Ich liebe dich, kann ich nicht sagen (Je ne sais pas dire je t’aime)

Avec Angela Winkler- chant, adam benzwi - Directeur musical et piano,Melanie Barth - accordéon, Horst Nonnenmacher - contrbasseOn a pu encore le mesurer à l’automne 2011, lors - qu’elle est venue interpréter le rôle-titre du Lulu de Frank Wedekind, mise ne scène par Robert Wilson au Théâtre de la Ville : angela Winkler est l’une des très grandes comédiennes allemandes d’aujourd’hui. Au cinéma – de la Katharina Blum de Völker Schlöndorff (1975) à Benny’s Video de Michael Haneke (1992) – et, surtout, au théâtre – auprès de Klaus Michael Grüber, Peter Zadek ou Thomas Ostermeier –, elle n’a cessé d’imposer une présence à part, insaisissable autant qu’in - candescente. Avec la troupe du berliner ensemble, elle avait déjà pu donner corps à son amour de la chanson, que ce soit dans les morceaux composés pour elle par Lou Reed dans

Lulu ou dans le rôle de Jenny de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill. En 2011, à 67 ans, elle a enfin réalisé, avec le CD Ich lieve dich, kann ich nicht sagen et la complicité du pianiste adam benzwi, un vieux rêve. Intimiste et chambriste, ce disque ne semble pas seulement perpétuer la tradition des grandes actrices-chanteuses allemandes, de Marlene Dietrich à Ingrid Caven, et l’âme du cabaret berlinois, celui de Weill/ Brecht (dont elle reprend la Ballade vom ertrunkenen Mädchen) ou la grande Eva Busch (Eine Zigarette lang). Il est surtout l’occasion pour cette francophile convaincue, qui vit aujourd’hui en Bretagne, de rendre hommage à barbara, dont elle reprend quatre chansons, parmi lesquelles Je ne sais pas dire je t’aime qui donne son titre au disque. Jusqu’aux ballades folk de la Suissesse Sophie Hunger, son soprano limpide embrasse une large palette sonore. C’est que, sachant très bien combien le théâtre est avant tout une affaire de musicalité, Angela Winkler a l’intelligence de ne jamais aborder la musique avec théâtralité.Sur scène, elle noue avec ses partenaires musiciens un dialogue qui fait de chaque air une scène miniature, le concentré d’une vie soudain devenue sensible . David Samson (pour le Festival d’Automne)

Entretien avec Angela Wincler

Avec le Berliner Ensemble elle a été Lulu, et jenny dans l’Opéra de quat’sous. Elle nous revient, avec à nouveau Kurt Weill, et aussi Paul Dessau, Schönberg…..et même Barbara. Angela Winkler se donne aux musiques, aux chansons, continue de nous enchanter. Le texte d’information accompagnant votre premier cd nous apprend notamment que vous vouliez, à l’origine, devenir chanteuse, et que vous avez réussi votre examen à l’école d’acteurs en interprétant une chanson, Ich weiss nicht, zu wem ich gehöre (« Je ne sais pas à qui j’appartiens »), qui figure d’ailleurs sur ce disque. quel est votre rapport à la musique, et quels sont vos premiers souvenirs musicaux?

