversité de leur intimité. Au moyen de dispositifs audiovisuels spécifiques, toutes sortes de contenus seront présentés aux visiteurs :de nombreux extraits de films et de musiques, des témoignages de compositeurs et de cinéastes - dont certains ont été réalisés pour l’exposition - , des documents musicaux exceptionnels (partitions originales, manuscrits de compositeurs, dessins et storyboards), des photos, des affiches, des instruments emblématiques… et un costume porté par Ruggero Raimondi dans Don Giovanni. L’interactivité sera très présente dans l’exposition. Le visiteur participera à la création d’une bande sonore : en remplaçant une musique existante par une autre qui avait été rejetée par le cinéaste, en supprimant la musique, ou au contraire, en ne laissant qu’elle et en éliminant tous les autres sons. » N. T. Binh, commissaire de l’exposition

Charles Chaplin dirigeant les musiciens pour l'enregistrement de la musique de son film Un Roi à New York le 21 juin 1957 au Pal
Charles Chaplin dirigeant les musiciens pour l'enregistrement de la musique de son film Un Roi à New York le 21 juin 1957 au Pal © Rue des Archives/AGIP 1024.

L’exposition occupe les deux niveaux d’expositions temporaires de la Cité de la musique.Au rez-de-chaussée, le parcours didactique se déploie sur un espace largement ouvert qui figure un grand plateau de cinéma.L’espace du bas est consacré à l’écoute de bandes originales mythiques et à la grande salle de projection.

1 ère partie - Avant le tournage

La conception d’un film peut être dictée par la musique. Le scénario est alors entièrement dépendant de la partition…Comment la musique d’un film peut-elle exister avant même le « premier tour de manivelle » ? Le cas est beaucoup plus fréquent qu’il n’y paraît.Il y a des films où la musique est l’élément primordial. Son rôle se manifeste dès l’écriture du scénario, et parfois même avant ! Hormis les sujets intrinsèquement musicaux, liés à des genres déterminés, cette prééminence peut être inscrite dans la démarche originale d’un cinéaste, et dans les rapports privilégiés qu’il entretient avec un compositeur.

2 ème partie - Pendant le tournage

- focus sur Les musiciens de plateau À l’époque du cinéma muet, le metteur en scène donne à voix haute ses instructions aux acteurs et, sur le plateau, des musiciens jouent en permanence pour«__ donner l’ambiance de la scène » . Le cinéma parlant, avec sa prise de son directe des dialogues, imposera le silence pendant les prises de vues, ce qui met fin à la profession de « musicien de plateau ». Avant la mise au point des techniques de mixage, pour les scènes incluant de la musique, la prise de son direct implique la présence sur le plateau d’un orchestre symphonique.- Les acteurs et la musique Le tournage n’est pas a priori l’étape du film où la musique est la plus présente. Mais c’est le lieu où se crée l’artifice, où se construisent les décors, et quand la musique joue un rôle dans l’histoire, c’est lors du tournage qu’on fabrique l’illusion. Les personnages de musiciens sont nombreux au cinéma. Le metteur en scène engage parfois un musicien capable de jouer la comédie, mais préfère généralement un acteur capable de faire croire qu’il est musicien. S’il doit être chanteur mais n’a pas la voix adéquate, on peut le doubler. S’il doit savoir jouer d’un instrument, un entraînement intensif s’impose. Que le comédien « triche » ou pas, peu importe : la musique grâce à lui doit s’incarner à l’écran.La musique filmée donne lieu à plusieurs possibilités techniques : le play-back, le son direct ou la post-synchronisation.

3 ème partie - La postproduction

- Musiques préexistantes, musiques temporaires Pourquoi faire le choix d’une composition originale plutôt que d’une oeuvre musicale existante ? Ce n’est pas tant la qualité propre de la musique qui compte, mais la façon dont elle se marie avec l’image. Si elle est déjà connue du spectateur, une musique préexistante peut donner un sens particulier aux images, en leur servant de référence (« La Chevauchée des Walkyries » et la violence conquérante) ou de contrepoint (Marie-Antoinette sur de la musique rock).L’effet de reconnaissance est parfois lié au style musical : la « grande musique » pour que le film soit pris au sérieux, la musique « contemporaine » pour provoquer un effet inquiétant, le rock pour faire « moderne », une musique du monde pour dépayser, etc. Le choix d’une musique préexistante peut aussi répondre à la volonté expresse du cinéaste, liée à ses goûts musicaux, à ses souvenirs, ou simplement à la crainte d’être confronté à un autre créateur : le compositeur de musiqueoriginale !Le morceau préexistant, généralement arrangé pour le film et rarement utilisé dans son intégralité , redevient à sa façon une oeuvre singulière. Il est également fréquent de placer des musiques temporaires (« temp tracks » en anglais) pour donner une tonalité ou indiquer où se trouvera la musique avant que le compositeur n’entame son travail. Parfois ces musiques deviennent « définitives ».- Le score original Le terme de « score », emprunté à la langue anglaise, désigne la musique de film, traduit en français par « bande originale » , même si la musique est préexistante.Généralement, le compositeur entre en scène une fois le montage-image terminé. On lui indique la liste des séquences musicales qu’il doit composer, avec leur durée exacte, calée à l’image.Le compositeur doit saisir ce que le réalisateur et le producteur attendent de son travail. Il doit savoir (ou pressentir) quel rôle sa partition va jouer dans le film.Le pouvoir du score musical sur la perception d’une scène est à la fois immense et largement inconscient : la musique de film est faite pour être entendue, même si on ne l’écoute pas. Grace à elle, l’image sort de son cadre : le spectateur croit voir ce qu’il entend.La musique peut accompagner et magnifier une action, mais aussi la contrarier volontairement, lui donner un sens inattendu, un rythme différent. Elle peut accentuer une émotion présente à l’image, ou en révéler une autre, sous-jacente. Elle peut aussi, paradoxalement, affaiblir l’impact d’une séquence.- Tandems cinéastes-compositeurs

