Comment expliquer l'enchantement que nous procure le génie de Mozart ? Pourquoi ses concertos, ses symphonies, ses opéras, ses sonates nous donnent autant de plaisir ? Comment expliquer l'allégresse communicative de ses musiques ? Que cache cette apparente simplicité ?

Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart, vers 1780, par Johann Nepomuk della Croce.
Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart, vers 1780, par Johann Nepomuk della Croce. © Getty / UniversalImagesGroup / Contributeur

Dans "Grand bien vous Fasse", avec les lumières d'André Manoukian, compositeur, pianiste de jazz et arrangeur, d'Emmanuel Bigand, enseignant-chercheur, titulaire de la chaire "Musique Cognition Cerveau", de Frédérique Jourdaa, journaliste et de Florence Badol-Bertrand, musicologue au conservatoire national et supérieure de la musique et de la danse. 

Sa structure musicale fait notre enchantement 

Florence Badol-Bertrand commence par expliquer qu'il y a d'abord cette idée de toujours faire rebondir, c'est une constante chez lui, le fait qu'on peut atteindre les tréfonds de la douleur : 

"Il y a toujours un mouvement qui arrive et qui va rapporter le sourire, l'espoir, même dans les moments les plus tragiques qu'il a pu traverser lui-même parce que c'est un homme comme tout le monde : il a perdu des enfants, il a perdu sa mère, ça a été terrible, mais il y a toujours un moment où la lumière revient. 

L'autre aspect que la musicologue expose, "c'est celui qui amène, selon elle, les larmes : c'est cette expression de la tendresse qui lui est particulière. Il y a toujours ce lyrisme, on a l'impression d'être dans un cocon quand on l'écoute. En particulier, les mouvements lents de Mozart qui sont joués très legato, lorsque les notes sont liées les unes aux autres et les grandes phrases nous bercent. Cette expression est certainement d'origine maternelle et liée à la présence des personnages féminins qui ont été capitaux pour lui".

Frédérique Jourdaa  d'ajouter qu'il nous emmène avec lui à travers les épreuves terribles qu'il a connues : "et pourtant, à chaque fois, il a transcendé cette peine pour en faire de la musique ! C'est un concentré d'émotions et c'est merveilleux, il embellit nos joies, permet de faire ressortir notre douleur pour aller vers la lumière, il nous fait croire à la foi, nous apprend le pardon, c'est l'histoire des Noces de Figaro"

Il nous permet de grandir en nous-mêmes avec la musique, de trouver l'émotion, d'embellir ce qui pourrait être un chagrin pour en faire une douceur

L'apparente simplicité de Mozart : un langage qui parle immédiatement  

Pour Florence Badol-Bertrand, "cette simplicité cache un travail qui l'épuise jusqu'à la fin de sa vie, avec ses dernières heures qui sont très complexes, comme "le Requiem", comme "la clémence attitude", "La flûte enchantée". Ça a l'air tout simple, c'est plein de lumière, de tendresse, mais en réalité, quand on analyse les partitions, on se rend compte qu'il y a un réseau et une construction sous-jacente d'une complexité qui vous donne le tournis ! 

Il calcule tout à la manière d'un réseau mathématique, le tout transcendé par l'expression, le lyrisme l'apport du réconfort

Que cela soit avec "Le Requiem", une oeuvre sombre, tragique, "le confutatif" avec la colère ; les larmes avec "le Lacrimosa" que Mozart, lui-même préférait. C'est pour lui, l'idée d'une lumière, d'une sonorité chaleureuse, de tout l'espoir qui peut être amené par cette tonalité très colorée et très chaleureuse".

André Manoukian ajoute qu'il faudrait qu'on apprenne la musique comme lui il l'a apprise : 

La musique comme un langage, l'écriture venant seulement après

"C'était d'abord l'expression et il a écrit tellement d'œuvres que tout ce qu'il a fait jaillissait, raison pour laquelle il ne pouvait pas retravailler ce qu'il faisait, c'était pratiquement du premier jet et, en même temps, il y a quelque chose d'assez simple chez lui, il recherche en permanence l'accord parfait qui nous transporte dans des vertiges. 

Il est allé aux limites du classique, c'est pour ça qu'il nous bluffe : c'est à la fois simple et vertigineux !" 

Un mélodiste exceptionnel

André Manoukian explique que "si l'oeuvre de Mozart est si difficile à comprendre c'est parce que pour lui, au contraire, c'était très simple ! C'est un phénomène physique : les notes qui sont concordantes sont contenues dans l'accord parfait. C'est de la physique élémentaire. Il en joue sans arrêt, c'est le roi de la cadence, il ne fait que ça, il vous emmène où il veut avec ses œuvres".

Florence Badol-Bertrand insiste sur le paradoxe et ce mariage entre complexité et simplicité : "c'est aussi toutes les entorses au modèle musical classique qui fait qu'il crée l'expression et l'émotion ! Après nous avoir amené aux tréfonds du tragique, comme dans la 40e Symphonie, il a le don de superposer des thèmes musicaux, de traduire une réflexion permanente pour finir par enchanter son public. Et ses propositions étaient tellement nombreuses qu'il se tuait à la tâche et ce jusqu'à ce qu'il ait encore un souffle de vie".

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on écoute du Mozart ?

Emmanuel Bigand explique que Mozart fait preuve d'une audace musicale et d'une force de communication telle qui lui permet ainsi d'aborder des champs émotionnels très grands et très riches : 

Il a le pouvoir de réveiller des forces de vie qui sont essentielles pour pouvoir affronter les événements quotidiens

Il y a un pouvoir de résilience qui est considérable dans la musique de Mozart. C'est un patrimoine culturel dans ce sens où il a une force de vie très forte et auquel le cerveau répond immédiatement. Dans les premières minutes de ces compositions, vous ressentez déjà des réactions cérébrales qui montrent que le cerveau s'engage émotionnellement".

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - "Grand Bien Vous Fasse" : La vie quotidienne en temps de confinement

📖 LIRE - Frédérique Jourdaa, Le Mystère Mozart (Lattès)

📖 LIRE - Emmanuel Bigand, Les bienfaits de la musique sur le cerveau (Belin)

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