Angela WInKler : Ma mère a toujours chanté. Elle s’accompagnait au piano en attendant mon père, qui était toujours prisonnier de guerre en Sibérie. Enfant, je me tenais derrière elle et j’apprenais toutes ses chansons. C’était parfois des morceaux un peu gnangnan, des rengaines populaires, mais aussi des Lieder de Schubert, Schumann ou Brahms, des choses le plus souvent très mélancoliques.Puis mon père est revenu, en 1949, et elle a continué à chanter. Surtout cette chanson de Friedrich Holländer, Ich weiß nicht zu wem ich gehöre (« Je ne sais pas à qui j’appartiens »). Je crois qu’elle voulait taquiner mon père. C’est avec cette chanson que j’ai réussi mon concours d’entrée à l’école d’acteurs. Elle se termine par ces mots : « Ich gehöre nur mir ganz allein. » (« Je n’appartiens qu’à moi seule »). Ma mère a aujourd’hui 99 ans et elle vient à toutes mes premières. Elle chante toujours, mais a abandonné le piano.J’ai dû me dépêcher d’enregistrer ce CD, car elle n’a plus qu’un seul doigt vaillant pour appuyer sur la platine CD.Lorsque j’avais 17 ans, j’avais un ami qui jouait de la guitare. À l’époque, j’étais en train de lire Brecht et j’étais toujours par monts et par vaux. Ensemble, nous avons ensuite mis ces poèmes en musique, pour nous-mêmes en quelque sorte. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai appris que tous ces textes avaient déjà été mis en musique, par Eisler, Weill, Dessau, Brunier, etc. Mais une petite composition de mon cru datant de cette époque est restée : Wenn du mich lustig machst (« Quand tu me rends heureuse »). En fait, toutes les chansons sont venues à moi, depuis mon enfance et au fil de mon expérience de comédienne. Fallada est une chanson que je trouve particulièrement forte. Je la chante sans lever un index moralisateur. « Dann passiert euch etwas, was ihr nicht für möglich haltet. » (« Il va vous arriver quelque chose que vous croyez impossible. ») Cela touche au coeur.

Angelina Winkler
Angelina Winkler © Harald Hoffmann

Ecoutez-vous beaucoup de musique? A. W. : Je n’écoute telle ou telle musique que de manière occasionnelle, parfois dans le cadre de mon travail. La musique est en moi, et en privé je chante souvent pour moi, dans les situations les plus diverses, que ce soit en montant l’escalier lorsque je rentre à la maison ou la nuit, en sortant du théâtre. Mais les voisins ne s’en sont encore jamais plaints.Comme en êtes-vous finalement arrivée à ce projet de disque, que vous avez enregistré live en studio? A. W. : J’ai souvent eu l’occasion de chanter sur scène, dans différentes situations – j’ai même un jour accompagné Thomas Quasthoff et Max Raabe pour un concert d’airs populaires allemands.Il me manque la technique, car je n’ai finalement reçu aucune formation, mais je crois que je peux toucher les gens.Si je suis allée en studio pour enregistrer, c’est que je cherchais à peindre, sans public, d’affectueux petits portraits. Je voulais donner à ce disque une tonalité douce, intime.[...]Comment avez-vous découvert la musique de barbara? A. W. : Par le mari de ma meilleure amie à Paris, le peintre Luc Simon. Barbara et lui ont longtemps été liés, et elle lui a dédié sa chanson Je ne sais pas dire je t’aime.

À côté de cette chanson qui lui donne son titre, et de chansons du berlin des années 1920-1930 (Weill, holländer, eva busch…), on trouve sur votre disque des choses plus contemporaines, écrites avec sophie hunger ou sven regener, du groupe element of crime. comment avez-vous conçu la dramaturgie de cet album? A. W. : De temps en temps, mes trois fils m’amènent la musique qu’ils écoutent. Un jour, en voiture, entre la Bretagne et Berlin, j’ai entendu une chanson à la radio. C’était le matin, nous arrivions à Berlin, il neigeait. La chanson parlait de la neige sur une grande ville, et elle était de Sven Regener. Je lui ai écrit et il m’a donné la chanson Gelohnt hat es sich nicht (« Ça n’a pas payé »).De Marlene Dietrich à Ingrid caven, beaucoup d’actrices allemandes ont eu également un parcours de chanteuses. Avez-vous l’impression de faire partie de cette « tradition »? A. W. : Non. J’ai fait trop peu pour cela.Propos recueillis par david sanson

Angelina Winkler et Adam Benzwi
Angelina Winkler et Adam Benzwi © Harald Hoffmann

Ce spectacle fait partie du Festival d'automne et rentre dans la cadre de Tandem Paris berlin organisé à l’occasion des 25 ans d’amitié entre les villes de Paris et de berlin.

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