Dès les débuts du cinéma parlant, sauf à Hollywood où le producteur est tout puissant, les cinéastes n’hésitent pas à impliquer le compositeur en amont et à nouer des liens d’un film à l’autre. Ce type de collaboration devient peu à peu la règle dans les années 1950 et 1960, quand se développe la notion d’auteur-réalisateur. Cette approche plus moderne est frappante en Italie, par exemple, avec les musiques de Nino Rota pour Fellini, de Giovanni Fusco pour Antonioni, puis d’Ennio Morricone pour Leone.Même à Hollywood, deux des grands tandems naissent à cette époque : Alfred Hitchcock/Bernard Herrmann et Blake Edwards/Henry Mancini. La « monogamie » fidèle n’est pas le seul mode de fonctionnement des compositeurs et des cinéastes, mais la liste est longue de ces duos créateurs qui rendent fécond le mariage du cinéma et de la musique. Ils témoignent d’une conscience aiguë que la musique mérite de s’intégrer profondément à la mise en scène. Idéalement, ces réussites sont forgées par des cinéastes qui comprennent la musique et des compositeurs qui connaissent le cinéma.

« Il est capital que de jeunes compositeurs et de jeunes réalisateurs s’intéressent mutuellement à leurs formes d’art respectives. Ainsi se transmettra l’idée que le cinéma est bien le septième art, qu’avec lui la musique évolue, qu’elle cherche et qu’elle trouve de nouveaux rapports fusionnels. » Alexandre Desplat.

- Montage et mixage Dans la plupart des films, la musique n’intervient que par intermittence, et le cinéaste doit « mettre en scène » ces interventions. Les procédés d’entrée ou de sortie de la musique sont plus ou moins subtils : l’entrée d’un personnage, la création d’une ambiance, un changement de plan... L’héritage hollywoodien a imposé l’utilisation d’une musique à la fois très présente et discrète, passant insensiblement du premier au second plan en fonction du récit. Depuis, des cinéastes ont remis en cause cette « transparence » de la musique, imposant des apparitions brutales ou inattendues, qui paradoxalement la signalent à l’attention du spectateur. Quand le compositeur livre sa musique, elle est en principe parfaitement calée aux images.Au montage son, la musique se mêle aux dialogues, effets, ambiances, bruitages… aujourd’hui des centaines de pistes sonores ! Puis c’est au mixage que la relation avec l’image est scellée : musique plus ou moins forte, sous les dialogues, en compétition ou en harmonie avec les sons et les ambiances… Depuis l’apparition du son stéréo, puis l’évolution du Dolby et de la technologie numérique, la spatialisation de la musique transforme l’expérience sensorielle du spectateur. La musique est aujourd’hui bien plus qu’une « petite flamme placée sous l’écran pour l’aider à s’embraser », selon les termes du compositeur américain Aaron Copland. La formule rappelle cependant que la musique doit rester au service du film.

4 ème partie - Après la sortie du film

Un module interactif permet aux visiteurs d’écouter plus de 80 thèmes de films signés par dix compositeurs emblématiques, il permet aussi de découvrir des films classés par genre musicaux : jazz, rock, rap et electro. Le visiteur clique sur une affiche et entend la musique correspondante.- Juke box : la chanson après le film La musique de film est exploitée de façon autonome depuis les débuts du cinéma sonore par la publication de partitions, la radio, l’industrie du disque, puis la télévision et maintenant le Net. La bande originale est souvent popularisée par une chanson reprenant le thème principal, ce qui participe amplement à la promotion du film. Les stars de cinéma indiennes sont généralement doublées par des vedettes chantantes renommées, alors qu’en Amérique, le secret entoure par contrat les « doublures » professionnelles.Les visiteurs peuvent écouter jusqu’à 40 chansons de films.

Photographie du film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, 2009
Photographie du film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, 2009 © 2010 ONE WORLD FILMS - STUDIO 37 - UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE - FRANCE 2 CINEMA - LILOU FILMS - XILAM FILMS

En bonus

Studio de mixage interactif, créez votre musique de filmDans un studio de mixage simplifié, les visiteurs sont invités à changer le niveau des pistes de musique, par rapport aux dialogues et sons, dans 3 séquences de films : Sur mes lèvres (Jacques Audiard, 2001, musique Alexandre Desplat), Mesrine, l’instinct de mort (Jean-François Richet, 2008, musique Éloi Painchaud), Gainsbourg (vie héroïque) (Joann Sfar, 2010, musiqueOlivier Daviaud).

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.